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Formation à l’égalité filles/garçons : l’Éducation nationale doit redoubler d’efforts

par Arnaud Bihel

hceformationegaliteSeuls la moitié des établissements qui forment les personnels de l’Éducation nationale estiment avoir formé la totalité de leurs étudiant.e.s à l’égalité filles/garçons. Pour le HCE, il faut renforcer et généraliser cette formation à l’égalité.


 

La formation à l’égalité entre les filles et les garçons, pour les personnels de l’éducation nationale, reste « incomplète et disparate » en France. C’est le constat établi par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans un rapport publié mercredi 22 février.

Depuis la loi pour la refondation de l’école du 8 juillet 2013, l’éducation à l’égalité des sexes doit faire partie intégrante de la formation initiale des personnels d’éducation (professeur.e.s, documentalistes et CPE). L’année suivante, en remplaçant les ABCD de l’Égalité par des « outils », le ministère promettait de généraliser les formations à l’égalité pour les 25 000 étudiant.e.s passant chaque année par les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ESPE). Interrogée par Les Nouvelles NEWS, Françoise Vouillot, qui a piloté ce rapport, salue d’ailleurs « une position politique beaucoup plus affirmée qu’on ne l’avait jamais eue ».

Mais en analysant les enseignements de 24 des 32 ESPE sur le territoire, le Haut Conseil constate que sur le terrain, la copie reste à revoir. « Le cadre, la durée et le contenu de ces ‘formations de sensibilisation’ n’ayant pas été clairement définis, l’offre d’enseignement proposée dans les ESPE est très variable », déplore le HCE. Seule la moitié d’entre elles estime avoir formé la totalité de leurs étudiant.e.s, à l’égalité filles/garçons avec un volume horaire très hétérogène : entre 2 heures et 57 heures par an selon les établissements.

Un constat qui sous-tend la première recommandation du rapport : conditionner l’habilitation des maquettes des ESPE à la présence d’un module dédié, obligatoire, consacré à l’égalité filles/garçons, « et avec un nombre consistant d’heures », précise Françoise Vouillot. En espérant que, sur la durée, « la question soit traitée dans d’autres modules de formation ».

« Sans un positionnement politique au plus haut niveau, rien ne peut être fait sur le terrain »

Il s’agit aussi de faire de l’égalité filles/garçons une connaissance requise pour l’obtention des diplômes. « Un des obstacles que notre enquête a observés, c’est le manque d’appétence des futur.e.s acteurs et actrices de l’Éducation nationale. Ils et elles pensent encore trop souvent qu’il n’y a pas de sexisme à l’école, pas de discrimination systémique, que les enseignant.e.s traitent de manière égalitaire les filles et les garçons », note Françoise Vouillot. « Pour qu’ils y prêtent un intérêt, il faut introduire la question dans les concours. On sait que c’est un levier important, et ce n’est pas non plus compliqué à mettre en oeuvre. Je connais plus particulièrement la formation des conseillers d’orientation/psychologues : on a réussi à intégrer l’égalité filles/garçons dans le concours de recrutement pour rentrer dans la formation ; et de ce fait, ils et elles intègrent l’idée que c’est une affaire sérieuse ».

Au-delà de ESPE, pour le million de personnes qui travaillent dans l’Éducation nationale, la formation continue reste encore très peu ouverte à l’égalité des sexes. Moins de 1% des journées de formation concernait cette thématique en 2013-2014. Là encore, pour le HCE, il est nécessaire de développer et garantir cette offre de formation continue.

Autre recommandation : garantir la présence de personnes ressources sur l’égalité femmes/hommes dans chaque ESPE.« S’il y a une personne référente en interne, spécialisée sur ces questions du genre et de l’égalité, on est sûr que cela va favoriser le déploiement des formations », souligne Françoise Vouillot. « Cela aide à légitimer le sujet, à faire jouer des réseaux, à mobiliser les ressources pédagogiques. Ce n’est pas impensable ni impossible, même matériellement parlant ».

L’école, insiste le HCE, est un « lieu central dans le développement intellectuel, social et affectif de chacun.e, un véritable levier pour construire la société égalitaire de demain. » Et « sans un positionnement politique au plus haut niveau, rien ne peut être fait sur le terrain », insiste Françoise Vouillot. « Le revers de la médaille est que certaine.s ne veulent surtout pas entendre parler d’égalité filles/garçons à l’école, et il peut devenir très facile d’étouffer le sujet. Donc à nous de le porter haut et clair. »

 

Pourquoi cette formation à l’égalité est-elle essentielle ? Le HCE le rappelle : « Les travaux de recherche menés depuis plus de 20 ans ont montré que les personnels enseignants etd’éducation sont aux prises, comme l’ensemble de la société, avec les stéréotypes sexistes et reproduisent des attentes différenciées vis-à-vis des filles et des garçons » :

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Hélène 22 février 2017 - 14:28

Une jolie illustration d’Elise Gravel, dessinatrice et autrice canadienne bourrée de talents!

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