Game of Thrones : une série « interdite aux filles » ?

par De profundis

Daenerys

Une maison de production annonce l’arrivée d’une série « Game of Thrones pour les filles », Queen of Tearling. Une insulte aux milliards de femmes fans de la série.
[Attention, spoiler !]


 

Vous avez sans aucun doute entendu parler de Game of Thrones, GoT pour les intimes. Dans le cas contraire, sachez que cette série cartonne aux États-Unis où elle est diffusée depuis 2011, comme en France aujourd’hui. Il s’agit d’une sorte d’heroic fantasy autour du « feu et de la glace », adaptée d’une saga littéraire intitulée « A Song of Ice and Fire » (littéralement : « Chanson de glace et de feu »).

Au centre de toutes les convoitises, le trône de fer (« The Iron Throne ») et des familles de seigneurs se faisant la guerre sur plusieurs générations pour le conquérir. Ajoutez à cela un mystérieux mur gardé par des « frères de la garde », ambiance vestiaires de rugby croisé avec le Vatican, beaucoup de sang, des zombies, des têtes plantées sur des piques et des devises flippantes (« Un Lannister paie toujours ses dettes », « L’hiver arrive », « La nuit est sombre et pleine de terreurs »…)

Le tout mâtiné de récurrentes scènes de sexe costumées avec des prostituées, entre frères et sœurs, entre père et filles, avec un nain, sans oublier les incontournables de la culture porno : initiation au sexe entre une maîtresse et son esclave femme, viol conjugal et sadisme en tous genres. L’apothéose étant atteinte quand le « Roi Joffrey », un pré pubère fruit d’un inceste entre frère et sœur, tue à coups de flèches par pur jeu sexuel une prostituée jadis payée par son oncle, un nain. Si, si.

Une série « pour eux les hommes » ?

Sur le papier, Game of Thrones remplit donc parfaitement tous les clichés du « pour nous les hommes », vus par une pub Mennen. Du sang, de la sueur, de la testostérone : 1,2,3, mecs ! Seulement voilà : Game of Thrones, c’est beaucoup plus que cela. Et quand on lit entre les lignes, les femmes y tiennent un rôle prépondérant, et sont souvent présentées comme les véritables héroïnes de la série.

De tous les enfants Stark, la plus maligne est la cadette (qui a l’intelligence de ne pas se faire tuer, contrairement à son frère aîné, ou estropier, contrairement à son frère cadet) qui est aussi présentée comme la plus téméraire. Les messages sous-jacents sont même considérés comme féministes par certaines : ainsi Arya qui refuse la couture au profit de l’épée, et se déguise en garçon « parce que c’est plus facile pour survivre ». Dans la première saison, Cersei semble jouer aux échecs avec les autres personnages, et Daenerys transforme un mariage forcé en instrument de pouvoir. Et je ne spoile personne en disant qu’elle semble être la mieux placée pour remporter le trône de fer…

Les hommes sont souvent présentés comme des rustres dirigés uniquement par leurs pulsions, manipulés par les femmes, plusieurs perdent d’ailleurs des membres à symbolique phallique (doigts, mains) quand on ne leur sectionne pas carrément le pénis. Quand ils ne manquent pas d’intelligence, ils sont simplement lâches.

Une série féministe ?

Certes, on pourra trouver l’esprit de Game of Thrones un peu trop essentialiste, notamment quand le rôle maternel est sacralisé (George RR Martin pourrait lire L’amour en plus de Badinter et réécrire certains dialogues à l’aune de l’inexistence de l’instinct maternel) ou quand les femmes ne disposent que de deux armes : leur vagin ou leur utérus. En effet, les femmes de Game of Thrones acquièrent souvent du pouvoir en devenant mères, que ce soit réellement (Cersei est régente grâce à son fils, Daenerys est acceptée par son nouveau peuple quand elle mange du cheval cru pendant sa grossesse, Lady Stark part en guerre pour défendre ses enfants…) ou métaphoriquement (Daenerys écope du surnom de « mère des dragons », et personne ne songe à lui dire qu’il y a de la GPA dans l’air.)

Mais le personnage d’une femme-chevalier qui bat tous les hommes, d’eunuques, d’hommes coquets intéressés par leur coiffure et de femme chef de guerre devrait achever de persuader chacune et chacun que Game of Thrones peut ravir les téléspectatrices, y compris les plus existentialistes d’entre elles.

Queen of Tearling, un Game of thrones à la sauce « mommy porn » ?

Dans ce contexte, l’annonce de la production d ‘un « Game of Thrones pour filles », Queen of Tearling, avec la star Emma Watson, a de quoi faire hurler. Voilà qui laisse entendre que les femmes auraient besoin d’une version édulcorée, avec de belles histoires de fées à paillettes à la place des dragons, de soirées pyjamas autour de cupcakes à la place des orgies finissant en bains de sang, et de shopping de fers à lisser à la place de conquête du trône de fer… On nous refait le coup du « mommy porn » !

Cette présentation dénote au mieux une très mauvaise connaissance de Game of Thrones et de son public, au pire un absolu cynisme visant à pousser le marketing genré dans ses derniers retranchements, et ce y compris dans le domaine de la création artistique. Comme s’il était impossible qu’hommes et femmes se passionnent pour une même série, et comme s’il fallait absolument un programme digne d’accueillir pendant sa coupure pub une réclame pour de la lessive, des substituts de repas, ou des BB creams. Bref, des pubs pour les filles, pendant une série pour les filles, dans un monde… pas pour les filles.

 

Marlène Schiappa, fondatrice de Maman travaille

 

Partager cet article

8 commentaires

shirly 14 juin 2013 - 14:44

Excellente analyse de la situation, et de la superbe série GoT!

Répondre
Margaux 14 juin 2013 - 15:56

c’est le pire article que j’ai pu lire sur GoT. Non ce n’est pas que de l’heroïc fantasy, qui sert de toile de décor à la série. GoT est avant tout une série d’intrigues politiques et d’histoires humaines. Et la résumer à la testostérone, comme si se battre n’était réserver qu’aux hommes dans cette série, c’est ne pas avoir compris grand chose…
« Les hommes sont souvent présentés comme des rustres dirigés uniquement par leurs pulsions » : mais avez-vous regardé la série oui ou non?? Robb Starck, Jon Snow, Ned Starck, Sir Mormont, Tyrion Lannister, des « rustres »??
Idem sur Danareys : elle acquiert peut-être un certain pouvoir lorsqu’elle mange un coeur cru en étant enceinte, mais ce pouvoir reste confiné au peuple , et Kal Dhrogo détient toujours le véritable pouvoir. Non, son véritable pouvoir, elle l’acquiert dans la saison 3 quand elle se dote d’une armée, et commence des négociations politiques avec les cités esclavagistes (notamment à yunkaï).

Bref, allez lire les livres, replongez-vous dans la série avant d’écrire des bêtises

Répondre
Cédric 14 juin 2013 - 16:04

A Margaux, oui John Snow se fait presque avoir parce qu’il se laisse séduire par la sauvageonne.. Robb Stark se fait tuer parce qu’il a préféré épouser en cachette sa maîtresse plutôt que d’honorer un accord…… etc etc etc … Robert baratheon ne voit pas que sa femme le trompe sous ses yeux…. donc OUI les hommes dans GoT sont vraiment des nigauds !!!!!!!!!!

Répondre
Kane 14 juin 2013 - 16:07

La tyrannie du « girly » partout, tout le temps. Ras le bol, oui. Bien vu.

Répondre
Marlène 14 juin 2013 - 16:12

@ Margaux: en fait j’écris l’exact inverse… Justement, je mentionne l’heroïc fantasy dans la première phrase pour donner la toile de fond, puis j’explique que sous des dehors très « pub Mennen », il y a beaucoup plus que ça, avec des femmes combattantes notamment.
Nous sommes donc complètement d’accord sur l’analyse (ce qui n’est pas obligatoire au passage, puisqu’on peut tirer plusieurs analyses différentes d’une même série: voir les débats féministes enflammés dans les groupes féministes US autour de Desperate Housewives)

@ I’m not a princesse, I’m a Khaleesi ! Merci à vous !

@ Cédric: Exactement les exemples auxquels je pensais, quel hasard 😉
D’ailleurs dans les livres justement (…) il est précisé à de multiples reprises que Ned Stark est perdu par son manque d’intelligence et d’esprit tactique. Finalement GoT joue finement avec les stéréotypes de genre, en montrant des femmes pour qui la guerre prime, notamment.

Répondre
Vanessa 14 juin 2013 - 16:21

Je suis bien sûr d’accord sur le fond de l’article, mais franchement, le résumé me laisse dubitative…
C’est carrément raccourci, pas vraiment conforme à la vérité, peut-être pour les besoins de l’article ?

Dommage, car le fond de l’article et la problématique sont vraiment intéressantes.

Répondre
Anon 16 juin 2013 - 09:18

Les scènes de fesse de Game of Thrones, au début, ça me choquait pas. Puis ça a commencé à me gaver. Puis je me suis remise aux bouquins. Et là, constatation : le cul dans la série n’est vraiment fait que pour attirer le regard du mec lambda. On passe de scènes qui peuvent être considérées comme bien ancrées dans la série à « je mets des fesses parce qu’on a un quota de fesses, et hop deux autres femmes à poil, et hop une scène avec des prostituées qui se caressent » etc. Ca devient vraiment très lourd. Je regarde la série parce qu’elle est épique, parce que le développement des personnages est intéressant, parce que les personnages sont top (des femmes qui font des trucs, qui mènent des guerres, c’est pas souvent qu’on voit ça, ça me plaît terriblement de voir des personnages bien écrits, pas stéréotypés, forts, qui ne sont pas là pour jouer le rôle de la demoiselle en détresse). Et du coup, s’ils pouvaient se calmer sur la surenchère de femmes à poil pour combler le puceau moyen, je pourrais ptet regarder ma série peinarde. Le girly, plutôt mourir. Pourquoi passer des conquêtes de Daenerys aux histoires de coeur de machin ?

Répondre
Lili 17 juin 2013 - 09:09

 » comme s’il fallait absolument un programme digne d’accueillir pendant sa coupure pub une réclame pour de la lessive, des substituts de repas, ou des BB creams. »

Ben oui, c’est exactement ça. Rien de moins, rien de plus, et aucun argument ne tient 2 secondes contre la vente de lessive.
Le jour où la lessive sera devenue un produit masculin et féminin, ça changera, mais pas avant.

Ravie d’apprendre que GoT bouscule les stéréotypes. Toujours désolée de lire des articles où on fait semblant de se demander pourquoi la télé revient à la segmentation de marché tout en connaissant la réponse.

Répondre

Répondre à Cédric Annuler la réponse