Le ministre des Affaires étrangères italien s’emballe sur une métaphore sexiste et valorise les femmes qui portent des « jupes longues », prétendue assurance de leur « fiabilité ». Indignées, des élues s’affichent en mini-jupes au Sénat, le Palazzo Madama à Rome.

Ce que portent les femmes politiques continue d’être source de critiques sexistes. Lors de l’événement politique « Itaca », organisé du 18 au 20 septembre 2026 par Giuseppe Cangemi, vice-président du Conseil régional du Lazio et membre du parti conservateur Forza Italia, Antonio Tajani, ministre des Affaires étrangères italien, s’est laissé allé à ses relents misogynes.
« Quelle femme épouser ? Il y a la femme très séduisante, très voyante, qui t’attire immédiatement. Et puis il y a une autre jeune femme… plus sérieuse, peut-être moins voyante, mais plus fiable ; elle sera une bonne mère de famille, elle restera fidèle à son mariage et aux valeurs de la famille. Cette fille fiable porte peut-être des jupes un peu plus longues. Alors moi, à mon fils, je dis : choisis la seconde ! », lâche Antonio Tajani, qui faisait un parallèle entre le choix d’un parti politique et le choix de la « bonne épouse ».
Métaphore sexiste
La métaphore est foncièrement sexiste. Cette obsession misogyne pour la tenue portée par les femmes persiste. Lorsqu’une femme dénonce une agression sexuelle, on entend encore trop souvent « comment était-elle habillée ? », renversant ainsi la responsabilité de l’agression sur la victime. Avec sa déclaration, Antonio Tajani remet en question la fiabilité et la moralité des femmes selon leur habillement. Mais il cantonne également les femmes ayant des enfants à la sphère du foyer et prône une certaine invisibilisation de celles-ci.
À ses propos sexistes, s’ajoutent ceux de Roberto Vannacci, ancien général et dirigeant de Futuro Nazionale. Interviewé par la chaîne Sky TG24, il réagit à la polémique : « Entre une jupe longue et une jupe courte, je préfère sans jupe ». De pire en pire…
Dans la sphère politique, ce réflexe sexiste a la peau dure. En 2012, à l’Assemblée Nationale française, la députée Cecile Duflot fait scandale après avoir porté une robe colorée et fleurie. Un déferlement de sexisme s’abat alors sur elle. La députée avait ensuite renversé la polémique et lancé une « opération robe », une chaine Youtube sur laquelle était diffusé « le témoignage d’une femme pour comprendre le sexisme au quotidien ». Elle parle aujourd’hui de cette robe comme un « symbole du sexisme en politique ».
Lire : Cécile Duflot lance une « opération robe » contre le sexisme au quotidien
Des mini-jupes contre le sexisme
À l’instar de Cécile Duflot, des élues italiennes s’indignent des propos sexistes d’Antonio Tajani . « Tajani, ne suis-je pas une femme fiable ? Ne suis-je pas une bonne mère ? », s’offusque Chiara Appendino, députée du Mouvement 5 étoiles et ancienne maire de Turin. Sur ses réseaux sociaux, elle publie une photo d’elle vêtue d’une minijupe. Elle ajoute : « En 2026, nous ne pouvons plus tolérer qu’un ministre de la République nous explique qu’il vaut mieux épouser une femme moins voyante et portant une jupe plus longue. Notre fiabilité ne se mesure pas en centimètres de tissu, insiste-t-elle, avant de conclure : Sortons du Moyen-Âge »
Des dizaines d’élues se joignent à sa prise de parole. Fiorella Zabatta, porte-parole d’Europa Verde/Alleanza Verdi e Sinistra (AVS), estime que Tajani fait reculer l’Italie de « plusieurs millénaires ». Maria Elena Boschi, chef du groupe parlementaire d’Italia Viva, ironise : « Il ne manque plus que Tajani propose un décret rendant obligatoires les jupes longues ».
Suite à la vague d’indignation sur les réseaux sociaux, des sénatrices décident de mener une action concrète. Le 22 septembre 2026, une dizaine d’élues de l’opposition (Parti démocrate, d’Italia Viva, d’Alliance Verts-Gauche, du Mouvement 5 étoiles et du groupe des Autonomies) s’affichent en jupe courte à Palazzo Madama à Rome, soit le Sénat de la République italienne. Parmi elles : Susanna Camusso, Cecilia D’Elia, Ilaria Cucchi, Valeria Valente, Simona Malpezzi, Silvia Fregolent, Daniela Sbrollini, Dafne Musolino, Julia Unterberger ainsi que Raffaella Paita, présidente du groupe Italia Viva au Sénat et initiatrice de cette action de protestation.
Sur Instagram, cette dernière écrit : « Face à l’engagement politique contre le féminicide, ces propos sont dramatiques, car nous disons aux femmes qu’elles ne peuvent pas faire confiance à notre travail en tant que responsables politiques. Tajani doit présenter ses excuses ».
Ce qu’il finit par faire quelques jours plus tard. En déplacement à New York, pour assister à l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre fait une déclaration qui illustre sa mauvaise foi : « Je m’excuse si des personnes se sont senties offensées par ce que j’ai dit. Je n’ai jamais pensé à offenser les femmes. »
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