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L’Europe veut féminiser les nouvelles technologies

par Arnaud Bihel
Par Yoel Ben-Avraham sur Flickr (CC BY-ND 2.0)

Par Yoel Ben-Avraham sur Flickr (CC BY-ND 2.0)

Accroître l’engagement des femmes dans les technologies de l’information et des communications, c’est l’objectif de la Commission européenne qui met en avant les bénéfices pour l’économie, et les avantages pour les femmes elles-mêmes.


 

La Commission européenne veut inciter les femmes à investir le secteur des nouvelles technologies. Dans sa première enquête sur « le rôle des femmes dans le secteur des technologies de l’information et des communications » (TIC), publiée jeudi 3 octobre, la Commission souligne qu’ « accroître la représentation des femmes dans les emplois de ce secteur serait bénéfique à l’industrie numérique, aux femmes elles-mêmes et à l’économie européenne. »

L’argument du PIB

D’abord, ce tableau en rose : les femmes qui travaillent dans le secteur des TIC gagnent près de 9 % de plus que celles employées dans d’autres secteurs des services ; elles sont plus libres d’aménager leur temps de travail et sont moins susceptibles d’être au chômage (d’ici à 2015, il y aura 900 000 postes vacants dans le secteur des TIC dans l’UE).

Le rapport avance d’autres arguments envers les décideurs : « si les femmes occupaient autant d’emplois que les hommes dans le numérique, il s’ensuivrait un gain d’environ 9 milliards d’euros par an pour le PIB européen ». L’argument de la hausse du PIB est désormais un grand classique (Voir : L’emploi féminin, Graal de la croissance ?).

Le rapport souligne aussi que « les entreprises elles-mêmes tireraient profit d’une répartition plus équilibrée: les organisations dont l’effectif compte davantage de femmes aux postes d’encadrement affichent (…) une rentabilité totale pour l’actionnaire supérieure de 34 % aux autres organisations de nature comparable.

« Tuyau percé »

Voilà pour le tableau attractif. Mais la réalité pour l’heure est que le secteur n’attire pas les femmes. Le rapport insiste sur le phénomène de « tuyau percé », métaphore utilisée pour évoquer la déperdition des compétences, avant même d’atteindre le « plafond de verre ».

Démonstration : sur 1 000 Européennes titulaire d’un diplôme universitaire, 29 l’ont décroché dans le secteur des TIC… et 4 seulement travaillent ensuite dans le secteur. Et c’est sans compter que les femmes employées dans le secteur le quittent rapidement : à l’âge de 30 ans, 20 % de ces diplômées travaillent dans ce secteur, mais elles ne sont plus que 9 % passé l’âge de 45 ans.

S’y ajoute effectivement le phénomène du plafond de verre : les femmes « sont sous-représentées aux postes d’encadrement et de décision », où elles sont moins de 20%, encore moins que dans d’autres secteurs.

« Parler le langage des femmes »

Les raisons sont connues, et rappelées ici : « les traditions culturelles et les stéréotypes sur le rôle des femmes ; les barrières internes et les facteurs socio-psychologiques, tels que le manque d’assurance, le manque d’aptitude à la négociation, l’aversion à l’égard du risque et les attitudes négatives à l’égard de la concurrence ; les obstacles extérieurs, tels qu’un environnement fortement masculin, des difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle et l’absence d’émulation dans le secteur. » Et bien sûr la tendance générale dans le monde du travail se retrouve ici aussi : « la maternité reste le point sensible de la carrière des femmes. »

Parmi ses recommandations pour féminiser le secteur, la Commission liste une série d’arguments connus eux-aussi, comme mieux soutenir les créatrices d’entreprises et mettre en avant des modèles féminins, casser les stéréotypes en montrant que les femmes ont les mêmes capacités que les hommes.

Il s’agit aussi de changer l’image de l’univers des TIC. Les sociétés doivent apprendre à « parler le langage des femmes », souligne le rapport. C’est à dire « mettre en avant les aspects auxquels les femmes accordent le plus de valeur (conciliation vie privée-vie professionnelle, épanouissement personnel, etc.) ». Au risque de tomber dans d’autres stéréotypes.

 

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2 commentaires

Delphine Ingenieure 4 octobre 2013 - 11:03

effectivement aujourd’hui rien n’empeche une jeune fille de s’orienter dans les sciences et techniques mais en pratique les freins sociaux sont reels:
Par exemple ma mere a refuse que je parte en Seconde option Sciences de l’ingenieurs car il n’y avait que deux filles par classe en moyenne, elle avait peur que je me sente mal.
Au final je me suis quand meme orientee en physique apres mon bac S bio, mais dans ma classe bcp sont partis en commerce ou medecine 🙂

les jeunes filles (et jeunes garcons) ont aussi une vision tres faussee des metiers techniques et de l’industrie: pour beaucoup, on est toujours enferme dans son labo/atelier, sans contacts humains par exemple.

Pour sensibiliser les jeunes aux metiers techniques, l’Association Femmes Ingenieurs (http://www.femmes-ingenieurs.org/) intervient dans les colleges, les lycees et les forums d’orientation. Les adherentes temoignent sur leur parcours, leur metier au quotidien, ce qui permet de deboulonner un bon nombre de stereotypes.
Nous partons du principe qu’on ne peux pas avoir envie de ce qu’on ne connait pas et qu’un role-modele est important.
Les eleves sont toujours tres surpris de voir debarquer une jeune nana en escarpins qui leur raconter la vie de chantier ou une grand-mere qui a dirige une usine…

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Lili 5 octobre 2013 - 09:39

Bravo pour l’initiative « Femmes-ingénieurs ».
Mais comme le souligne l’article, pourquoi faut-il que les garçons ne soient pas rebutés par l’image d’un individu enfermé dans un labo/atelier ? Les contacts humains ne les intéressent pas?
Une jeune nana sans escarpins qui raconte la vie de chantier, c’est choquant?
Remplacer un stéréotype par un autre, ça n’aide qu’à moitié…

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