Accueil Politique & SociétéÉducation Les internats d’excellence, un bon travail hors-sujet

Les internats d’excellence, un bon travail hors-sujet

par Arnaud Bihel

Internat

Alors que le ministère de l’Éducation nationale ferme la porte aux internats d’excellence lancés sous le précédent gouvernement, une étude en souligne le caractère « positif ». Mais note aussi qu’ils ne s’adressent pas aux plus défavorisés et coûtent extrêmement cher.

 


 

Le ministre de l’Éducation nationale, en publiant le 10 avril sa circulaire d’orientation et de préparation pour la rentrée scolaire 2013, a expliqué vouloir mettre un terme progressivement à l’expérience des « internats d’excellence » initiée en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Un rapport rendu en juin 2011 par l’Inspection générale de l’Éducation nationale (à retrouver ici), et tenu secret jusqu’à l’arrivée de Vincent Peillon au ministère un an plus tard, dressait un premier bilan plus que mitigé de ces expériences qui concernent aujourd’hui un peu plus de 4 000 élèves.

Présentée à l’époque comme une « utopie éducative concrète » destinée à soutenir la scolarité d’élèves prometteurs issus de milieux modestes, la mise en place de ces internats se voyait dans ce rapport « suspectée d’être une réalisation en trompe-l’œil (…) faussée à la base par l’engagement de moyens considérables [permettant] de se donner bonne conscience ». En clair : un gouffre financier loin de bénéficier à des élèves parmi les plus défavorisés.

Des « élèves motivés et de niveau scolaire médian »

Mais à l’heure de la décision de tourner le dos à ces internats d’excellence, voilà que paraît une autre étude, très complète, menée par l’Institut des Politiques Publiques (IPP) et consacrée au premier d’entre eux, en place depuis 2009 à Sourdun, en Seine-et-Marne. Pour Le Figaro, les internats d’excellence y sont « encensés » (et même « glorifiés », dans le titre initial), ce qui permet au journal de voir le ministre « contredi[t] de façon flagrante » par une étude « sans pitié pour la politique actuelle menée en France en matière éducative ».

La décision de Vincent Peillon serait-elle néfaste aux élèves les plus défavorisés ? Le Figaro va un peu vite en besogne. Car le rapport est plus mitigé qu’il n’y paraît. Les trois chercheurs qui se sont penchés pendant trois ans sur les élèves de l’internat d’excellence de Sourdun constatent en effet que leurs résultats, en mathématiques surtout, ont bénéficié de cette situation grâce à « un cadre propice au travail ». « Il semble donc que les conditions sont réunies pour que ces élèves connaissent une carrière scolaire et une insertion professionnelle plus réussies », indique l’étude.

Mais « ces élèves » ne sont pas forcément les plus défavorisés et les plus en difficulté scolaire. Il s’agit d’ « élèves motivés et de niveau scolaire médian », relèvent les chercheurs qui poursuivent : « Notre évaluation ne permet pas de dire si ce qui réussit avec eux réussirait aussi bien avec des élèves plus faibles ou moins motivés. »

« Que faire pour les autres ? »

L’étude souligne également le coût de ce programme. Avec des tailles de classes réduites, un accompagnement renforcé, la dépense annuelle par élève se monte à 19 000 euros, soit environ deux fois plus que la moyenne. Du rapport de 2011 de l’Inspection générale de l’Éducation nationale, Le Point tirait cette conclusion douloureuse : « En un temps où la Révision générale des politiques publiques (RGPP) réclamait à l’Éducation nationale de sacrifier 16 000 postes par an, les internats d’excellence ont réservé à une poignée d’élèves des conditions d’étude à un coût exorbitant ».

Si le bilan de Sourdun est effectivement « positif », note pour sa part l’étude de l’IPP, « réduire substantiellement la taille des classes pour tous les élèves en difficulté serait néanmoins une option extrêmement coûteuse ». Et de conclure : « les internats d’excellence laissent entièrement ouverte une question : que faire pour les autres ? »

Pour le ministère, il s’agit de « faire en sorte que les dispositifs favorisant la réussite éducative bénéficient d’abord à ceux qui en ont le plus besoin ». Et de préciser dans la circulaire de préparation à la rentrée 2013 : « tous les internats, dans leur diversité, doivent proposer l’excellence scolaire et éducative aux élèves accueillis. Ils sont accessibles prioritairement aux élèves relevant de l’éducation prioritaire et de zones urbaines sensibles ». Il reste à voir les traductions concrètes de ce qui ne sont encore que des orientations sur le papier.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Les priorités de l’éducation selon le CESE

 

Photo : Archive © secrétariat d’Etat chargé de la Politique de la ville

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2 commentaires

Lili 15 avril 2013 - 10:53

Le projet est certes plus que discutable, mais une chose est sûre. il n’a jamais été présenté comme visant les élèves les plus en difficultés.

Au contraire, il s’agissait de permettre à des élèves repérés comme prometteurs bien qu’ayant des résultats moyens de progresser en les isolant et en les mettant dans un « cadre porteur ».

Ce qui interroge beaucoup, car individuellement c’est une chance pour eux mais c’est clairement renoncer à améliorer le système scolaire dans son ensemble dans les quartiers d’origine.

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Viviane M 16 avril 2013 - 16:26

Un des internats a permis la progression, après d’un an d’adaptation, des élèves qui étaient.
L’autre rapport portait sur tous les internats.

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