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Les femmes aussi veulent faire le spectacle

par Arnaud Bihel

Odeon_h150Des artistes de tous horizons s’en prennent à la suprématie masculine dans le monde du spectacle vivant, à commencer par l’accès aux postes à responsabilité. Elles pressent le ministère d’agir aussi dans ce domaine.

Faudra-t-il passer par des quotas pour féminiser les instances de décision du monde de la culture, comme pour celui de l’entreprise ? La question s’est posée, mercredi 6 juin au Sénat. La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) y réunissait des intervenantes du monde du spectacle pour se pencher sur cette autre question, surfant sur l’air du temps : « Culture et parité : le changement, c’est maintenant ? ». Et force est de constater que la réponse, pour l’heure, est non. Ou plutôt : ces dernières années, la situation semble même avoir empiré.

La SACD s’appuie sur une étude consacrée à la place des femmes dans les institutions publiques du spectacle vivant,  commandée par la chef d’orchestre Laurence Equilbey. 95% des concerts sont dirigés par des hommes. Ce chiffre comme les autres chiffres ne marque aucun progrès par rapport à ceux de la précédente étude réalisée en 2009 :

En 2011, 81,5% des postes dirigeants de l’administration culturelle étaient occupés par des hommes ; 85% des centres dramatiques nationaux dirigés par des hommes ; 85% également des textes joués écrits par des hommes. Alors qu’un tiers des auteurs de la SACD sont des femmes. Ces chiffres se répercutent sur l’emploi à tous les niveaux. Il n’y a qu’un tiers de comédiennes dans les théâtres publics, et seules 13% des techniciens sont des femmes.

Muriel Mayette est un des rares arbres qui cachent la forêt. Administratrice générale de la Comédie française, elle constate encore « le machisme profond auquel on est confrontée, en tant que femme, à un poste de pouvoir ». Après 6 ans à ce poste, « je dois encore prouver que je suis légitime », déplore-t-elle.

Déjà remarqué à Cannes pour avoir dénoncé la sélection officielle 100% masculine du Festival 2012, le groupe d’action féministe La Barbe a encore frappé, lundi 4 juin, cette fois au Théâtre de l’Odéon. Les « barbues » ont souligné le sans-faute masculin de la programmation du théâtre parisien : 14 pièces, toutes écrites et mises en scène par des hommes. Pourtant le directeur de l’Odéon, Luc Bondy, « ne peut pas être accusé de machisme. Il n’y a simplement pas pensé… », souligne Sophie Deschamps, présidente du Conseil d’administration de la SACD. Raison de plus de souligner que « c’est au niveau de la prise de conscience qu’il faut d’abord agir ».

Mixité : « tout doit partir de la culture »

Les intervenantes sont unanimes pour appeler le ministère de la Culture à « arrêter de faire l’autruche ». Et à agir pour promouvoir la parité dans les instances publiques du spectacle vivant. La SACD interpelle également sur ce point la Ministre des Droits des Femmes, dont c’est le rôle de promouvoir la parité à tous les niveaux de l’action publique. « Pour montrer la voie en matière de mixité, tout doit partir de la culture », plaide Laurence Equilbey. Toutes réclament, au minimum, l’instauration d’une charte sur l’équilibre hommes/femmes dans les programmations, et des clauses strictes dans les cahiers des charges des établissements culturels subventionnés.

La chef d’orchestre, comme d’autres, souligne qu’il est « absurde d’imposer la parité par la loi dans le domaine artistique », à l’image des quotas instaurés dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Mais certaines, comme la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois, ancienne directrice de centre d’art dramatique, sont favorables à des mesures de contrainte dans un domaine particulier : celui des postes de direction dans les institutions culturelles publiques.

De la culture comme de la politique

Une résolution adoptée le 10 mars 2009 par le Parlement européen développait d’ailleurs la plupart de ces revendications, appelant par exemple les États membres à agir concrètement pour « assurer la présence d’au moins un tiers de personnes du sexe minoritaire dans toutes les branches du secteur ».

La sénatrice EELV Marie-Christine Blandin observe que « la politique n’a pas de leçon à donner », au vu de la très lente féminisation du Parlement. Et fait le parallèle entre monde politique et culturel : les fonds européens, pour la culture comme dans d’autres domaines, sont soumis à des critères d’égalité hommes/femmes. Et pourtant, « on préfère perdre un argent fou de ces fonds européens » plutôt que de répondre à ces critères, observe la présidente de la commission de la Culture au Sénat. Tout comme les partis politiques préfèrent se priver de financement public (4 millions d’euros par an perdus par l’UMP, un demi million par le PS) plutôt que de se conformer aux règles de parité.

 

Pour aller plus loin :

– L’étude, commandée par Laurence Equilbey, sur la place des femmes aux postes à responsabilité dans le spectacle vivant en 2011.

– A ne pas manquer : la prise de position de Laurence Equilbey lors de la campagne présidentielle, sur Telerama.fr. Outre des mesures pour la parité dans le domaine culturel, elle s’en prend à l’expression « Première dame de France ».

– L’association H/F a pour but de lutter contre les discriminations femmes/hommes dans le domaine de l’art et de la culture. Nous évoquions à l’automne dernier la « Saison 1 » de H/F Rhône-Alpes. Le collectif se décline aujourd’hui dans 7 régions.
Le site de H/F Rhône-Alpes.
Celui de H/F Ile-de-France.

– Le rapport réalisé en 2009 par Reine Prat « Pour l’égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité » dans les arts du spectacle.

 

 

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3 commentaires

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leroux 13 octobre 2012 - 06:57

A lire

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BEBON FLORENCE 28 janvier 2013 - 14:12

Bonjour,

Je travaille au Festival de Films de Femmes de Créteil qui fête cette année ses 35 printemps.
Pour cet évènement j’organise un colloque/rencontre le lundi 25 mars sur les thèmes suivant :
Genre et cinéma (matinée)
Les médias et les femmes (après-midi).
Je lance une invitation à Isabelle GERMAIN pour une intervention l’après-midi.

Merci infiniment de relayer l’invitation.

Bien à vous
Florence BEBON
06 84 82 72 22

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Adeline Mégevand 19 juillet 2013 - 09:27

Merci et bravo pour votre article ! Nous en avons assez des arguments du masculinisme, portés par les femmes elles-mêmes.

Une précision cependant, aujourd’hui les collectifs HF sont au nombre de 13 et réunis ensemble dans une fédération interrégionale, le Mouvement HF. Nous comptons aujourd’hui plus de 700 adhérents.

Plus d’infos sur notre site http://www.mouvement-hf.org

Pour HF Poitou-Charentes

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