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Femmes, hommes journalistes : l’égalité est encore loin

par Camille Saint-Cricq

Moins promues, moins rémunérées, plus précaires, les femmes journalistes sont encore perçues comme des exceptions lorsqu’elles dirigent. Elles ne manient pas les symboles du pouvoir.

A l’occasion de la mission relative à la place des femmes dans les médias en temps de crise de la députée Céline Calvez, Le MédiaClub’Elles et la mutuelle Audiens ont publié une étude sur la répartition des femmes et des hommes dans les métiers du journalisme. Et résument ainsi la situation : « Le bilan de l’étude constate de manière flagrante pour les femmes journalistes des effets plafond de verre et plancher collant et une segmentation de certains métiers.

  • Alors que les femmes représentent près de 47% des journalistes, elles ne représentent que 31% des journalistes dirigeants.
  • Certains métiers sont très genrés : 73 % des documentalistes sont des femmes alors que 85% des reporters photos et 60% des JRI1 sont des hommes.
  • La rémunération moyenne des femmes est inférieure d’environ 15% à celle des hommes.
  • Alors que les hommes occupent la majorité des CDI, les femmes sont plus majoritaires en CDD, et donc plus précarisées. »

Des données qui confirment celles de la CCIJP (commission de la carte d’identité des journalistes professionnels) qui compte chaque année les entrants dans la profession. Les hommes y sont toujours plus nombreux que les femmes dans la catégorie « directeur ». Et le statut de « pigiste » donc précaire, concerne davantage les femmes. D’autres études montrent que les femmes ont davantage de postes de direction dans la presse féminine ou dans la presse professionnelle. Tandis que les postes de direction, sensibles pour l’exercice du quatrième pouvoir par la presse -d’information politique et générale ou presse économique-, sont occupés majoritairement par des hommes.

Une femme

D’ailleurs, une femme dirigeante reste perçue comme une exception qui confirme la règle du boys club dans les lieux de pouvoir. Les journalistes de l’Obs par exemple l’ont signifié avec ce titre : « Une femme à la tête du New York Times ». Un titre qui leur a valu tellement de critiques sur les réseaux sociaux qu’ils l’ont changé en : « Qui est Meredith Kopit Levien, la nouvelle PDG du New York Times » ? Le journaliste Jean-Michel Apathie avait par exemple ironisé sur twitter : « La surprise et la sidération semblent dominer à la rédaction du @teleobs. Un pangolin aurait été nommé à la tête du @nytimes ou bien un #Basque, c’eût été la même chose. Étonnant, non?»

Le premier qui dit bonjour est le boss

Autre étrangeté à lire dans le magazine Society qui a interviewé le duo de la matinale de France Inter Nicolas Demorand et Léa Salamé. Au détour de l’interview, on comprend que la priorité des hommes est de s’approprier les symboles du pouvoir, quand cette idée ne traverse pas la tête des femmes. Lorsque la directrice de l’antenne, Laurence Bloch, a imposé à Nicolas Demorand de présenter le 7/9 avec Léa Salamé, la première réaction du présentateur a été de ronchonner et de dire « c’est moi qui dit bonjour, qui dit au revoir». Et Lea Salamé raconte que, dans toutes les émissions qu’elle a présentées en duo avec des hommes, les messieurs ont bataillé pour « dire bonjour » alors qu’elle-même n’en avait « rien à faire ». Le premier qui prend la parole est perçu comme le chef. Evident pour les hommes, pas pour les femmes…

Mais il y a de l’espoir : la journaliste raconte aussi que pour l’interview du 14 juillet, Gilles bouleau, le présentateur de TF1 avec lequel elle formait un duo, a décrété que ce serait elle qui dirait bonjour et poserait la première question. Elle a trouvé ça « très classe » et voit dans cette évolution un effet de la révolution #MeToo.

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dalbin 24 septembre 2020 - 07:45

bonjour, Merci pour ce retour et synthèse.
Vous dites : « le présentateur de TF1 avec lequel elle formait un duo, a décrété que ce serait elle qui dirait bonjour et poserait la première question. Elle a trouvé ça « très classe » et voit dans cette évolution un effet de la révolution #MeToo. » Mais pourquoi cette préséance (les femmes passent les premières la porte ?) ? J’aurais plutôt vu : chacun son tour ?

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