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Féminisme : ce sont les hommes qu’on entend le mieux

par De profundis

Yves DeloisonPourquoi les femmes se font toujours avoir ? C’est le titre du livre qu’Yves Deloison vient de publier aux éditions First. Peut-être parce qu’elles ne peuvent pas s’affirmer féministes sans susciter l’ironie. Les hommes n’ont pas ce problème, alors l’auteur les invite à le suivre.


 

Peu d’hommes se bousculent au portillon lorsqu’il s’agit de s’engager en faveur des droits des femmes. Sont-ils intimidés par la gent féminine ou se sentent-ils illégitimes à porter ce combat ? Craignent-ils de perdre par ricochet leur statut de mâle dominant ? Allez savoir… Cette cause a pourtant besoin de mobiliser toutes les énergies afin de porter haut et fort les couleurs de l’égalité. L’action des hommes contribue à faire évoluer les mentalités. Et si les femmes ont tout à gagner d’un engagement massif, eux aussi. En outre, lorsque la poignée d’hommes impliqués s’exprime sur ce thème, elle est audible, souvent plus d’ailleurs que les rares femmes sollicitées par les médias. On considère trop souvent que les associations féministes se démènent pour une minorité. Oubliant que les femmes représentent 52% de la population. Pour être réellement vues et entendues, les féministes doivent par conséquent se déshabiller et montrer leurs seins ou bien parler de sexe.

C’est aujourd’hui le meilleur moyen de voir ses messages relayés. Le terme « féministe » est en effet devenu un tel repoussoir que les femmes hésitent à l’employer. Trop péjoratif ou ringard. Si un homme se revendique féministe, lui en revanche n’a pas besoin de démarrer sa phrase en s’excusant d’un désespérant « Je ne suis pas féministe, mais… ». Sans ce bémol, une femme passe d’office pour une « harpie », une enragée qui rêve d’en découdre avec les hommes. Et si sur les plateaux de télévision, elle n’adopte pas l’attitude qu’on attend d’une féministe, si le ton employé reste calme et posé, l’animateur déçu ne la réinvite plus. Un homme qui critique le sexisme passe encore alors qu’une femme apparaît tout de suite comme excessive ou caricaturale. Est-ce parce qu’on considère que la question ne concerne pas directement les hommes et qu’en conséquence ils ont le recul pour s’exprimer objectivement ? Est-ce la voix grave qui crédibilise ? Le masculin résonnerait-il mieux dans les oreilles de l’auditoire ?

Nul doute qu’on va les entendre

Tout n’est pourtant pas négatif. De profonds changements vont s’opérer à terme. Confrontés au dilemme de la conciliation des temps, des pères montent à présent au créneau afin d’obtenir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, aspirant à être plus disponibles et à s’investir mieux dans l’éducation des enfants. Pas à pas, la conception de la paternité semble évoluer. Des hommes constatent à leur tour que les réunions tard le soir ou que les temps de transport ne sont pas compatibles avec l’implication à la maison. Jusque-là, personne ne s’étonnait que les femmes, archi-débordées, continuent à jongler tant bien que mal entre responsabilités familiales et travail. Des mères témoignaient dans leur entreprise des difficultés rencontrées pour tout concilier, mais qui s’en souciait ? Ou alors, on leur conseillait de mieux s’organiser.

Qu’aujourd’hui des pères commencent eux aussi à se plaindre, on ne peut que s’en réjouir. Nul doute qu’on va les entendre. Mais ceci m’incite à poser une nouvelle fois la question de l’attention accordée aux problèmes que rencontrent les femmes. Amusant ou désespérant – c’est selon – de constater par exemple que le chômage qui touche plus fortement les femmes ne choque personne. En revanche, quand la situation s’est tendue pendant quelques mois pour les hommes, les médias l’ont pointé, s’inquiétant même des douloureuses conséquences pour eux. Depuis que le chômage des femmes est repassé en tête, ils ont lâché l’affaire. Je fais donc le pari que les revendications portées par les hommes pour un meilleur équilibre entre les temps de vie risquent de porter leurs fruits plus rapidement. On peut à juste titre se désoler de cet état de fait. On peut aussi préférer inciter les hommes à mêler plus encore leurs voix à celles des femmes qui s’engagent pour que ça change !

 

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12 commentaires

florence 15 avril 2013 - 11:39

« Féminisme : ce sont les hommes qu’on entend le mieux ».. pas d’accord. moi ce que j’entends le mieux et de plus en plus fort ce sont les Femmes.. les Femen, les barbues, les Fourest, les pas putes pas soumises, les OLF, les chiennes de garde, les blogs, les mouvements, les collectifs.. ces milliers de femmes qui se battent pour que justement on ne se fasse plus jamais avoir. Merci à Elles

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taranis 15 avril 2013 - 12:36

« florence »
« Féminisme : ce sont les hommes qu’on entend le mieux ».. pas d’accord. moi ce que j’entends le mieux et de plus en plus fort ce sont les Femmes.. les Femen, les barbues, les Fourest, les pas putes pas soumises, les OLF, les chiennes de garde, les blogs, les mouvements, les collectifs.. ces milliers de femmes qui se battent pour que justement on ne se fasse plus jamais avoir. Merci à Elles

Le titre ne veut, à mon avis, pas dire: qu ils font plus de bruit, mais simplement qu ils sont plus audibles pour les autres hommes puisque en effet toutes les combattantes dont je reconnais aussi le courage et l opiniâtreté, semblent être uniquement un poil à gratter. Je ne crois pas à la lutte frontale entre hommes et femmes, inutile et surtout que nous n avons aucune chance de gagner. Dénonçons le système inégalitaire mais en reconstruisant plutôt qu en voulant abattre. C est donc l éducation qui fera le lien. Nous sommes conçus pour vivre ensemble il faut par evolution que ces droits soient équilibrés dans les termes et dans les faits. La structure ancestrale de notre société fait que nous ne parlons pas le même langage pour nous comprendre vraiment alors que nous avons un avenir commun pour notre planète et nos enfants, ces « ambassadeurs » sont précieux car il faut aussi de la diplomatie et comprendre la différence entre virilisme et machisme. Nous sommes des êtres humains sexués et complémentaires, la mixité doit devenir une conscience naturelle pour tous les hommes….Maintenant, c est aussi vrai, beaucoup de femmes ne veulent pas tricoter en attendant que notre place se libère…mais plus le vent souffle plus le ressac est fort.

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Jeunes Pros 15 avril 2013 - 17:45

De plus en plus d’hommes commencent pourtant à comprendre que l’égalité, ils y ont intérêt, comme en témoigne cet article : « Etre un homme féministe, quoi de plus agréable? »
http://jeunesprofessionnelles.com/2012/10/etre-un-homme-feministe-quoi-de-plus-agreable/

Mais ce n’est effectivement pas toujours facile d’intéresser les hommes au sujet de l’égalité sans se faire targuer d’être une féministe castratrice : http://jeunesprofessionnelles.com/2012/12/engaging-young-men/

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danielle 15 avril 2013 - 20:30

Femmes et Hommes complémentaires ? Qui dit complémentaire ne dit pas égaux et cette notion de complémentarité renvoie à une fonction essentialiste des sexes, celle là même qui enferme les femmes dans la sphère privée, celle qui oblige à la maternité jusqu’à l’identification sans maternité point de femme (on devient femme à travers la maternité). Cette complémentarité qui dicte la répartition des tâches et des rôles…aux femmes l’aliénation de la gestion du quotidien, le travail à temps partiel, les bas salaires

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meg 16 avril 2013 - 05:20

oui la complémentarité c’est super.
La femme qui cuisine est complémentaire de l’homme qui mange.
La femme qui nettoie est complémentaire de l’homme qui salit.
La femme qui écoute est complémentaire de l’homme qui parle.
La femme qui subit est complémentaire de l’homme qui agit.
La femme qui reçoit les coup est complémentaire de l’homme qui les donne….

J’adore la complémentarité et puis c’est si poétique, grâce à la complémentarité je suis fière d’être un trou incomplet qui attend son mâle bouchon. Et si le prédateur est complémentaire de la proie (et vis et versa), n’y voyez rien de significatif cher Taranis. Et puisque vous aimez tant la complémentarité, permettez que dans cette relation, je sois le marteau et vous le clou.

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taranis 16 avril 2013 - 08:00

Le discours de la complémentarité des sexes et de la soumission des femmes est porté depuis fort longtemps par la droite religieuse et conservatrice Pourquoi le rejeter au lieu de le modifier. Insister sur la complémentarité des deux sexes n a rien d inconvenant. Réclamer davantage de considération pour la femme au foyer est légitime. Et il n est pas besoin d être croyant pour partager l idée selon laquelle la famille est un lieu essentiel de l épanouissement. A l heure où la défense de certaines valeurs de tolérance et de respect des choix individuels, attaquées de toutes parts, devrait rapprocher les humanistes de tout poil. Réfléchir et agir pour l égalité des genres, l autonomisation de femmes, le respect des droits humains pour les femmes et les filles, leur pleine participation aux décisions politiques, économiques et sociales, en complémentarité avec les hommes, est un travail à faire ensemble pour la construction de futurs plus éthiques et plus respectueux. La complémentarité, c est aussi conception selon laquelle la division sexuelle du travail est interprétée comme une question de goût personnel ; c est aussi la valorisation des rôles sexuels, c est-à-dire la tendance à maintenir les repères identitaires traditionnels ; et c est aboutir à des couples associatifs, qui réussissent la déconstruction des catégories de genre. La valorisation des rôles sexuels et puis, la capacité des couples plus instruits à repenser les relations hommes-femmes selon l identité personnelle de chacun, rendront ainsi modifiables les rôles sexuels déjà inscrits Les inégalités que vivent les jeunes couples ne disparaîtront que lorsqu eux-mêmes pratiqueront et transmettront les valeurs égalitaires à leurs enfants, servant à leur tour de modèles.. Il faudra attendre encore pour y arriver quelques générations d hommes et de femmes déterminés à mettre fin au sexisme et à repenser les rapports sociaux de sexe en dehors des rapports de pouvoir

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meg 16 avril 2013 - 11:02

« Et il n est pas besoin d être croyant pour partager l idée selon laquelle la famille est un lieu essentiel de l épanouissement. »
il faut quant même une bonne dose de mauvaise foie quant on connait les statistiques de violence inter-familiales et conjugales. La famille et le couple, c’est le premier lieu de l’oppression des femmes et des enfants.
Quant à ton idée de valorisé les femmes au foyer, c’est oublié qu’un grand nombre de femmes ne sont pas « au foyer » et ne veulent pas être « au foyer », valorisé ou pas. Que des femmes et des hommes veuillent être « au foyer », c’est la liberté de chacun, mais c’est la liberté de chacun de faire aussi autre chose.
Je suis une personne complémentaire de certaines autres personnes, mais je ne suis complémentaire d’aucun sexe, merci de me lâcher les gonades. Et ce n’est pas parce que j’ai des ovaires que mon but dans l’existence est de m’en servir, merci de laisser les femmes nullipare existé. Merci aussi de ne pas cracher au passage à la gueule mes copines lesbiennes et de mes potes gays, ceux qui n’entrent pas dans votre merveilleuse idée putride de complémentarité.

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taranis 16 avril 2013 - 14:07

Bien sur Meg vous êtes une femme libre ou libérée c’est comme vous voulez, mais toutes les femmes ne le sont pas, le poids de traditions pèse toujours très lourd et ce n’est pas en me sermonnant avec vos mots cinglants que vous convaincrez, nous autres, les sous-éduquées plus ou moins captives dans leur environnement. Il vaut mieux être complémentaire que secondaire voir une esclave comme je l’aie été. J’ai bien captée votre agacement sur ce terme « antiféministe » de complémentarité, mais comme je l’ai dit : je ne suis pas élitiste, le combat sera gagné quand toutes les femmes auront accès à l’éducation, seront affranchies des discriminations religieuses et familiales , des violences et qu’aucune ne sera plus dans l’obligation physique ou matérielle de se prostituer. C’est vrai en France beaucoup de femmes sont au dessus de tout cela depuis les 40 dernières années et la violence intra-familiale est maintenant dénoncée régulièrement .C’est, nous vous en remercions, grâce à la détermination de femmes comme vous. Désolée de ne pas savoir exprimer correctement mon opinion, surement que mon raccrochage aux hommes peut vous paraitre idiot, on ne m’a pas appris ni même autorisée à réfléchir. Regarder l’ampleur des anti-mariages pour tous et constatez que nous n’évoluerons pas à marche forcée. Je ne voulais blesser personne mais simplement dire que nous n’avons pas toutes le même niveau d’ambition en fonction de nos réalités quotidiennes. Merci d’avoir pris le temps de me lire

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Meg 17 avril 2013 - 08:24

Tu veut valorisé un des aspects fondamentaux d’une culture que tu reconnaît mortifère pour toi cf ton : « on ne m’a pas appri, ni même autorisé a réfléchir ». Tu dit qu’il faut voire la complémentarité autrement que par la soumission, je veux bien essayé, mais tu ne dit rien sur les nombreux exemples de complémentarité que je t’ai fournis. Par exemple tu dit ne pas avoir appris à reflechir, avec ton idee du complement, finalement c’est pas grave que tu ne sache pas reflechir, un mâle complement reflechira a ta place, je me demande comment tu peu valorisé une merde pareil. C’est la base du patriarcat ton complementarisme, une essentialisation qui est au fondement de la discrimination sexiste. C’est comme si tu fesait des « espèces » ou des « races » différentes selon le sexe des gens. Comme si le fait qu’un phallus puisse s’emboité dans un vagin était le moteur de nos existences, comme si toute nos vies n’étaient construite que par et pour la reproduction sexuelle.

Je suis complémentaire de différentes personnes, de différents sexes, sur différentes aspects de nos personnalitées et talents respectifs, je suis pas complémentaire du moindre phallophore qui respire sur cette terre. Mon compagnon et moi sommes complémentaire sur certains aspects mais pas sur d’autres, tout comme ma sœur a des compétences complémentaires des miennes sans qu’on ait besoin d’en faire une règle collective. On peut très bien valorisé la culture dite féminine sans avoir besoin de la complementarité, il faut que cette culture qui est nommer féminine dans le patriarcat devienne neutre, que les hommes puissent desirer autant « le foyer » que les femmes. Je ne veut pas dévalorisé les femmes qui font le choix du foyer, mais il faut que ça soit un choix et que ce choix soit permis à tout le monde, ce que la notion de complémentarité sexuelle ne permet pas.

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taranis 17 avril 2013 - 13:30

J’ai tout captée Meg vous êtes convaincante et mille excuses de vous accrocher. Dans mon charabia d’accessoire, je ne cherche pas à valoriser la « complémentarité » en tant que concept religieux mais bien celles qui se trouvent embarquées dans ces traditions. Je pensais plus à un accompagnement de ce rôle comme un marche pied à une autonomisation afin de ne pas verser dans l’affrontement (et la colère divine !!) Notre problème, c’est la peur et la violence. Avez-vous été violée collectivement ? Avez-vous été corrigée avec un ceinturon ? Avez-vous accès libre à l argent ? Difficile de combattre de l’intérieur quant tout est fait pour nous contrôler, résister n’est pas le plus facile,demande de l’aide et de l’organisation. Le système libéral nous isole malgré les déclarations d’intentions.
Vous êtes pure dans vos propos, et si je ne réponds pas a vos arguments c est parce qu’ils sont évidents. Mais vous savez que pour les droits des femmes, il y a les textes et les faits qui n’y collent pas. Si il y a un plafond de verre en haut, il y a le tamis de la précarité en bas. Ne me regardez pas avec une lorgnette, ne créons pas non plus des castes féminines, il y a déjà les esclaves sexuelles. Vous avez votre intelligence et vos compétences, nous notre seule chance dans l’immédiat dans cette structure de société est d’obtenir le respect des hommes (jusqu’à la prostituée). Alors je crois vraiment qu’il faut les convaincre progressivement que le féministe fait partie d un avenir humaniste .Nous avons besoin des hommes les plus éclairés car la phallocratie est bien constante sociétale universelle, je pense qu’il leur appartient d’accepter d’en casser les codes… D’ailleurs l’abolition de la prostitution annoncée (??) va bien mettre en évidence mon dilemme..

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Céline L 2 mai 2013 - 06:11

Pour tenter un début d’explication, on peut penser que l’ironie vient du fait :
– que la grande majorité des médias sont tenues par des hommes.

– qu’une femme qui défend des idées féministes prêche pour sa paroisse. C’est perçu un peu comme un courtier qui défend la finance.

Et, puis, être pour l’égalité entre les hommes et les femmes, simplement, sans demander plus, c’est trop raisonnable, pas assez médiatique.

De toute façon, au final, les femmes ne pensent pas, elles ressentent .

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09 Aziza 27 juin 2013 - 15:00

La France est, avec l’Espagne et l’Italie, un des pays d’Europe où le terme « féministe » est le plus un repoussoir. -Ce qui est ridicule, c’est surtout qu’on ne traite pas avec ironie un Juif qui vient parler de l’antisémitisme, un Antillais noir qui vient parler du racisme. C’est cela qui est grotesque.
Cela signifie qu’il est « ridicule », dérisoire, pour une femme de réclamer sa dignité.
Toutes les minettes qui disent « je ne suis pas féministe mais », devraient bien réaliser ce qu’elles doivent aux soi-disant hystériques qui se sont battues pour qu’elles soient libres de voter, d’avoir ou non des enfants, et d’exiger un salaire égal. A chaque stade de revendication des femmes, elles étaient moquées et insultées: les suffragettes étaient ridicules, le MLF était ridicule… les Femen aujourd’hui font un peu peur: elles renvoient la violence que les femmes subissent. Tant mieux!

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