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Inde : des toilettes pour lutter contre les violences sexuelles

par vincimoz
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Photo de Ramesh Lalwani sur Flickr

En Inde, le viol et le meurtre de deux adolescentes alors qu’elles se rendaient aux champs pour se soulager, met en lumière le problème d’infrastructure d’un pays où la violence faite aux femmes fait régulièrement les gros titres.


 

« Je n’ai pas peur en général de la campagne, de la forêt, des serpents ou des animaux sauvages. Mais je me sens nerveuse lorsque je vais aux champs pour me soulager. Je veux que le gouvernement nous construise des toilettes dans le village, je veux au moins ça ». À l’origine de ce signal d’alarme repris par l’AFP, une proche des deux victimes de 12 et 14 ans retrouvées pendues à un manguier, à Katrashadatganj, un village pauvre de l’Uttar Pradesh (dans le nord de l’Inde). Les deux cousines, des intouchables, soit la caste la plus basse du pays, se rendaient dans un champ pour aller faire leurs besoins, dans l’obscurité. Elles ont alors été violées, puis pendues par leurs agresseurs.

Un an et demi après le viol en réunion d’une étudiante de la classe moyenne à Delhi, qui avait succombé à ses blessures, l’histoire fait la une des journaux indiens comme internationaux. Sur le terrain, la colère gronde. Plus encore depuis que les pères des deux filles ont déclaré que la police locale avait refusé d’aider à trouver les coupables en raison de l’appartenance des victimes à une basse caste. « La sécurité a toujours été un problème », déclare d’ailleurs la tante d’une des deux victimes à l’AFP. « Les hommes, surtout ceux qui appartiennent à une classe plus élevés, nous observent et nous insultent ».

Comme un arrière goût de lutte des classes ou des castes donc, mais pas seulement. Les deux victimes ont été agressées alors qu’elles se rendaient dans un champ pour aller aux toilettes, à la nuit tombée. Faute de latrines dans de nombreux villages indiens, les habitantes se soulagent à l’extérieur, et, par pudeur, attendent souvent la tombée de la nuit pour aller aux champs, loin des maisons. « C’est le moment où une femme se sent le plus vulnérable et penser que des femmes doivent prendre de tels risques juste pour aller aux toilettes est choquant », déclare à l’AFP Carolyne Wheeler, qui travaille pour l’ONG WaterAid.

Les toilettes d’abord, les temples après

L’accès aux toilettes est loin d’être un problème exclusivement indien et les Nations unies en ont même fait une journée internationale. L’Unicef estime toutefois que près de 594 millions d’Indiens, soit presque la moitié de la population, doivent aller dans la nature. Fin 2013, cinq mois avant son élection à la tête du pays, l’actuel Premier ministre Narendra Modi avait indiqué que son parti nationaliste hindou ferait passer la construction de WC avant celle de temples. « D’abord des toilettes. Les temples pour plus tard », avait-il lancé, bravache. Dans un pays où les régions rurales manquent de tout, et où leurs habitants ont l’impression d’être lésés au profit des urbains et de la classe moyenne, tout reste à faire…

« Tant mieux et merci »

Et notamment en ce qui concerne le changement de mentalités des élites. Lorsqu’une journaliste s’est enquis du nombre de viols en Uttar Pradesh, le ministre en charge de cet Etat, le socialiste Akhilesh Yadav, lui a répondu : « Vous n’avez pas été attaquée, n’est-ce pas ? Bon, et bien alors ? Tant mieux et merci ». Il a tenté de se rattraper un peu plus tard en qualifiant le meurtre des deux jeunes filles de « malheureux » et en demandant une justice accélérée pour les coupables présumés. Cinq hommes ont été arrêtés, a annoncé samedi la police. Trois ont été inculpés de meurtre et de viol en réunion, tandis que les deux autres, des policiers, sont accusés de complicité criminelle, rapporte l’AFP.

 

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1 commenter

Hep 13 juin 2014 - 00:57

Cette situation est catastrophique en Inde. Cela est aussi du à des histoires de castes et de déficit de femmes. Mais la seule solution est de punir sévèrement …

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