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Faut-il emprisonner les mineurs ?

par Isabelle Germain

Pourtant à la question « faut-il emprisonner les mineurs ? » La plupart des professionnels de justice ou de l’enfance en danger, les simples citoyens eux-mêmes sont prêts à répondre presqu’instinctivement « non bien sûr », avant de très vite se reprendre parce que de toute façon des mineurs sont emprisonnés aujourd’hui en France, parce qu’aucune alternative satisfaisante n’a été trouvée sur le long terme, parce que les arguments ne sont pas affûtés, parce que les quelques centaines de détenus concernés ne représentent pas un combat prioritaire…

A la question « comment apprendre à nager ? » la réponse n’est sans doute jamais : en ne se mouillant pas. Alors à l’interrogation : « comment apprendre à vivre en respectant les règles de société ? » la réponse ne sera sans doute jamais : en étant exclu. Reste que pour l’instant, la justice française des mineurs demeure « éducative », malgré un arsenal judiciaire conjoncturel qui va dans le sens d’un recours accru à l’enfermement. Des prisons pour filles et garçons de moins de 18 ans ont été reconstruites, on ne constate pas d’inflation pénale pour l’instant mais l’histoire démontre que jamais une prison n’est longtemps restée vide.

Personne n’est capable de dire de manière scientifiquement incontestable si l’enfermement – éducatif ou pas – « fait du bien » ou « fait du mal ». Parce que le diagnostic ne peut être isolé de la personnalité ni de l’histoire de l’adolescent, lui-même plongé dans un contexte social à l’influence déterminante.

Quel est le moyen le plus efficace pour que chacun prenne ses responsabilités, selon le credo libéral ?

Comment répartir celle du jeune, de ses parents, de l’école qui fonctionne mal, du travail qui manque, de la République qui ne tient plus ses promesses ?

Depuis 30 ans, l’intégration territoriale, sociale et économique a échoué. L’insécurité peut avoir bon dos en transformant les « jeunes en danger » en « jeunes dangereux ». Mais quel est le symptôme et quelle est la conséquence ?

Crier aux jeunes loups peut aussi servir à dédouaner les politiques de leurs ratages successifs.

Ce qui est certain, c’est que la mise en détention est une réponse rapide et directe là où un processus constructif d’éducation en milieu ouvert prend du temps et des risques plus visibles. Construire des prisons semblera toujours plus réactif et spectaculaire que de mettre en place des mesures de prévention ou de traitement in situ. Les mesures progressistes resteront toujours plus longues et difficiles à imposer que les répressives.

La justice des mineurs doit soigner, éduquer et intégrer pour soutenir la cohésion de l’ensemble de la société, garante de la sécurité publique, tout le monde semble en être conscient. Au point que les arguments pour enfermer les jeunes partent dans deux directions longtemps considérées comme paradoxales voire contradictoires : il faut d’un côté soutenir les victimes d’actes de délinquance, protéger la population, écarter les adolescents dangereux et d’un autre éduquer les mêmes garçons et filles dangereux pour qu’ils se « réinsèrent ».

Le souci, c’est qu’ils n’étaient généralement pas « insérés » avant, et que l’emprisonnement serait magique s’il permettait à un jeune ancien détenu de trouver une meilleure place à la sortie qu’à l’entrée en prison.

Depuis 200 ans, le balancier répression/ éducation oscille en fonction de l’ambiance sociale.

Depuis 200 ans, les sociétés luttent contre la délinquance juvénile qu’elles produisent.

Nous vivons une période de rétractation, égoïste, apeurée, à l’avenir incertain. Il y en a eu d’autres. Mais le positionnement en faveur du « tout répressif » ou du « tout éducatif » ne fonctionne plus dans notre ère de profonde complexité qui doit concilier la sécurité publique avec les droits des enfants, la surveillance et la protection, la nécessité d’urgence et le devoir de recul, des principes généreux et une réalité rude, une délinquance des jeunes qui a évolué et l’adolescence qui reste la même.

Le traitement des mineurs délinquants réclame un effort d’humilité, le courage du réalisme et un pari sur l’espoir.

Nous vivons une période de transition où les structures « éducatives mais privatives de liberté » ou « carcérales à ambition éducative » sont en plein hybridation. S’achemine-t-on vers la disparition lente et programmée du modèle protectionniste ? Reviendrons-nous à un modèle fondé sur la répression ?

L’espoir collectif serait plutôt à l’invention progressive d’une solution d’équilibre entre la sanction et l’éducation, la réinsertion et la mise à l’écart, la juste répartition des responsabilités. Elle prendra du temps et restera liée à l’évolution politique et sociale de la communauté.

Mettre les mineurs en prison n’est en tous cas ni le début ni la fin de leurs problèmes et des nôtres, elle n’en est qu’une des données.

faut-il emprisonner les mineurs ?
« Faut-il emprisonner les mineurs ? » Nathalie dollé. Larousse, Coll à dire vrai.

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2 commentaires

las vegas 31 janvier 2010 - 11:14

Dommage que l’on ne puisse pas faire de commentaires sur la rubrique « cafouillages ».
ON POURRAIT DEMANDER SI LE SERVICE CONSEIL EN COMMUNICATION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DORMAIT PENDANT L’EMISSION !!
QUANT A LIGNE JAUNE BRAVO!! ILS N’ARRETENT PAS DE LA FRANCHIR LEUR LIGNE ILS ZIGZAGUENT DESSUS
JE DEMANDE PARDON A L’AUTEURE DE  » FAUT-IL EMPRISONNER LES MINEURS  » D’AVOIR USURPE SON ESPACE VITAL MAIS CA PEUT LUI DONNER UNE IDEE POUR UN PROCHAIN LIVRE SUR LE TRAITEMENT A APPLIQUER AUX BIG GAFFEURS!

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martin mony 9 février 2010 - 09:45

Non ce n’est pas bien pour les mineurs

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