Accueil Economie Entre humain et profit, les coopératives cherchent à s’imposer

Entre humain et profit, les coopératives cherchent à s’imposer

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Cooperative_h150Réuni en sommet à Québec, le secteur coopératif veut démontrer la pertinence de son modèle économique, construit sur la démocratie et la solidarité.


Les coopératives, avec leur modèle économique fondé sur des valeurs, sont un levier de transition vers une économie plus socialement responsable. C’est le message que veulent faire passer les dirigeants de sociétés rassemblés à Québec du 8 au 12 octobre à l’occasion du Sommet international des coopératives. Ce rassemblement de plus 2 000 participants sera le point d’orgue d’une année 2012 désignée par l’ONU comme l’« année internationale des coopératives ».

« Nous voulons utiliser ce sommet comme un moyen de faire en sorte que les gouvernements, et le monde en général, comprennent mieux le mouvement coopératif. Nous devons être plus efficaces pour nous mettre en avant », explique Monique Leroux, PDG de Desjardins. Ce groupe financier coopératif, le plus important du Canada, est partenaire de l’Alliance internationale des coopératives (IAC), une ONG qui soutient les coopératives en développant des réseaux et solutions pour faire grandir le mouvement.

Nous sommes dans une période de transition pour l’économie, dont la forme actuelle suscite le désenchantement, observe le directeur exécutif de l’IAC, Charles Gould. Dans ce contexte, il est temps pour les coopératives de démontrer leur valeur.

En chiffres
100 millions de personnes travaillent pour des coopératives dans le monde, dont 20% sont des entreprises internationales.
Dans le monde, plus d’un milliard de personnes sont membres d’une coopératives.
En 1994, les Nations Unies ont estimé que les conditions de vie de 3 milliards de personnes (soit la moitié de la population mondiale) étaient améliorées grâce aux coopératives.
(Données ONU)
En France
il existe plus de 21 000 coopératives, qui comptent plus de 23 millions de membres. Elles représentent un chiffre d’affaires cumulé de l’ordre de 260 milliards d’euros.

« Modèle plus durable »

Les coopératives se développent en réponse à des besoins insatisfaits dans la société. Ce sont leurs valeurs fondamentales – l’entraide, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité – qui guident les prises de décision, explique Charles Gould.

Face à la crise financière, le modèle coopératif a prouvé sa résilience, car il implique que les responsables doivent rendre des comptes à tous les membres, souligne Monique Leroux. Le principe « une personne, une voix » signifie que les intérêts des plus gros actionnaires ne l’emportent pas sur les autres.

« C’est un modèle plus durable », renchérit Charles Gould. « Il ne prend pas de risque inconsidéré, car il ne cherche pas à maximiser les profits ». Selon le directeur exécutif de l’IAC, « d’ici à 2020, on peut imaginer que les coopératives seront la forme d’entreprise au plus fort taux de croissance dans le monde. Avec nos membres, nous cherchons à définir la façon d’atteindre cet objectif ».

D’une part, les coopératives ont besoin de nouvelles formes d’apports de capitaux, conformes à leur valeurs et à leurs objectifs. Le Sommet sera l’occasion pour Desjardins et ses partenaires de partager leurs innovations dans la création de nouveaux produits financiers et services de crédits adaptés aux contextes des communautés qu’elles servent, explique France Michaud, communicante du secteur développement international de la banque.

Par ailleurs, note Charles Gould, les coopératives doivent progresser dans la manière de se mettre en avant et de mettre en valeur leur identité, pour faire connaître au public leur modèle et leurs valeurs. Des marques comme Ocean Spray ou Sunkist sont bien connues dans les foyers du continent américain mais pas vraiment en tant qu’exemples de coopératives.

Entreprises avant tout

D’autant que celles-ci sont souvent associées à de fausses idées, qui tendent à réduire leur importance dans l’économie, observe Stephanie Guico, coordinatrice du Programme des Futurs Dirigeants au Sommet de Québec. L’un de ces préjugés est qu’elles appartiennent au passé, un autre qu’elles sont avant tout des organisations de personnes pauvres.

Certes, la réduction de la pauvreté est centrale dans le projet de nombreuses coopératives, remarque Stephanie Guico. Mais il faut se rendre compte qu’elles sont avant tout des entreprises, dont l’intérêt est d’être durables.

Pour permettre au modèle coopératif de prospérer, les cadres réglementaires et législatifs doivent également s’ajuster. « Dans beaucoup de pays, les cadres se sont construits autour du modèle d’entreprise qui a toujours été le modèle dominant », déplore Charles Gould. « Nous devons nous assurer que nous ne subissons pas des restrictions qui ont été imposées pour éviter des problèmes à d’autres formes d’activités commerciales ».

Charles Gould observe que les gouvernements d’Iran et de Chine expriment de l’intérêt pour le modèle coopératif. « Des pays comme ceux-ci reconnaissent le besoin de dépasser leur modèle d’entreprises d’État, mais ne veulent pas pour autant des modèles capitalistes… et ils sont curieux du modèle coopératif ».

La sociologue Laure Waridel, qui sera l’une des participantes au Sommet de Québec, aime citer l’exemple d’une ferme biologique qui compte sur le soutien des consommateurs, qui paient d’avance pour leur part de la récolte – à la manière des AMAP en France. « Ce qui m’intéresse, c’est d’observer les connections entre de nombreuses initiatives perçues comme marginales mais qui, prises ensemble, offrent la proposition d’une nouvelle économie », souligne celle qui a été l’une des promotrices du commerce équitable au Canada.

 

© 2012 IPS-Inter Press Service

Ailleurs sur le web :

« Des coopératives pour affronter la crise », sur CourrierInternational.com

 

 

Photo : Coopérative APROHFI au Honduras. © Thelma Mejía/IPS

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1 commenter

De profundis 5 octobre 2012 - 20:47

on a que des vautours rebaptisés Pigeons ?

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