Foxfire, la fureur de vivre au féminin

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Cinq ans après Entre les murs, Palme d’or à Cannes, le réalisateur Laurent Cantet retrouve le monde de l’adolescence avec Foxfire, confessions d’un gang de filles. Histoire d’une révolte au féminin, avant la révolution.


Plus jamais, elles ne se laisseront faire ! Legs, Maddy, Rita, Goldie sont les Foxfire. Ensemble, dans leur petite ville des États-Unis, elles se révoltent contre le machisme, la contrainte et l’autorité. Liées à la vie à la mort par une promesse, les filles du gang l’ont décidé, elles ne se quitteront plus et vivront selon leurs propres lois. Guidées par Legs, meneuse charismatique, elles se tatouent une flamme sur l’épaule et la peignent sur les murs de la ville.

Une bande au féminin, insouciante et avide de liberté, dont les rêves ne résisteront pas à la réalité. Touchée du bout des doigts lorsqu’elles fondent leur propre communauté, l’utopie laisse place à la violence. Les exactions sont de plus en plus brutales et les idéaux se fissurent. Après avoir partagé leurs envies, on suit avec douleur ces jeunes filles rattrapées par des rôles féminins, trop étroits pour elles. Et on les regarde, impuissant(e), user de leurs charmes pour se venger des hommes.

Adapté du livre de la romancière américaine Joyce Carol Oates, Foxfire ressuscite avec brio l’atmosphère de l’Amérique des années 1950. Alors qu’aucun des carcans de la société n’a encore éclaté, la colère et les idéaux des Foxfire résonnent comme les prémices d’une révolution des mœurs qui commencera quelques années plus tard et reste encore inachevée.

Avec Foxfire, Laurent Cantet signe un film d’époque, sans la lourdeur de la reconstitution. Le réalisateur s’autorise même le plaisir d’ajouter à la bande originale la musique teintée par le folk fifties du très contemporain groupe canadien Timber Timbre. Un film intemporel, dans la continuité du travail du réalisateur. Il révèle avec finesse la psychologie des personnages. Un seul regret, malgré la très belle photographie, Laurent Cantet est resté très (trop  ?) sage derrière la caméra face à ces Foxfire enflammées. Quant à la méthode, elle reste semblable à celle d’Entre les murs. Un long casting de plusieurs mois, 500 jeunes filles auditionnées et au final une bande d’actrices non-professionnelles pour un film remarquable.

A savoir :

Laurent Cantet donnera une Master Class jeudi 17 janvier à 19h30 au Forum des Images à Paris. Renseignements et inscription.

 

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Mononoke 14 janvier 2013 - 16:09

J’y ai vu au contraire un film décevant : le message politique est sans ambiguïté, c’est un rappel à l’ordre. L’utopie de la vie communautaire ne devient jamais réalité (elles survivent ensemble), il n’y a pas de réflexion sur une possible horizontalité du pouvoir (il y a une leader claire dès le début et jusqu’à la fin), pas de réflexion non plus sur le racisme, le sujet est juste esquissé. Une fois qu’elles sont installées ensemble, les filles se disputent sur des sujets mesquins (« j’ai toujours su que trucmuche avait un problème, elle est bizarre ») – par opposition à des sujets politiques. Finalement, la phase jouissive d’émancipation et d’empowerment aura duré 2 scènes : tabasser l’oncle pédophile et menacer le camarade de lycée macho. Je ne compte pas la poursuite en voiture, elles ont un accident.
Bref, une nouvelle illustration qu’il ne suffit pas, pour un film, de passer le Bechdel test pour être féministe !

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