Accueil MédiasBruits et chuchotements Infirmières et bruit médiatique

Infirmières et bruit médiatique

par La rédaction

Police et infirmières s’applaudissent mutuellement à Nïmes

Une infirmière violemment interpellée par la police, la même jetant des projectiles… Dans le discours médiatique sur les soignant.e.s, la violence chasse les applaudissements et les sujets de fond.

Il est bien loin le temps des applaudissements nourris aux fenêtres des confiné.e.s pour dire merci aux soignant.e.s. Bien loin aussi le temps où la classe politique, au maximum de la contrition dont elle est capable, regrettait de ne pas avoir fait davantage pour ces soignant.e.s. Le temps où certains médias commençaient à lever un sourcil sur ces métiers, légués aux femmes, si peu valorisés et pourtant si indispensables.

Un pic de la crise sanitaire est passé et le discours médiatique sur la rébellion des infirmièr.e.s devient moins tendre. Mardi 16 juin, ces soignant.e.s manifestaient dans toute la France pour demander l’amélioration de leurs conditions de travail. L’événement ne faisait pas les gros titres des journaux malgré le contexte, les journaux parlant tout autant, voire davantage pour certains, de la visite d’Emmanuel Macron chez Sanofi qui avait lieu – était-ce un hasard ? – le même jour. 

Puis la manif est devenue croustillante. En marge du cortège parisien, une femme en blouse blanche a été interpellée violemment par les forces de l’ordre. Un journaliste de Brut qui était sur place a filmé la scène diffusée en direct et en a mis en ligne un passage sur Twitter. Plusieurs policiers l’appréhendent, elle est tirée par les cheveux et réclame sa ventoline, un produit indispensable aux personnes souffrant d’asthme. On ne sait pas ce qu’elle a fait mais l’usage de la force semble disproportionné.

Une dépêche AFP indiquera ensuite qu’« Une femme, infirmière de profession, a été interpellée pour outrage et jets de projectiles sur les forces de l’ordre »

Les chaînes d’information en continu qui ne prêtaient qu’une faible attention aux manifestations, ont alors pu parler de « tensions » dans la manifestation. Et BFMTV a pu récupérer des images de l’infirmière qui est ainsi passée de victime à coupable. On la voit jeter des projectiles en direction des forces de l’ordre avant son arrestation.

Puis une manifestation a eu lieu devant le commissariat du 7ème arrondissement réclamant la libération de l’infirmière qui se prénomme Farida (son nom n’est pas précisé comme souvent quand les médias parlent de femmes). Des membres de LFI (La France insoumise) et du syndicat CGT  s’y sont notamment retrouvés. Et, sur les réseaux sociaux, l’opinion se dessine sans nuance. Pour ou contre les forces de l’ordre, pour ou contre les manifestant.e.s. Les uns,  reprochent à l’infirmière son agressivité -elle aurait donc bien cherché ce qui lui arrive- et insinuent qu’elle n’est pas vraiment infirmière. Les autres, avec le hashtag #LibérezFarida expliquent son jet de projectiles par l’épuisement. Elle a été en première ligne pendant trois mois, aurait attrapé le covid-19 et, lorsqu’elle est revenue travailler, le rythme et les conditions de travail étaient tout aussi terribles malgré les promesses du gouvernement. Ces soutiens reprochent aussi à la police d’y être allé fort. Rien ne justifiait un tel déploiement de force sur une quinquagénaire mesurant 1,55 m.

Pas de place, dans le discours médiatique, pour rappeler l’histoire et les raisons des mouvements ou analyser les dérapages sans faire d’amalgames.  Pas de place non plus pour évoquer ce moment d’une manifestation à Nîmes : policiers et soignants s’applaudissent mutuellement.

Idem à Lille selon ce journaliste de 20Minutes qui a filmé et partagé la scène

Mais la politique suivra son cours, se rangeant à l’avis de ceux qui font le plus de bruit médiatique

Lire aussi dans Les Nouvelles News

ILS PENSENT LA GUERRE, ELLES PANSENT LES BLESSURES : LE MONDE SELON LES MÉDIAS
LES SOLDATES DU « CARE » EN PREMIÈRE LIGNE FACE AU COVID-19
LE JOUR D’APRÈS : LA VALEUR SOCIALE DES MÉTIERS
AIDES À DOMICILE, LES SOLDATES DU CARE OUBLIÉES
ELLES COUSENT, ILS CAUSENT : SOUS LES MASQUES, LE SEXISME ORDINAIRE
Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire