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Football féminin : une Coupe du Monde pas chère payée

par Arnaud Bihel
USA Japon 2011

À New York, USA, diffusion de la finale de la Coupe du Monde Etats-Unis/Japon, le 17 juillet 2011. Par Jonathan Percy sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

La Coupe du Monde féminine de football attire dix fois moins de téléspectateurs que la Coupe du Monde masculine. Pourtant en termes de droits de diffusion les écarts sont plutôt de l’ordre de un à cent.


 

Le football féminin, « ça vaut que dalle ! », lançait voilà deux ans le commentateur du ballon rond Pierre Ménès. En termes de jugement sportif, il avait dû ravaler ses propos. Mais en termes purement économiques, il n’a pas tout à fait tort.

L’équipe qui remportera la finale de la Coupe du Monde féminine de football au Canada le 5 juillet empochera 2 millions de dollars : quatre fois moins que chaque équipe masculine éliminée dès le premier tour de la Coupe du Monde masculine 2014.

Au Brésil, les 32 équipes d’hommes participantes ont reçu au total 576 millions de dollars de la part de la FIFA. Au Canada, seulement 15 millions seront répartis entre les 24 équipes de footballeuses en lice.

De fait, les masses financières en présence dans les deux compétitions n’ont rien à voir. Pour la Coupe du monde masculine au Brésil, la FIFA a empoché 2,4 milliards de dollars de droits de diffusion télévisée et 1,6 milliards de droits marketing. Pour la Coupe du Monde féminine, cela se chiffre simplement en quelques dizaines de millions, près de 100 fois moins. Les rapports financiers de la FIFA mentionnent d’ailleurs à peine les épreuves autres que la Coupe de Monde masculine, qui lui fournit 90% des ses revenus globaux (hors dessous-de-table).

Des droits télés 100 fois moins élevés

Le prix du football féminin est d’autant plus difficile à calculer que dans de nombreux pays (aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, par exemple) les droits télé de la compétition féminine n’ont pas de valeur propre aux yeux de la FIFA : ils sont inclus dans un package avec la Coupe du Monde masculine.

En France, TF1 ne diffuse toujours que le football masculin. Ce qui permet de confirmer ce rapport de 1 à 100 pour les droits de diffusion. Pour cette Coupe du Monde 2015, c’est une chaîne payante, Eurosport, qui a acquis les droits de l’ensemble des matchs de la compétition, à un prix inconnu. Elle a revendu le droit de diffuser 23 rencontres, dont toutes celles de l’équipe de France, à W9, chaîne gratuite de la TNT.

Le prix de ces 23 matchs ? Selon BFM Business, il s’est élevé à 800 000 euros. Le directeur général de W9 Jérôme Fouqueray ne confirme pas ce chiffre, « mais cela reste dans cet ordre de grandeur ». Un ordre de grandeur sans commune mesure avec les prix du football masculin : TF1 avait déboursé 130 millions d’euros pour diffuser l’ensemble de la Coupe du Monde masculine 2014, et en avait revendu une partie pour 50 millions d’euros à BeInSport.

Pari gagnant pour les diffuseurs

Pourtant, le rapport global en terme d’audience télévisée entre football féminin et masculin n’est que de 1 à 10 (et le sport féminin est d’ailleurs 10 fois moins diffusé que le sport masculin). La dernière Coupe du Monde féminine, en 2011 en Allemagne, a connu une audience cumulée de 400 millions de téléspectateurs. Aux Etats-Unis la finale, perdue par les Américaines contre les Japonaises, a été suivie par plus de 14 millions de personnes devant leurs écrans, seulement deux fois moins que la finale masculine 2014 entre l’Allemagne et l’Argentine.

En France, le football féminin a réussi sa percée sur la TNT. En 2011, la demi-finale entre la France et les Etats-Unis (perdue par les Bleues) avait attiré 2,3 millions de téléspectateurs sur Direct 8. Record à battre.

C’est encore loin des 17 millions du quart de finale masculin France/Allemagne au Brésil, mais les tarifs des spots publicitaires sont cohérents avec ces audiences : 175 000 euros pour le quart de finale des Françaises en 2014 sur TF1, et dix fois moins, 17 500 euros cette année sur W9 en cas de qualification des Bleues en quart de finale. Des publicités 10 fois moins chères pour des droits 100 fois moins élevés : la Coupe du Monde féminine a déjà un vainqueur en France.

 

Les matchs de l’Équipe de France seront diffusés le 9 juin à 19h (France-Angleterre), le 13 juin à 19h (France-Colombie) et le 17 juin à 22h (France-Mexique).

 

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2 commentaires

flo 9 juin 2015 - 11:20

Comparons ce qui peut l’être ! sur les 2 000 706 licenciés que compte la fédération française de foot, il y a plus d’un million et demi d’hommes et 77 000 femmes… on part vraiment de très très loin. Le niveau masculin n’évoluera plus guère, déjà au top, en revanche la voie est royale pour les femmes : progression du nombre de licenciées (+ 19% en 2014!), évolution dans la qualité technique et les performances qui amènera plus d’intérêt du public et donc celui des chaînes TV… bref un potentiel économique énorme qui risque de transformer les dédaigneux en loups de wall street, plus vite q’un tir de Messi !

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POUJOL ROST Mathias 20 juin 2015 - 18:05

J’aime bien la petite pique  » (hors dessous-de-table) » 😀

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