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ENM, OMC, quand des femmes arrivent en haut lieu

par Camille Saint-Cricq

Trois femmes en lice pour diriger une OMC en perte de vitesse. Nathalie Roret, première femme à la direction d’une Ecole nationale de magistrature sous tension. Le pouvoir se déplace-t-il quand les femmes y arrivent ?

Dans la presse en ce début de semaine, certains journaux titrent encore « une femme » sans préciser son nom, pour annoncer la nomination de Maître Nathalie Roret à la direction de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM). D’autres titres parlent d’«une avocate». « Une femme » comme pour dire qu’elle est l’exception qui confirme la règle du boy’s club dans les cercles de pouvoir (lire ici).  «Une avocate» pour souligner le parti pris du Garde des Sceaux.

« J’ai décidé de proposer à la signature de monsieur le président de la République le nom du 17e directeur, et pour la première fois dans l’histoire de l’école, ce directeur sera une directrice » a déclaré Éric Dupond-Moretti, avant de saluer « une femme d’exception ». Et ce n’est pas tout : c’est aussi la première fois que la directrice de l’école située à Bordeaux ne sera pas issue de la magistrature puisque Nathalie Roret est avocate.

Du coup, l’annonce de sa nomination n’a pas été faite dans les journaux par de longs portraits de la nouvelle directrice de l’ENM mais par le récit de tensions entre le garde des Sceaux et la magistrature (avant d’être ministre, Eric Dupond-Moretti voulait la suppression de l’ENM et il vient d’ordonner une enquête administrative à l’encontre de magistrats du Parquet national financier) . Selon Le Monde par exemple cette nomination « constitue, en tout cas, un palier supplémentaire dans le rapport de force que le garde des Sceaux, nommé le 6 juillet dans le gouvernement de Jean Castex, entend engager avec la magistrature. » Les deux principaux syndicats de magistrats dénonçant des atteintes, par leur nouveau ministre, à l’indépendance de la justice.

Pourtant, Nathalie Roret n’est pas qu’un symbole.  Son parcours est largement digne de la fonction. Vice-bâtonnière au barreau de Paris, cette avocate pénaliste est spécialisée dans droit pénal environnemental, de la santé et de la cybercriminalité. Elle est intervenue dans des dossiers lourds comme celui de la vache folle et de Buffalo Grill, de la légionellose, du sang contaminé. Elle a aussi exercé des fonctions de médiatrice. Elle était depuis 2015 membre du conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (supprimé récemment). Depuis 2014, elle est membre du comité d’éthique du barreau de Paris. Sa nomination aurait pu faire l’objet de longs portraits…

Dans la tourmente

Du côté de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), nombre de journaux se réjouissent de voir trois femmes sur cinq candidats briguer la direction de cet organisme, en charge de négocier des accords commerciaux et de régler les conflits. Une organisation qui n’a été dirigée que par des hommes depuis sa création.

Mais, depuis quelques mois, l’OMC est dans la tourmente. Elle est comme paralysée depuis le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis. Les deux premières puissances économiques mondiales remettant en question le fonctionnement de l’institution. Face à la défiance des États-Unis surtout, l’OMC, a du mal à se faire entendre. S’y ajoute la crise économique liée à la pandémie et de plus en plus de remises en question de la libéralisation du commerce mondial… Et c’est dans ce contexte que trois femmes se retrouvent en lice pour le diriger. Qui sont-elles ?

Amina Mohamed, la ministre kenyane des sports, ancienne cheffe de la diplomatie kenyane, est aussi ancienne ambassadrice auprès de l’OMC. Elle a présidé les trois organes les plus importants de l’organisation par le passé et était déjà candidate à la direction générale lors du précédent changement de mandat en 2013 face à Roberto Azevedo.

Yoo Myung-hee est la première femme de Corée du Sud à avoir dirigé le ministère du commerce. Elle a dirigé les négociations sur des accords de libre-échange, tel celui liant la Chine à la Corée du Sud. Elle a également travaillé auprès de l’ambassade sud-coréenne en Chine entre 2007 et 2010.

Ngozi Okonjo-Iweala. Nigériane, première femme de son pays à avoir dirigé les ministères des finances et des affaires étrangères, elle a été directrice générale de la Banque mondiale de 2007 à 2011. Elle a dirigé les négociations avec le Club de Paris qui ont abouti à l’annulation de 30 milliards de dollars de la dette du Nigeria.  Elle préside l’Alliance mondiale pour les vaccins et vaccinations (Gavi) et pilote l’un des programmes de l’Organisation mondiale de la santé dans la lutte contre le Covid-19.

Les deux hommes sont : Liam Fox, Écossais, ancien médecin de famille, pro-Brexit, il a dirigé le ministère du commerce extérieur de 2016 à 2019 dans le gouvernement de Theresa May. Il a également été à la tête du ministère de la Défense (2010-2011). Et Mohammed Al-Tuwaijri (Arabie saoudite) Ancien pilote de l’armée de l’air et banquier, ila dirigé les opérations de la banque américaine JPMorgan en Arabie saoudite, avant de rejoindre HSBC.

Toutes les femmes qui briguent ou obtiennent ces postes devdirection ont largement les compétences et l’envergure pour réussir.  Mais il semblerait que, encore aujourd’hui, quand les femmes accèdent à des postes de pouvoir, ces postes commencent à être  dessaisis de prises de décisions importantes. « Les femmes doivent avoir leur place partout où les décisions sont prises » disait Ruth Bader Ginsburg.

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