Accueil L'édito Grenelle des violences : tout commence par les violences psychologiques

Grenelle des violences : tout commence par les violences psychologiques

par Isabelle Germain

L’un des groupes de travail du Grenelle des violences conjugales est consacré aux violences psychologiques. Mais au fond, toutes les propositions gravitent autour de ces violences trop longtemps ignorées.

Ce mardi matin, les onze groupes de travail du Grenelle des violences conjugales ont présenté leurs recommandations à la Secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Dans ces groupes, des bénévoles, des militant.e.s de longue date qui tentent de faire reculer le fléau depuis de nombreuses années mais aussi des élu.e.s et fonctionnaires qui se sont plongés dans un sujet qu’ils ne connaissaient pas encore très bien. Ce qui a permis de mobiliser largement.

Un groupe de travail  consacré aux « violences psychologiques et emprise » avait été confié à Yaël Mellul, avocate pénaliste et spécialiste des violences conjugales. Une avocate qui milite notamment pour la reconnaissance du « suicide forcé » et s’est montrée très émue de pouvoir enfin mettre sur la table du politique un sujet qui, jusque-là restait sous tous les radars de la justice et des médias. Très émue aussi d’avoir associé à ce groupe de travail les parents de deux très jeunes femmes poussées au suicide par des compagnons ces derniers mois.  Parce que dit-elle, «les violences physiques sont les symptômes de violences psychologiques», elle préconise de s’attaquer, le plus tôt possible à ces dernières en ayant une approche systémique.  «Sans violence psychologique les femmes ne se résigneraient pas à subir la violence physique» ajoute-t-elle. Il faut donc que, dès le dépôt de plainte, soient pris en compte les pressions, le chantage et autres menaces latentes exercées sur les femmes. Cela suppose la mise en place de nouveaux protocoles chez les professionnels chargés de lutter contre la violence conjugale.

 Sans pression psychologique destinée à soumettre les femmes, elles n’accepteraient pas la violence physique » Yaël Mellul.

Mais ces pressions psychologiques ne sont pas exercées seulement par ces hommes violents. Elles se nichent dans tous les recoins de la société qui méprise trop souvent la parole des femmes et impose des normes qui peuvent être autant de violences psychologiques. Les préconisations des autres groupes de travail le laissent apparaître en creux.

Le groupe de travail sur « l’accueil des victimes en commissariat » propose de mettre en place « une grille d’évaluation du danger » lors d’une intervention des forces de l’ordre à domicile ou de l’accueil d’une victime en gendarmerie ou commissariat et de mettre au point « un protocole clair d’accueil ». Jusqu’ici, trop de femmes étaient renvoyées vers leur bourreau sans prise en compte de leur parole. Ce mépris est une violence psychologique.

Les propositions du groupe de travail « justice » donnent aussi la mesure des habitudes de soumission des femmes à une certaine violence : « suspension ou aménagement de l’exercice de l’autorité parentale », « décharger les descendants de leur obligation alimentaire envers le parent condamné pour homicide volontaire sur l’autre parent »… Voilà qui en dit long : jusqu’ici, les parents violents conservaient intacte l’autorité parentale sur les enfants. Et la ministre a cité l’exemple de la fille de l’homme qui avait tué sa mère, obligée de lui verser une pension…

Le groupe de travail consacré aux « violences économiques » a aussi évoqué la stratégie d’emprise du conjoint violent qui met sa victime en situation de dépendance. Il lui met dans la tête qu’elle a besoin de lui pour vivre. Les « mentalités administratives » doivent évoluer préconise le groupe. Il n’est pas rare en effet que les courriers concernant les finances du ménage ou les comptes joints ne soient adressés qu’aux maris.

En filigrane aussi dans le groupe de travail « éducation » cette idée que la domination masculine et la soumission des femmes enseignées parfois à l’insu des personnels enseignants doit cesser. Le groupe préconise des stratégies de repérage des violences mais aussi de «rendre obligatoire une formation sur l’égalité filles / garçons dans la formation initiale des enseignants, des personnels éducatifs et des cadres ». Il veut aussi sensibiliser les élèves à tous les niveaux avec un « diagnostic annuel sur l’état des relations filles/garçons ». Faute de quoi, les enfants continueront à grandir sans avoir conscience des violences psychologiques imposées aux femmes. L’inertie des mentalités, l’absence de discours explicites sur (ou contre) la domination masculine laissent perdurer des normes d’inégalités. Toute la société doit prendre conscience du continuum de violences sexistes qui aboutit dans les cas extrêmes à la violence conjugale et aux féminicides. La prise de conscience est tellement faible que le groupe de travail « handicap » déplorait que certaines femmes en situation de handicap ne mettent pas le mot de « violence » sur des actes qu’elles ont subis.

C’est donc un « combat culturel » qui s’engage pour rendre inacceptable ce qui était considéré comme acceptable chez les forces de l’ordre, dans la justice, l’éducation, à la banque… Si les préconisations du Grenelle des violences conjugales sont suivies, c’est dans tous les recoins de la société qu’il s’agira de chasser les petites ou grandes violences psychologiques qui forment un continuum de violences sexistes. 

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