Accueil MédiasBuzz Il veut dicter la tenue de Serena Williams et s’attire les foudres du public

Il veut dicter la tenue de Serena Williams et s’attire les foudres du public

par La rédaction

Bernard Giudicelli, sur Wikimedia Creative Commons

Bernard Giudicelli, le président de la Fédération Française de Tennis, a annoncé qu’il n’accepterait plus la tenue que portait Serena Williams lors du dernier Roland Garros. Et suscite moqueries et exaspération.

Si les hommes, dirigeants de fédérations sportives, ont toujours décidé des tenues que devaient porter les compétitrices, il semblerait que le vent tourne aujourd’hui. Le président de la Fédération française de tennis (FFT), Bernard Giudicelli, dans un entretien à Tennis Magazine relayé par L’Equipe, a dit qu’il ne voulait plus voir, à Roland Garros, la combinaison noire près du corps avec ceinture rose que portait la joueuse la plus titrée du Grand Chelem lors de la dernière édition. Pourquoi ? « Il faut respecter le jeu et l’endroit. Si je fais passer une émotion avec quelque chose qui est beau dans un endroit qui est beau, l’émotion est magnifiée » a-t-il déclaré…

Un argumentaire tout empreint de subjectivité misogyne qui a suscité l’indignation de nombre d’internautes et de journalistes…

Alors que, jusqu’à présent, le sujet troublait assez peu les rédactions  (voir par exemple : Mets tes baskets et montre tes seins), la prise de parole des femmes sur la Toile les oblige à revoir leurs positions. La radio RTL par exemple, plus habituée à traiter le sport au masculin, a consacré un long développement sur le sujet lundi matin. Même le Figaro  a publié un article reprenant des commentaires indignés de ses lecteurs et lectrices.

Et les journaux ne manquent pas d’arguments pour critiquer la déclaration de Bernard Giudicelli. Ils peuvent s’inspirer, sur la Toile, de réflexions publiées par des militant.e.s comme Mona Chollet auteure de Beauté fatale, nouveaux visages de l’aliénation féminine, qui écrit  sur twitter : « Parler d’une des plus grandes joueuses de l’histoire comme un proviseur parle d’une lycéenne indisciplinée. Considérer que les femmes ont le devoir de faire joli, et que joli = jupette ». Sur son blog, Marie-Cécile Naves, docteure en sciences politiques, décrypte la réaction défensive de Bernard Giudicelli, face à « Serena Williams, femme puissante ». Elle demande si, à travers la tenue noire de « super héroïne », loin des assignations à une forme de fragilité féminine, ce ne serait pas « le double message politique, féministe et anti-raciste, quoique implicite, qui dérange ? »

Les journaux font aussi remarquer qu’il est déplacé de parler d’esthétique alors que la joueuse avait choisi cette tenue pour des raisons de santé. Après son accouchement, elle devait prévenir le risque d’embolie pulmonaire et la formation de caillots de sang. Ces journaux rappellent aussi que d’autres tenues de sportifs, aussi peu conventionnelles n’ont pas suscité une telle réaction de la fédération. Qu’il s’agisse du short en jean d’Agassi ou du pantacourt de Nadal…

Ces réactions dans les médias montrent que le seuil de tolérance au sexisme est en train de baisser dans l’opinion… Mais il reste encore un très long chemin à parcourir si l’on en croit le traitement médiatique du dernier tournois de Roland Garros (voir Roland Garros et l’image des sportives sauvés par Caroline Garcia)

Pour marquer le coup, Isabelle Alonso suggère que toutes les joueuses s’habillent comme Serena Williams pour le prochain tournoi. Chiche ?

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