Accueil MédiasBruits et chuchotements « Je ne crois pas qu’il soit capable de violences sur les femmes » : parole d’homme politique

« Je ne crois pas qu’il soit capable de violences sur les femmes » : parole d’homme politique

par Isabelle Germain

Stanislas Guerini défend de la pire des façons Jérôme Peyrat, condamné pour violences conjugales et investi par le parti présidentiel pour être candidat en Dordogne… à la place d’une députée sortante.

Ce mercredi matin, Stanislas Guerini, délégué général de LREM devenu Renaissance, était invité sur France Info. Interrogé sur l’investiture d’un candidat de la majorité présidentielle condamné pour violences conjugales, il a prononcé une phrase incroyable en 2022 : « C’est un honnête homme, je ne crois pas qu’il soit capable de violences sur les femmes. »

Et nous voici de retour aux pires moments des débuts de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, lorsque ses copains claironnaient dans tous les médias « ce n’est pas l’homme que je connais ». Il avait fallu que ce soit une journaliste étrangère qui vienne casser le marbre de la parole masculine -une spécialité française-. Interviewée sur France Inter, la journaliste canadienne Denise Bombardier dénonçait l’imposture : « Il n’y a que les femmes qui savent si les hommes sont violents ».

Lire : SEXE ET POUVOIR : L’EXCEPTION MÉDIATIQUE FRANÇAISE

(La même Denise Bombardier était la seule à dénoncer l’omerta autour de Gabriel Matzdneff en 1990 – lire ici)

Stanislas Guerini avait pourtant commencé la défense de celui que son parti a investi en se tordant sur son siège parlant de « situation complexe ». Le candidat investi par le parti présidentiel pour « Ensemble » est Jérôme Peyrat, conseiller régional et maire de La Roque-Gageac  qui brigue le mandat de député dans la quatrième circonscription de la Dordogne. Il a été condamné en septembre 2020 par le tribunal correctionnel d’Angoulême pour « violences conjugales. » L’opposition, qui dénonce cette investiture depuis plus d’une semaine, ne manque pas de rappeler qu’Emmanuel Macron a déclaré l’égalité femmes-hommes « grande cause » de son nouveau quinquennat. Et la dénonciation dépasse largement les milieux féministes.

Même au sein de la majorité, cette candidature fait grincer des dents, mais pour d’autres raisons. Le candidat investi, qui est un proche d’Emmanuel Macron dont il a été conseiller en 2019,  prend « la place de la première femme élue députée de notre circonscription », Jacqueline Dubois, qui avait battu, il y a cinq ans, Jérôme Peyrat, lequel se présentait alors dans les rangs de LR.

Le 14 septembre 2020, Jérôme Peyrat avait été reconnu coupable de violences volontaires sur son ex-compagne, pour des faits remontant au 30 décembre 2019, et condamné à une amende de 3.000 euros avec sursis. Sa victime s’était vu reconnaître quatorze jours d’incapacité totale de travail. Jérôme Peyrat plaide la dispute conjugale : « Je conduisais, elle a arraché mes lunettes, j’ai essayé de la maîtriser, elle a reçu un coup au menton, je n’ai pas cherché à la frapper » répète-t-il dans les médias… Il fait valoir que son ex-compagne a aussi été condamnée pour « appels téléphoniques malveillants réitérés » et « outrage à personne dépositaire de l’ordre public » (en l’occurrence Jérome Peyrat) à 800 euros de dommages et intérêts…

Guerini n’est pas seul à défendre l’homme politique condamné pour violence conjugale avec des arguments que l’on croyait venus d’un autre temps. Dans un article – très sympathique avec Jérôme Peyrat – publié par France Bleu, l’opposition locale parle « d’affaire personnelle » :  Alain, militant NUPES tracte pour son candidat, Sébastien Peytavie. Il a croisé Jérôme Peyrat et lui a souhaité bon courage car le militant France Insoumise ne cautionne pas l’attaque de son parti : « ce n’est pas fair-play. On peut se battre sur les idées après bon les histoires personnelles, sincèrement il a été jugé, il a payé sa peine, ce n’est pas la peine d’en rajouter, arrêtons avec ça. » Ces hommes politiques considèrent donc que dénoncer les violences conjugales n’est pas « fair-play ». On en est encore à ce niveau d’instrumentalisation de la violence faite aux femmes !…

C’est pourquoi Stanislas Guerini, ce matin sur France Inter, plaidait la « complexité » du dossier… Mais parler d’ « honnête homme » et affirmer qu’il le « croit » incapable de « violences sur les femmes » alors qu’il représente un parti qui doit libérer la parole des femmes est inique.

Ajout : mercredi 18 mai à 17h, l’AFP twitte : «Violences conjugales : le LREM Jérôme Peyrat annonce le retrait de sa candidature aux législatives » et reprend les propos du candidat : « J’entends que ma candidature (…) pourrait porter atteinte à ma famille politique. Je la retire », mais il persiste dans sa défense invitant « à regarder précisément les faits qui me sont reprochés, la décision de justice et les autres décisions prises dans cette affaire ».

Stanislas Guerini, lui, est toujours en place malgré sa lourde faute politique. Le représentant du parti présidentiel a, en une phrase, augmenté le niveau de tolérance aux violences faites aux femmes alors que la lutte contre ces violences est la grande cause du quinquennat. Il a twitté un mot d’excuses… qui ne revenait pas sur sa phrase fatale.

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