
Marlène Schiappa et la Secrétaire générale adjointe de l’ONU Amina Mohammed, le 13 mai 2018. UN Photo/Manuel Elias
C’est un pas en avant sémantique : la France déclare désormais mener une « diplomatie féministe ».
« France is back, and so is feminism » : « La France est de retour, le féminisme aussi ».
C’est ainsi que Marlène Schiappa a conclu son intervention, mardi 13 mars, dans le cadre de la 62ème session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW62).
La Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes y a dénoncé les « deux ennemis » des droits des femmes : l’obscurantisme et le populisme. En déplorant au passage « les décisions de ses alliés historiques la Hongrie, la Pologne, les États-Unis d’Amérique… de remettre en cause, plus ou moins directement, l’accès à l’avortement. »
La présence de Marlène Schiappa à New York, c’était aussi l’occasion d’évoquer une « diplomatie féministe à la française », résumée comme telle dans son discours : « Le choix est le principal droit. Choisir de se marier. De divorcer. De se cultiver. D’avoir des enfants. D’avorter. De créer une entreprise. De se présenter à une élection – d’en gagner, parfois. De passer son permis de conduire. De voyager. De circuler librement. »
Une « diplomatie féministe » revendiquée, donc. À l’image de rares pays, comme la Suède ou, plus récemment, le Canada. Quelques jours plus tôt, le 8 mars, le ministre des Affaires étrangères avait acté cette nouveauté sémantique à l’occasion du lancement de la « stratégie internationale 2018-2022 pour l’égalité entre les femmes et les hommes ».
Coordination Sud, qui regroupe 164 ONG françaises de solidarité internationale, salue cette « volonté de porter officiellement une diplomatie féministe » ainsi qu’un autre pas en avant sémantique : dans son discours du 8 mars, Jean-Yves Le Drian disait sa volonté de laisser de côté l’expression ‘Droits de l’Homme’. « Je suis partisan de dire désormais, définitivement, ‘Droits humains’ », déclarait le ministre. Une décision qui reste à inscrire dans les faits. Le site internet du ministère comporte toujours une section intitulée « Droits de l’Homme ».
Derrière les mots, quels actes ? La stratégie française pour les quatre prochaines années s’inscrit en fait dans la continuité. Elle passe par la « prise en compte du genre dans l’ensemble de l’action extérieure de la France » et s’oriente autour de cinq grands axes : « assurer le libre et égal accès aux services, notamment les services sociaux de base, tels que l’éducation et la santé sexuelle et reproductive » ; « favoriser l’accès aux ressources productives et économiques, leur contrôle et l’accès à l’emploi décent » ; « garantir le libre et égal accès des femmes et des filles aux droits et à la justice, et la protection contre toutes les formes de violence » ; « assurer la participation effective des femmes dans les espaces de décisions économiques, politiques et sociaux » ; et « assurer la participation égale des femmes aux processus de paix et sécurité ».
Côté chiffres, enfin : la France s’engage à consacrer 50% de son aide publique au développement à des projets « ayant pour objectif principal ou significatif la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes » d’ici 2022. « C’est un engagement que nous tiendrons », assure Jean-Yves Le Drian. Mais Coordination Sud se dit « dubitative, sinon déçue » devant cet objectif : 50%, c’était déjà la cible affichée en 2013 pour l’année 2017, cible « qui n’a pas été atteinte »
Paris s’est également engagé le 8 mars à doubler sa contribution à ONU-Femmes, « pour faire partie des 20 premiers contributeurs », a promis le ministre des Affaires étrangères. C’est bien le moins, pour la sixième économie mondiale. En 2016, Paris a alloué 776 000 euros à ONU-Femmes, sa plus forte participation depuis la création de l’agence en 2009, mais elle ne se situait qu’en 24ème position des contributeurs. C’est par exemple 6 fois moins que la Belgique, 2 fois moins que l’Irlande. Et 21 fois moins que la Suisse, premier pays financeur d’ONU-Femmes
