Accueil Politique & Société Jaha Dukureh et Nadia Murad, deux voix devenues incontournables

Jaha Dukureh et Nadia Murad, deux voix devenues incontournables

par Marina Fabre
Dukureh

Special Event: on the occasion of the World Interfaith Week entitled “World Interfaith Harmony: Multi-religious Partnership for Sustainable Development”, organized by the Office of the President of the General Assembly 69th session.

L’une a été victime d’excision en Gambie, l’autre, Yézidie, a été enlevée et violée par Daech. Jaha Dukureh et Nadia Murad se retrouvent aujourd’hui dans la liste des 100 personnalités les plus influentes au monde. Retour sur leur parcours.

 

Murad

Nadia Murad à l’ONU, capture d’écran

Elles ont plusieurs points communs : toutes deux ont subi des violences parce qu’elles sont femmes, toutes deux se sont relevées pour mieux les combattre et toutes deux figurent aujourd’hui dans la liste des 100 personnalités les plus influentes au monde publiée par le magazine Time jeudi 21 avril.

Jaha Dukureh figure dans la catégorie « Leaders », au côté notamment de Christine Lagarde. Excisée en Gambie lorsqu’elle était enfant, elle a choisi « de ne pas laisser l’horreur se taire », selon les mots de Peggy Orenstein, auteure de Girls and Sex. Une expression qui correspond également à la situation de Nadia Murad, nommée dans la catégorie « Pionnières ». Femme Yézidie, kidnappée, violée par Daesh, elle dénonce aujourd’hui sur la scène internationale les exactions commises par le groupe terroriste.

« On m’a retiré une partie de ma féminité, la propriété de mon corps »

Grâce à leur prise de parole et à leur détermination, elles ont su faire bouger les lignes. Jaha Dukureh a créé l’ONG Safe hands for girls pour « sensibiliser sur les MGF [mutilations génitales féminines, ndlr] et ses effets néfastes, aider à leur élimination et fournir un soutien aux victimes de cette pratique ». Mais sa voix a pris surtout du volume avec cette vidéo (en anglais) :

 

Cette vidéo publiée en 2014 était accompagnée d’une pétition. En quelques semaines, elle obtient plus de 200 000 signatures. « Mon nom est Jaha Dukereh, j’ai 24 ans. Quand j’étais enfant en Gambie, j’ai subi des mutilations génitales féminines. On m’a retiré une partie de ma féminité, la propriété de mon corps. Certaines filles, y compris ma demi-sœur, ont succombé à des complications après avoir été coupées. Je me suis engagée à mettre fin à cette pratique destructrice et j’ai besoin que vous me rejoigniez. »

Elle demande au président Barack Obama la réalisation d’études et de statistiques sur les femmes ayant subi des mutilations génitales aux USA et elle est entendue : l’administration Obama lance alors une enquête. Plus de 500 000 filles aux USA seraient concernées par le problème.

Sa plus grande victoire reste l’annonce de la Gambie, en novembre 2015, d’interdire définitivement les mutilations génitales féminines. Une décision prise par le président Yaya Jammed en pleine saison électorale mais qui faisait suite à l’interdiction de l’excision au Nigeria un mois plus tôt. « Cela montre qu’il se préoccupe plus des femmes que des votes perdus », estimait Jaha Dukureh.

« C’est un génocide commis dans l’indifférence, contre notre peuple, les Yézidis »

Du côté de Nadia Murad, c’est son intervention à l’ONU qui crée le déclic. Son histoire, c’est « une longue histoire invisible », estime Eve Ensler, auteure des Monologues du Vagin.

 

Elle avait 22 ans, le 3 août 2014, quand « des hommes en armes et en uniformes sont venus » dans son village du nord de l’Irak. Ils séparent alors les femmes des hommes et tuent six de ses frères. Les femmes sont « échangées comme un butin de guerre, comme des cadeaux ».

Toutes sont Yézidies, une « des plus anciennes religions au monde, aujourd’hui menacée d’extinction ». Sur le chemin, elle subit des viols et des attouchements. Emmenée à Mossoul, elle fait une première tentative d’évasion mais est rattrapée par des hommes de Daech. Elle est alors torturée et subit des viols collectifs en signe de punition. La deuxième tentative sera la bonne. Depuis, Nadia Murad ne cesse de sillonner le monde pour raconter le « génocide commis contre notre peuple, dans l’indifférence ». 

C’est en décembre 2015, devant les Nations Unies qu’elle raconte son histoire. Quelques heures plus tard, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité une résolution sur un plan de paix en Syrie. En mars 2015, les enquêteurs de l’ONU concluent que les attaques en Irak des djihadistes de Daech peuvent en effet constituer un génocide. Un an plus tard, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes demandait la reconnaissance du féminicide des femmes Yézidies à l’ONU.

 

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