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L’exemple islandais contre l’austérité

par Arnaud Bihel

Frappée de plein fouet par la crise, l’Islande a choisi sa propre manière d’y faire face, en refusant de payer pour les banques. Avec des femmes aux commandes, elle frappe aujourd’hui à la porte de l’UE. Pour lui montrer l’exemple ?


L’Islande a été l’un des pays les plus durement frappés par la crise financière : ses trois grandes banques, minées par des investissements hasardeux, se sont effondrées en octobre 2008, laissant le pays en état de faillite. Mais depuis, l’île nordique aux 320 000 habitants a suivi sa voie, indépendante.
Dès janvier 2009, après une « révolution des casseroles », les Islandais provoquaient la chute du gouvernement de centre-droit, responsable à leurs yeux de la catastrophe économique, et élisaient en avril un gouvernement de coalition regroupant sociaux-démocrates et écologistes. Par deux fois, par référendum (en juin 2010 et avril 2011), ils ont rejeté l’accord « Icesave », refusant ainsi de payer pour le sauvetage des banques et le remboursement de leurs dettes à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Aujourd’hui, le pays a nationalisé ces banques et ne rembourse qu’une partie de leurs dettes, selon un calendrier et à des taux avantageux.

Des femmes aux commandes

 

« A l’évidence, ces deux référendums ont donné au peuple de ce pays une plus grande confiance en soi, ont montré la voie d’une démocratie renforcée, et attiré l’attention et même l’admiration d’autres pays », constatait le président Olafur Ragnar Grimsson, qui quittera le pouvoir en mai après 16 ans de présidence. « La tentative du peuple islandais de construire l’avenir de ses décisions et de son imagination nous montre la réalité d’une alternative », s’enflammait ainsi, en décembre, l’historien espagnol Miguel Sanz Loroño.
Est-ce un hasard ? En Islande plus qu’ailleurs des femmes sont aux commandes. Johanna Sigurdardottir dirige un gouvernement paritaire. Fin décembre, elle a nommé au ministère des Finances Oddny G. Hardardottir, première femme à ce poste. La société Audur Capital, créée en 2007 par deux Islandaises qui voulaient « incorporer des valeurs féminines dans la finance », a souvent servi d’exemple au cœur de la crise, dont elle est sortie indemne. Le pays occupe depuis 2009 la première place du classement mondial de la parité (la France y est 48ème).

Le pari de l’intégration européenne

Aujourd’hui, l’Islande se porte mieux qu’il y a deux ans. Elle affiche en 2011 un taux de croissance de 2,4%, selon l’OCDE, à comparer au 0,2% de l’eurozone. Mais les agences de notation, qui n’ont pas digéré que le pays ne réponde pas à leurs injonctions, le maintiennent sous surveillance. Et l’EFTA, gendarme européen du libre-échange, vient de lancer une procédure juridique contre Reykjavik pour obtenir des remboursements rapides pour les Britanniques et Néeerlandais lésés par la faillite de ses banques.
Malgré ces tensions encore vives, et cette image de pays rebelle, l’Islande compte relancer dans les mois qui viennent son processus d’adhésion à l’Union européenne, engagé en 2010. La ministre des Finances vient de rappeler cet engagement, et une majorité d’Islandais y serait favorable. Le pays envisage même d’intégrer, à terme, la zone Euro. Mais cela signifierait aussi une perte d’indépendance, celle qui lui a permis de sortir de la crise à sa manière.

« Une leçon pour nous tous »

 

A moins qu’on s’intéresse à son exemple. Dans une étude comparée, le think tank belge Bruegel constatait le mois dernier que l’Islande a mieux fait face à la crise que l’Irlande ou que la Lettonie. Son expérience, conclut-il, « suggère que laisser mourir les grandes banques dont le modèle s’est révélé défaillant peut être le bon choix ».
L’économiste Paul Krugman veut aussi y voir un exemple : « L’Islande n’a pas échappé à de lourds dégâts économiques ni à une baisse significative du niveau de vie. Mais elle a réussi à limiter la hausse du chômage et la souffrance des plus vulnérables ; le filet de sécurité est resté intact, tout comme la décence élémentaire de cette société », écrivait en octobre le prix Nobel d’économie. « Et cela doit être une leçon pour nous tous : la souffrance qu’endurent tant de citoyens [en Europe et aux Etats-Unis] est inutile ».

Photo : Une manifestation de la « révolution des casseroles » qui a conduit à la chute du gouvernement en janvier 2009. © álvarozarzuela sur flickr.

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7 commentaires

7 commentaires

Clem 11 janvier 2012 - 16:35

Article très intéressant ! L’exemple de l’ISlande est fascinant. Mais Audur est un nom islandais, cette compagnie aurait plutôt été fondée par des Islandaises que des Finlandaises, non ?

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isabelle germain 11 janvier 2012 - 17:11

Exact, merci de nous l’avoir signalé. c’est modifié… Il y a a aussi un fonds en Finlande qui n’investit que dans des sociétés dirigées par des femmes parce qu’elles sont sûres… d’où probable confusion.

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Sergio 12 janvier 2012 - 13:59

Article intéressant. Mais d’après ce que j’en tire, le pays s’est relevé en négligeant ses créanciers internationaux. Plutôt facile comme solution… J’ai bien hâte de voir s’il va réussir à intégrer l’Union européenne. Moi, je n’aurais pas confiance…

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Berenice 13 janvier 2012 - 10:17

Moi, non seulement j’ai confiance, mais en plus, je trouve qu’il serait judicieux de prendre exemple sur eux…
Différence de points de vue sans doute.

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Lili 13 janvier 2012 - 11:56

En tout cas dès lors qu’ils feront partie de l’UE, la solution qui consiste à exporter sa crise en ne payant pas les banques étrangères leur sera interdite… Ca va leur faire drôle.

Mais je salue leur courage d’avoir nationalisé leurs banque pour payer leurs dettes intérieures à un rythme socialement supportable.

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Alain 14 janvier 2012 - 12:00

cela mérite quand même plus d’explications… 1ere étape: je m’en sors seul et je ne fais pas appel aux autres en refusant de les rembourser (oublions un instant que l’on parle de banques)… 2eme étape: je frappe à la porte des autres pour entrer dans un modèle de partage….alors peut être que les circonstances expliquent cela mais ce serait bien d’avoir plus d’explications (et j’imagine que les hollandais vont en demander )

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Thierry Curty 24 avril 2012 - 11:22

En vérité, ces gens sont tout simplement des profiteurs. C’est facile de taper sur les banques et le gouvernement. En attendant c’est le peuple qui s’est acheté des gros 4×4 avec les 500’000€ par tête de pipe que les islandais se sont autorisés en promettant de les investir dans la géothermie.

http://www.scoop.it/t/le-monde-en-chantier/p/1601054639/non-l-islande-n-est-pas-un-exemple

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