Accueil MédiasBruits et chuchotements Hulot se dit victime, Schiappa trinque, le système survit

Hulot se dit victime, Schiappa trinque, le système survit

par La rédaction

Accusé d’agressions sexuelles, Nicolas Hulot se crie victime. Mais l’attention se focalise sur Marlène Schiappa qui fut désignée ambassadrice du soutien du gouvernement en 2018. Le système de protection des agresseurs plie mais ne rompt pas.

L’affaire Hulot n’est toujours pas considérée comme un scandale d’Etat. Lorsqu’une première accusation de viol avait été révélée par un journal éphémère, l’Ebdo en 2018, l’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire avait été défendu par le gouvernement, et en particulier par Marlène Schiappa qui était alors Secrétaire d’Etat en charge de l’égalité femmes-hommes.

Jeudi dernier, une longue enquête d’« Envoyé spécial » révélait des faits d’agressions sexuelles et de viol qui auraient été commis entre 1989 et 2001. Quatre femmes témoignent et racontent avec difficulté une fellation forcée lorsqu’une de ces femmes avait 16 ans, une agression dans un taxi, des attouchements, des refus clairs de la part de ces femmes et un climat anxiogène qui interdisait de dénoncer un homme populaire et ami avec les puissants.

La veille de la diffusion de l’enquête, Nicolas Hulot s’est invité sur le plateau de BFMTV pour servir la soupe habituelle des hommes visés par de telles accusations. Dénonçant « des accusations purement mensongères », affirmant  « Je n’ai jamais contraint qui que ce soit », il s’en prenait, sur un plateau télé qui lui était entièrement dédié, à un  « tribunal médiatique », un « système qui est en train de perdre la raison » ou des journalistes « procureurs», qui l’accusaient alors qu’il ne pourrait pas se défendre judiciairement parce que les faits sont prescrits. N’hésitant pas à en faire des tonnes, il se disait « déjà condamné » victime d’une « mort sociale programmée » et « Je ne fuis pas, j’ai juste la nausée. Je ne souhaite à personne de vivre ce cauchemar », gémissait-il annonçant se retirer de la vie publique afin de protéger sa fondation des « salissures ». Lui qui n’a pourtant pas hésité à se montrer plutôt sale avec cette réflexion qui a fait bondir l’actuelle ministre en charge des Droits des femmes. Nicolas Hulot a ironisé. « Je sais que j’ai un physique très ingrat, et que donc seule la contrainte me permet de vivre des histoires d’amour ». Elisabeth Moreno, qui ne faisait pas partie du gouvernement en 2018, a alors réagi immédiatement sur Twitter : « Ironiser sur un tel sujet ? Sérieusement ? Ces propos sont intolérables ».

Haro sur une ministre

Mais très vite, les critiques se sont abattues sur Marlène Schiappa. En 2018, lorsque l’enquête du jeune journal l’Ebdo était sortie, le gouvernement avait soutenu illico son ministre sans enquêter davantage. Les éléments étaient plus faibles que ceux présentés par « Envoyé spécial ». Ils reposaient sur une plainte pour viol déposée en 2008 et classée sans suite (car hors délais de prescription). L’enquête n’a pas conduit le gouvernement à se poser des questions sur son ministre, le gouvernement a cru sur parole ses dénégations sans se demander quel intérêt pouvait avoir eu une femme à déposer une plainte quelques années auparavant. Il n’a pas cherché à savoir s’il n’y avait pas par hasard d’autres victimes. Autant de questions que se posent les personnes qui luttent contre l’omerta autour des agressions sexuelles.

Et pour couper court, Marlène Schiappa, qui luttait contre cette « culture du viol » (elle a écrit un livre sur ce thème avant d’être ministre) dans son ministère, fut envoyée à la rescousse. Elle s’est affichée ostensiblement avec Nicolas Hulot et lui a adressé une tribune de soutien dans le Journal du dimanche. La scène de préparation de cette contre-attaque ourdie par deux conseillers, a été filmée par les caméras d’Envoyé spécial  pour un reportage intitulé « Marlène Schiappa, l’ambitieuse » en 2018. L’extrait ressort sur les réseaux sociaux, parfois tronqué. La ministre commence par dire qu’elle n’a pas l’intention de s’exprimer sur le sujet puis se laisse convaincre.

Et c’est Haro sur la ministre. « Les Grandes gueules » sur RMC, peu connues pour leur féminisme, se flattent de l’avoir piégée, tous les journaux lui demandent de s’expliquer, de se justifier, un député de droite affirme qu’elle devrait être « pétrie de honte ». Et sur les réseaux sociaux c’est la débandade… A croire que son soutien, il y a deux ans, serait plus grave que les faits dont Nicolas Hulot est accusé, plus grave aussi que le soutien de l’ensemble du gouvernement…Dans le bruit médiatique, c’est une femme qui est supposée être honteuse.

Cet épisode montre que le système de protection des agresseurs plie mais ne rompt toujours pas. La stratégie des hommes puissants pour se dérober a toujours été d’inverser la culpabilité, de traiter leurs accusatrices de menteuses et d’utiliser comme bouclier quelques femmes amies ou n’ayant pas une grande marge de manœuvre pour s’opposer à eux. Que se serait-il passé si Marlène Schiappa avait refusé de soutenir le gouvernement ? Pour accéder au pouvoir, les femmes doivent encore se soumettre à certaines règles du patriarcat.

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