À Europe 1, les femmes journalistes gagnent 30,5% de moins que les hommes. La direction, en réponse, aurait proposé aux femmes des formations de développement personnel du groupe Elle Active. Mais entre syndicats et direction, les versions diffèrent. Et chez Elle Active, on se sent stigmatisé.
Sur-interprétation ? Raccourcis ? Démêler le vrai du faux des derniers évènements concernant les inégalités salariales entre les sexes chez Europe 1 n’est pas chose aisée. Le 19 janvier dernier, le journal Marianne publiait un article titré : « A Europe 1, quand les femmes réclament l’égalité salariale, on les renvoie chez ‘Elle’ ». Lors de la négociation annuelle, fin décembre 2015, la direction d’Europe 1 aurait en effet proposé à ses salariées des formations de développement personnel en réponse aux inégalités salariales.
« Les formations ne sont pas une réponse aux inégalités salariales »
Faux, répond une membre du Comité d’entreprise qui souhaite rester anonyme. « Ces formations n’étaient pas du tout une réponse directe aux inégalités. Partout dans la presse, on a pu lire cela mais ça n’est pas le cas. Nous n’avons pas pu trouver d’accord concernant les salaires, la direction a affirmé qu’elle ‘ne lâcherait pas le dossier’. Et même si nous n’avons pas pu trouver d’accord cette année, tout n’est pas perdu. Ensuite, nous avons évoqué d’autres sujets et, assez maladroitement je l’admets, la direction nous (NDRL : les salariées d’Europe 1) a proposé des formations de développement personnel. Mais ça n’était pas directement une réponse aux inégalités salariales. » Des propos confirmés par la direction d’Europe 1 qui affirmait, dans un droit de réponse, que ces formations ne se substituaient pas « aux augmentations individuelles » destinés à réduire « les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes ».
D’après l’accord sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes au sein de l’entreprise Europe 1, que Les Nouvelles NEWS s’est procuré, signé par la direction et les syndicats, l’écart salarial en 2012, entre les femmes et les hommes, était de 30,5%. Au 31 décembre 2012, le salaire moyen des femmes journalistes s’élevait à 4 418 euros contre 6 124 pour les hommes. Et cela sans prendre en compte les primes d’ancienneté. Et plus on monte dans la hiérarchie, plus l’écart se creuse. Sur les postes d’encadrement, le salaire moyen est de 5 381 chez les femmes et de 8 901 euros chez les hommes. 3 520 euros de différence par mois.
« Je ne pense pas que ça soit une volonté de la société de payer moins les femmes », affirme cette membre du comité d’entreprise. « Effectivement il y a beaucoup d’hommes à la direction mais cela dépend aussi de l’année d’arrivée, des compétences etc. »
« Avec cette formation on nous dit : ‘Votre infériorité, c’est de votre faute' »
« Europe 1 est historiquement une radio d’hommes avec un déséquilibre numérique hommes/femmes », commente une source syndicale qui souhaite elle aussi rester anonyme. Outre une direction fortement incarnée par des hommes, elle évoque « le passif d’Elkabbach qui avait repris la doctrine ‘Giroud’. Dans les années 1990, on recrutait des femmes journalistes politiques pour un critère : leur beauté. On s’en vante ici comme d’une stratégie. Il se trouve que ces femmes étaient compétentes mais on laisse s’installer l’idée qu’elles obtiennent des infos grâce à leur plastique… c’est le cercle vicieux de la légitimation du sexisme ordinaire ».
En tout cas, une chose est sûre, les inégalités salariales entre hommes et femmes chez Europe 1 existent bien. Et pour les femmes journalistes de la radio l’épisode des « formations en développement personnel » est dur à avaler. « Je suis scandalisée, on s’investit à fond pour montrer qu’on est compétente, et qu’on mérite le même traitement. Avec cette formation on nous dit : ‘Votre infériorité, c’est de votre faute’ ». Car le problème se pose ici : la direction a-t-elle vraiment proposé ces formations en réponse aux inégalités salariales ? Entre les syndicats et la direction, les versions diffèrent. Mais au final, ce sont les formations de Elle Active qui sont stigmatisées, estime Anne-Cécile Sarfati, rédactrice en chef, directrice du programme Elle Active.
« Ce ne sont pas les journalistes de Elle qui s’auto-proclament formatrices »
Depuis plus de 4 ans, Elle Active, du groupe Lagardère – le même qui détient Europe 1 – propose des forums dans lesquels des ateliers de 40 minutes sont organisés pour aider les femmes. Pour aller plus loin, Elle Active s’est associée à trois autres organismes de formation, et propose des programmes de développement personnel spécifiques, plus approfondis. Programmes qu’Anne-Cécile Sarfati a proposés au groupe Lagardère. Mais « ce ne sont pas les journalistes de Elle qui s’auto-proclament formatrices », recadre la journaliste. L’article de Marianne laissait en effet entendre que les formations, dédiées aux femmes journalistes d’Europe 1, seraient encadrées par les journalistes du magazine Elle : « Quant à l’intervention des journalistes de Elle, mystère… même pour la com’ d’Europe 1, contactée par nos soins », ironisait Marianne. « Pourquoi ne nous ont-ils pas tout simplement appelé ? », demande Anne-Cécile Sarfati. « On travaille comme des folles pour promouvoir le travail des femmes, mais on ne s’est jamais prises pour ce qu’on n’est pas. On travaille avec des experts, des organismes de formations, des DRH… »
Qui plus est, Anne-Cécile Sarfati affirme que ces formations ne sont pas spécifiquement destinées aux journalistes mais touchent un public plus large. « Ce sont des formations pour des femmes à des postes intermédiaires, qui ont besoin de progresser dans leur carrière sur autre chose que leur expertise technique », explique la journaliste.
Quant au contexte actuel chez Europe 1, à savoir les inégalités salariales, Anne-Cécile Sarfati n’a pas souhaité les commenter, n’ayant « aucune idée » de ces différences. A la question si « la direction d’Europe 1 a vraiment proposé vos formations pour répondre aux inégalités salariales, n’est-ce pas une instrumentalisation ? », la réponse est clairement « non ». « Absolument pas. Plus il y aura de femmes qui suivront ces formations, mieux je me porterai. Je pense que ça aidera beaucoup les femmes. »
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