Accueil Eco & Social Goldman Sachs plaide la supériorité féminine. Bonne idée ?

Goldman Sachs plaide la supériorité féminine. Bonne idée ?

par Isabelle Germain

Photo : Gerd Altmann Pixabay

Une nouvelle étude montre que les femmes sont performantes dans des secteurs squattés par les hommes. Mais ça ne fait pas avancer la cause des femmes.

En matière de gestion de fonds d’investissement les femmes s’en sont mieux sorties que les hommes  depuis la crise sanitaire et en 2020 affirme la banque de Wall Street Goldman Sachs, dans une note relayée par Bloomberg. Pour étayer son propos, elle a compté. L’analyse porte sur 496 fonds investis dans les grandes capitalisations américaines. 14 fonds seulement sont entièrement gérés par des femmes et 380 uniquement par des hommes. Alors Goldman Sachs a aussi pris en compte les équipes de gestion constituées d’au moins un tiers de femmes, ce qui a donné un échantillon de 63 fonds soit 13 %. Résultat : ces fonds plus féminisés affichent une performance supérieure de 1% en moyenne depuis le début de l’année.

«43% des fonds gérés par des femmes ont fait mieux que leur indice de référence depuis le début de l’année, contre seulement 41% des fonds sans gestionnaire féminin», écrivent-ils. Et, malgré la crise sanitaire, depuis le mois de mars «48% des fonds gérés par des femmes ont fait mieux que le marché contre seulement 37% des fonds gérés uniquement par des hommes».

Pourquoi de tels écarts ?  Les femmes ont, dans leur portefeuille, davantage de titres du secteur technologique et investissent un peu moins que les hommes dans les titres de la finance. Les premiers ont bondi cette année (Apple; Amazon, Microsoft… boostés par le confinement), les seconds ont commencé à souffrir un peu.

Du coup la banque plaide à nouveau pour la féminisation des directions d’entreprises. En janvier dernier, elle avait annoncé qu’elle ne soutiendrait plus les entreprises si leur comex n’était pas mixte.

Mais l’argument de la surperformance des femmes ne risque-t-il pas d’être contre-productif ? D’abord, comme l’affirme la chercheuse Réjane Sénac, il conduit à plaider « l’égalité sous condition de performance de la différence » Autrement dit, les femmes doivent faire mieux que les hommes pour accéder aux mêmes places dans la société. Ce qui est contraire à l’égalité.

Et puis, comme nous l’expliquions quand la presse se félicitait de voir les Etats dirigés par les femmes mieux traverser la crise sanitaire : si les femmes sont meilleures c’est parce qu’elles ont dû travailler plus dur que les hommes (lire ici). Quand elles seront moins entravées pour arriver au sommet,  le niveau des femmes et des hommes dans les hauts lieux sera probablement identique.

Enfin, la démonstration d’une sorte de supériorité féminine ne change manifestement rien au désir d’entre-soi masculin. Les Echos qui relaient cette étude l’affirment : « paradoxalement, la réussite des gérantes en 2020 ne se traduit pas par un plus grand intérêt des investisseurs. Elles accusent en moyenne des sorties légèrement supérieures sur leurs fonds cette année »

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