Accueil Politique & SociétéÉducation Internet amplifie les inégalités de genre

Internet amplifie les inégalités de genre

par Arnaud Bihel
FAT_h150

En Inde, l’ONG initie des jeunes filles aux nouvelles technologies. Photo © Feminist Approach to Technology.

Dans les pays en développement, 800 millions d’hommes et 600 millions de femmes se connectent régulièrement à internet. Un autre fossé à combler.


 

Dans certains pays développés comme la France et les États-Unis, davantage de femmes que d’hommes utilisent internet. Mais dans les pays en développement, la situation est toute autre. « Les femmes et les filles sont des laissées pour compte » du numérique, souligne le premier rapport d’ampleur mondiale sur « Les femmes et le web » (ici en anglais), établi par la société Intel, en partenariat avec le gouvernement US et ONU Femmes.

Dans les 144 pays à revenu moyen ou faible étudiés pour ce rapport, les femmes sont en moyenne 23% de moins que les hommes à se connecter au moins une fois par mois à internet. Elles sont 600 millions à avoir accès à internet, contre 800 millions d’hommes. Et l’écart monte à 45% en Afrique subsaharienne. En Ouganda par exemple, 17% des hommes se connectent, contre seulement 9% des femmes. « Même dans des économies à croissance rapide, comme l’Inde, le fossé est immense ».

Stéréotypes persistants

Parmi les raisons de ce fossé, l’illettrisme, qui concerne davantage les femmes. En Inde, par exemple, elles ne sont que 51% à savoir lire et écrire, contre 75% des hommes. S’y ajoutent les restrictions que subissent les femmes dans de nombreux pays. Dans ceux en développement, le coût de la connexion à domicile reste prohibitif. C’est donc essentiellement dans les cybercafés qu’on peut accéder à internet… et les femmes n’y sont pas toujours bienvenues.

« Les stéréotypes sur le manque d’intérêt ou de compétence des femmes en technologie sont un autre facteur », souligne le rapport. Un exemple en Inde, encore. Une jeune femme qui a pourtant fait des études d’ingénieur témoigne que les hommes de sa famille lui refusaient l’accès à l’ordinateur : « ils imaginaient que si je le touchais, il y aurait un problème », raconte Gayatri Buragohain. Ce sont ces « stigmates culturels » qui l’ont poussée à créer l’ONG Feminist Approach to Technology. Des stéréotypes dont les femmes elles-mêmes peuvent être imprégnées : en Égypte comme en Inde, 2 femmes sur 5 jugent qu’internet n’est pas « approprié » pour elles.

Deux fois plus dans les trois ans

« Dans de nombreuses régions, le ‘gender gap’ numérique reflète et amplifie les inégalités entre les sexes », souligne ainsi Shelly Esque, présidente de la Fondation Intel. Le rapport se double d’un « appel à l’action » à l’égard des industriels et des décideurs politiques, afin que double en trois ans – de 600 millions à 1,2 milliards – le nombre de femmes ayant accès à internet dans les pays en développement (tout en notant que le déploiement des technologies fera augmenter leur nombre, de fait, de 450 millions).

C’est une opportunité pour l’autonomisation des femmes (celles qui surfent depuis 5 ans sont deux fois plus susceptibles de s’informer en ligne sur les services bancaires, par exemple, que celles qui ne sont connectées que depuis un an), en terme d’accès à la culture et à l’emploi. Ce qui est également bénéfique pour la richesse des pays concernés, souligne le rapport, selon un argument désormais classique. Il estime que ce doublement en 3 ans du nombre de femmes connectées permettrait d’augmenter de 13 à 18 milliards de dollars le PIB global de ces 144 pays.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Quand les militantes s’emparent des nouvelles technologies

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire