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Féminicides en hausse et réaction politique

par La rédaction

Au milieu du mois d’août, le chiffre annonçant une forte hausse des féminicides en 2019 est tombé et le gouvernement s’est montré discret sur le sujet.

 L’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple sur l’année 2019 a été rendue publique lundi 17 août par la délégation aux victimes – organisme commun de la gendarmerie et de la police chargé de récolter les données. « 146 femmes sont ainsi décédées en 2019 contre 118 en « 2018 (+24%) avec un usage très fréquent d’armes, par des hommes, souvent au sein même de la cellule familiale. Au cours de la même année, 25 enfants sont décédés dans la sphère familiale. » peut-on lire sous la plume des directeurs généraux de la police et de la gendarmerie. Et pourtant, grâce à « la grande cause du quinquennat » et au « Grenelle des violences conjugales », une prise de conscience collective du problème était en cours.

Mais les moyens à déployer n’étaient pas au rendez-vous déplorent les associations. La lutte contre les violences conjugales doit concerner plusieurs ministères, voire le gouvernement tout entier. Mais beaucoup font la sourde oreille ou des efforts très en deçà de ce qui est nécessaire. Edouard Philippe, Premier ministre avait expédié le Grenelle des violences faites aux femmes en novembre dernier (lire : « Bref ! » Edouard Philippe a clôturé le Grenelle des violences ). Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, qui était le premier destinataire du rapport de la délégation aux victimes n’a pas pris d’engagements nouveaux face à ces chiffres catastrophiques provenant de services dont il est le chef. Il a simplement co-signé un communiqué avec Marlène Schiappa, nouvelle ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la Citoyenneté et la nouvelle ministre déléguée chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno.

Marlène Schappa a rappelé l’action qu’elle avait menée lorsqu’elle était en charge des droits des femmes. Action qu’elle ne pouvait mener seule. Elle rappelle le Grenelle des violences qui avait préconisé une batterie de mesures, parmi lesquelles des formations à destination des agents de police et des magistrats, des exceptions au secret médical pour dénoncer les faits de violences ou encore le recours au bracelet anti-rapprochement pour les conjoints violents. Il a fallu beaucoup de vigilance aux militant.es pour que certains points de la loi ne soient pas vidés de leur substance par des décrets. Ce fut le cas des ordonnances de protection (lire : COMBAT POUR PROTÉGER L’ORDONNANCE DE PROTECTION)

 A la suite du Grenelle, le Parlement a adopté fin juillet une proposition de loi destinée à mieux « protéger les victimes de violences conjugales » (lire : LOI CONTRE LES VIOLENCES CONJUGALES ADOPTÉE SANS LE MOT « FÉMINICIDE »). Marlène Schiappa assure que ces actions ont « permis une vraie prise de conscience et une mobilisation de toute la société face aux violences conjugales. Avant le Grenelle, 8% de la population connaissait le 3919 : c’est désormais plus de 64%»

Les associations ont répété que ce n’était pas suffisant. C’est une mobilisation générale et des moyens conséquents qu’il faut pour en finir avec la culture de domination masculine qui ouvre la porte à ces assassinats de femmes.

En prend-on le chemin ? Elisabeth Moreno a annoncé sa détermination : « Mieux repérer et mieux protéger les victimes, mieux sanctionner les agresseurs constituent, dans le sillon du Grenelle des violences conjugales, mes priorités »

Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, copieusement contesté par les féministes a indiqué, lors des universités d’été EELV qu’il allait « mettre en œuvre dans les jours qui viennent [des mesures] qui existent et qui n’ont pas été utilisées comme elles méritent de l’être ». Il a évoqué le bracelet anti-rapprochement, qui attend l’agrément du Conseil d’État pour entrer en fonction. Puis le « téléphone grand danger » qui permet aux victimes de violences conjugales d’appeler les secours discrètement. Il a affirmé avoir consulté Luc Frémiot, ancien procureur de Douai notamment, qui a mis en place plusieurs mesures de lutte contre les violences faites aux femmes et notamment des mesures immédiates envers les conjoints violents. « Certaines de ces mesures seront mises en place en septembre, notez-le sur l’agenda » a-t-il affirmé. Il dit vouloir entendre les bonnes idées et bonnes pratiques. Et semble donc ignorer que les mieux placé.es pour indiquer ces bonnes pratiques avaient déjà fourni un gros travail pour le Grenelle et même avant (lire : Mobilisation pour une action politique de prévention des féminicides).

Mais il a balayé l’idée d’augmenter les moyens financiers. Ni le président de la République, ni le Premier ministre ne se sont exprimés suite à la publication de ces chiffres.

Les associations féministes estiment qu’il faut un milliard d’euros pour financer des mesures de prévention et de protection des victimes. Et rappellent l’exemple de l’Espagne qui a vu reculer les féminicides quand le gouvernement  Zapatero avait adopté la première loi de protection intégrale contre les violences de genre en Europe (voir En Espagne, état d’urgence face au « terrorisme machiste »). L’Espagne avait alors créé des unités dédiées à la protection des victimes et des tribunaux spéciaux et mis des moyens conséquents. 

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