Homosexuelles : la double invisibilité criante

Le plateau de l’émission Arrêt sur images alignait quatre invités mais aucune femme à l’occasion de la Marche des fiertés LGBT. “Elles n’ont pas pu, pas su, pas voulu venir” : excuses classiques et mise en exergue de l’invisibilité des femmes.

Arrêt sur images consacrait son émission-débat du 29 juin dernier au « Pinkwashing » autour de la « Marche des fiertés », la manifestation contre les discriminations et la haine homophobes. Le site d’information qui « critique les médias en toute indépendance », alignait sur le plateau quatre invités pour évoquer cette tendance de certains responsables politiques et d’institutions à s’associer au mouvement pour faire du bien à leur propre image.

Dès la présentation de ces invités, Daniel Schneidermann, le fondateur d’Arrêt sur images regrettait l’absence de femme mais avançait, avec la journaliste Hélène Assekour, les explications classiques : peu de femmes à la tête des associations qui auraient pu répondre, celles qui ont été contactées n’ont pas pu, pas voulu venir ou ne se sont pas senties légitimes.

Verre à moitié plein : la question de l’équilibre hommes-femmes sur les plateaux préoccupe enfin les journalistes. Verre à moitié vide : on continue de diffuser des émissions avec de tels plateaux. En les saupoudrant d’un petit peu de vergogne.  

Alors, malgré le préalable sur l’absence de femmes, les réactions n’ont pas manqué. Alice Coffin ferraille depuis des années contre l’invisibilité des femmes et des lesbiennes dans les lieux de pouvoir. Elle a écrit un « billet de rage. Avec proposition ». Pour elle, ce plateau « relève de la faute journalistique. Pas juste de sexisme, mais d’une mauvaise pratique du journalisme. Venant d’un programme qui souhaite dénoncer les travers des médias, c’est particulièrement alarmant. » Elle aurait pu donner beaucoup de noms de femmes « qui auraient été brillantes autour de cette table » (…) « On retrouve les lesbiennes au premier plan dans tous les grands groupes activistes. » mais écrit-elle « les mecs de tous les mouvements se [retrouvent] quand même au premier plan avec la complicité des médias. » Car manifestement, aucun des invités n’a décliné et proposé une femme à sa place. Ils ignorent le mouvement #JamaisSansElles

Contacté par Les Nouvelles NEWS, Daniel Schneidermann rappelle qu’il a cherché et cherche toujours à inviter des femmes sur ses plateaux, « je suis toujours choqué de voir des plateaux avec seulement des hommes » dit-il. Mais il fait aussi observer que les organisations qui ont été jugées légitimes par son équipe pour s’exprimer sur le pinkwashing sont représentées par des hommes. Pour les femmes représentant des mouvements homo, le thème de l’émission n’était pas leur  « sujet d’expression prioritaire. » Un jugement très discutable comme l’a souligné Alice Coffin.

Finalement, pour lui, le bruit qui a été fait autour de cette affaire permet de donner à voir l’absence de femme chez les représentants des mouvements qui dénonçaient le pinkwashing. « S’il y avait eu des femmes sur le plateau, ça n’aurait pas fait autant de bruit »… Pas sûr que ceux qui n’ont pas envie de voir ouvrent enfin les yeux. Pas sûr que ce soit un cadeau d’obliger les femmes qui ferraillent depuis si longtemps  à repartir encore au combat. « Il faut laisser la place, les mecs » écrit simplement Alice Coffin.

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