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Cette femme violée qui ternit les fêtes de Bayonne

par Isabelle Germain

Dans le quotidien régional Sud-Ouest, la victime d’un viol semble surtout coupable de « ternir » la fête (article modifié).


Le quotidien Sud-Ouest a eu une bien curieuse façon de relater des faits qui se sont produits samedi 27 juillet au matin lors des fêtes de Bayonne, cette institution qui attire chaque année près de 800 000 joyeux festayres habillés de blanc et rouge. Une première version de l’article de Sud-Ouest titrée « Les fêtes de Bayonne ternies par un viol » a été modifiée depuis. Mais on retrouve sa trace dans l’adresse url : « la-fete-ternie-par-un-viol » (ainsi que dans la légende de la photo, comme on nous le signale dans un commentaire).

Réputée bon enfant et de plus en plus alcoolisée, la fête a connu un drame cette fois-ci puisqu’une femme a été violée . Le viol est un crime en droit français, rappelons-le. Mais le vocabulaire employé par le quotidien dans la première version racontait par euphémismes ce crime devenant un fait ayant « terni » la fête, « la dernière du mandat du maire Jean Grenet.» Cette remarque a été retirée dans la deuxième version.

Et le journal n’est pas loin de rendre la victime coupable de ce qui lui est arrivé. « La quadragénaire a vraisemblablement perdu de vue l’amie avec laquelle elle avait passé la soirée et s’est retrouvée isolée dans un quartier peu fréquenté les soirs de fêtes et où les secours n’ont donc pas l’occasion de se rendre. » S’il s’agissait d’un vol de portefeuille, préciserait-on que la victime se promenait avec son sac sur elle dans une rue sans secours à proximité ?

Et ce n’est pas tout : le journal a l’air de douter. La procureure affirme que « les faits paraissent avérés » et exclut « toute situation ambiguë ». Et dans la première version de l’article, Sud-Ouest précisait que « au vu du contexte, les agressions sexuelles et viols des Fêtes de Bayonne sont toujours examinés avec grande précaution. » Pourquoi cette précision (expurgée depuis) ? Difficile de comprendre cette phrase ambigüe. Rappelons que le nombre de fausses accusations de viols en France est très faible, de l’ordre de 2 % selon certaines sources.

 

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12 commentaires

12 commentaires

Diké 29 juillet 2013 - 08:45

de l’autre côté de la frontière, à Pampelune, les fêtes de Saint Fermin début juillet sont aussi le théâtre d’agressions sexuelles, ce que certains médias présentent de manière racoleuse comme l’occasion de photographier des seins nus.

http://www.anorak.co.uk/287025/strange-but-true/the-san-fermin-festival-goes-topless-bulls-boobs-and-cheap-wine-for-jesus.html/?pid=44713#img

Sur cette série de photo, on voit des femmes qui enlèvent leur T-shirts dans l’euphorie de la fête (libre à elles), et des hommes qui les pincent, ce qui constitue une agression sexuelle (comme par hasard, sur d’autres photos on voit des hommes donner du vin aux femmes, probablement une stratégie pour les enivrer et les agresser ensuite).

Il est incroyable que les journalistes fassent preuve d’autant d’indifférence et d’aveuglement devant la réalité des faits. Ils ont la photo de l’agression sous les yeux, et ils la présentent comme un moment de joie collective.

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MEP 29 juillet 2013 - 08:57

On lit également « ternie par un viol » dans la légende de la photo…

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Femme en colère 29 juillet 2013 - 12:26

On vit dans un monde ternit par la bêtise humaine et l’incompréhension totale… Entre la jeune fille violée renvoyée de son lycée, celle condamnée à Doubaï et l’étudiante aux Etats-Unis qui n’a pas eu gain de cause, mais où va-t’on???? Le viol devient de plus en plus banal, les femmes sont considérées comme « coupables ». Et que personne ne vienne me dire que la femme est émancipée! Plus on « avance », moins on la respecte. Et ça commence très jeune! Lorsqu’on voit ces deux adolescents violer une fillette de 5 ans devant le frère de celle-ci, on voit un aperçu de ce que sera la future génération!! Avec de « beaux » exemples pareils, qu’on ne s’étonne plus de rien!

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Martine Costa 29 juillet 2013 - 21:40

Il faut absolument prévenir les touristes que ce n’est absolument pas la fête du jambon de Bayonne!
Il s’agit bien de la méga teuf des alcoolos, de la murge, de la grosse cuite, de la grâlée, jusqu’à se pisser dessus (vu reportage photos, que certains exhibent fiers comme bar tabac!!)
Y’en a un cette année, qui s’est pris une corne entre les deux fesses, pile poil!! Message subliminal d’une bien brave vachette, qui exprimait ainsi son dégoût profond des humains de ce genre!
Une débauche de beauferie, de vulgarité, de connerie, de ce que la France peut compter d’ignares dégoulinants de bêtise autant que de pastaga!
Pour tout l’or du monde, je ne mettrai jamais les pieds dans un tel boxon!
REPUGNANT!

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Martine Costa 29 juillet 2013 - 22:07

Place Tahir au Caire, on a vu ce genre de rassemblement d’exaltés, qui dans la joie et la bonne humeur, se disent qu’il faut forcément finir la fête en beauté! Et bien sur, seule une femme peut « servir » dans ces moments de joie et d’allégresse, histoire de garder un bon souvenir en fin des réjouissances. (Ils doivent confondre avec un autre mot!) Alors on se dit que la première qui passe, on se la trousse et qu’après tout, ça ne mange pas de pain!
Alors si après tant d’attention, elle ose se plaindre « Ben, heu, M’sieur l’juge, comprends plus trop, c’est pas fait pour ça les meufs? »
La fête de Bayonne, ternie? Ce n’est pas d’aujourd’hui! »
Le Caire/Bayonne, quand les hommes se regroupent sur une place, finalement ça se ressemble comme deux choppes de bière!

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JM 30 juillet 2013 - 07:41

Sujet traité en dessins humoristiques sur LE BLOG DE JM:o
http://actuendessin.over-blog.com/

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MEP 30 juillet 2013 - 09:29

« JM »
Sujet traité en dessins humoristiques sur LE BLOG DE JM:o
http://actuendessin.over-blog.com/

Pas très drôle de blaguer sur un viol, si ? D’autant que les « grosses cochonnes » et les « salopes », on s’en passerait bien. Cela entretient la culture de « toutes des putes », même si le dessin est censé tourner en ridicule les auteurs du viol. A moins que, en tant que féministe c’est bien connu, je n’aie pas d’humour.

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anaphore 30 juillet 2013 - 09:58

Regardez aussi le sondage de FemmeActuelle : visiblement si les femmes se font houspiller ou violer c’est de leur faute ! Elles ne devraient pas sortir sans leur burka. Sachant que l’on peut considérer que 2 personnes sur 3 qui répondent aux sondages sont des femmes… cela en dit long sur la connerie humaine…

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Diemend 30 juillet 2013 - 12:59

@Adrak

Oui, on reconnaît les victimes d’agression sexuelle à cet air d’extase qui illumine leur visage.

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sourisotte55 30 juillet 2013 - 18:24

Il y a 200 ou 300 ans les femmes portaient 5 jupons, sans parler des pantalons en dentelles sous leurs jupes ou leurs robes. Elles n’en étaient pas moins violées pour autant peut importe leurs vêtements, quand ces assassins le veulent, ils prennent. Tous les hommes sont armés pour le viol, heureusement ils sont nombreux à ne pas s’en servir, ….en tt k pas pour ça 🙂

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Lili 31 juillet 2013 - 09:50

C’est vous qui dites que c’est la femme violée qui a terni la fête. Le journal dit que c’est le viol. Des milliers de gens sont venues faire la fête, ils n’ont rien fait de mal, ils apprennent ce fait et ils sont choqués, leur fête est ternie : ils ne peuvent rien contre cet événement. Que fallait-il dire?

Il ne nie pas la gravité de l’accusation. La jugement n’a pas encore eu lieu et donc il y a présomption d’innocence, désolée c’est comme ça que ça marche. La parole médiatique d’un juge ne vaut pas son verdict, qu’on espère rapide.
Le viol sera reconnu et donc on devra cesser de « douter ».

Et oui, s’il s’agissait d’un vol de portefeuille (comme il y en a beaucoup à Bayonne), on aurait mentionné que la victime se baladait dans une rue sombre et isolée avec son sac. C’est un des conseils de base qu’on donne aux festayres, ne pas s’isoler, parce que des abrutis saouls trainent partout, et qu’il y a risque de violence, sexuelle ou pas, pour les garçons comme les filles. Certaines années il y a un mort, en général un homme, tombé à l’eau ou tabassé, ou trop alcoolisé.

Il y a beaucoup de secouristes et de flics aux fêtes de Bayonne. Aller dans un coin isolé n’est pas une « faute » qui « justifierai » le viol (le journal le suppose-t-il? non). C’est un élément qui vient expliquer ce que crime n’a pas pu être empêché par un témoin, un secouriste, un flic. On peut tout de même souhaiter que les viols soient empêchés plutôt que d’avoir lieu, non?

d’habitude je partage votre indignation sur le traitement lamentable des viols dans les médias, mais là j’avoue que je ne comprends pas…

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isabelle germain 2 août 2013 - 10:50

rien n’est faux dans la première version de l’article de Sud-Ouest, ni dans la deuxième d’ailleurs. Si Sud-Ouest a modifié substantiellement, c’est qu’il y avait un problème. Ce qui est critiqué ici c’est la façon de rendre anecdotique un crime. Sud-ouest met le focus sur la victime qui se serait mal comportée… On ne sait rien des agresseurs présumés. En revanche, dans la première version le soupçon d’accusation fausse de la part de la victime pesait très lourd

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