Je ne parle pas aux femmes, j’en parle mal

Du président de la République à la révolution, la parole du pouvoir circule entre hommes et les discriminations sont minimisées

Faut-il s’en réjouir ou s’en affliger ? Quand Emmanuel Macron, qui voulait être un Président à la « parole rare », se livre à une petite série d’interviews télévisées entièrement menées par des hommes journalistes, la grogne se fait entendre. Jean-Pierre Pernaut (TF1), Jean-Jacques Bourdin (BFM TV), Edwy Plenel (Médiapart) ont le privilège de poser des questions au chef de l’Etat en cette fin de semaine. Si la communication présidentielle a misé sur la capacité du trio éclectique à toucher « en même temps » la France des retraités et provinciaux avec le premier, celle des entrepreneurs qui se lèvent tôt avec le second et une certaine opposition avec le troisième, elle s’est manifestement souciée comme d’une guigne de parler à des femmes journalistes.

Les réactions ont été nombreuses sur les réseaux sociaux.  Un peu moins dans les « grands médias » et venant toujours de femmes. Sur France Inter, c’est l’humoriste Charline Vanhoenacker qui a tiré la sonnette d’alarme. Caroline Roux, l’animatrice de l’émission C dans l’air sur France 5 et de l’interview « les quatre vérités » sur France 2 a fait remarquer qu’ils « n’ont même pas fait semblant », même pas cherché une femme alibi. Elle s’exprimait dans l’émission « Quotidien » qui traite l’info avec humour. Comme si le sujet n’avait pas sa place dans les émissions sérieuses… Un retour en arrière décomplexé.

Et l’invisibilité des femmes à la table du pouvoir semble faire du sur-place. Quand on compare une photo de Mai 68 et une photo de leaders d’une « gauche de combat » en 2018, la ressemblance est saisissante. (voir : La révolution ne sera pas féminisée)

Et comme si ne pas parler aux femmes ne suffisait pas pour les discriminer, les médias en parlent souvent mal. Ils ont longtemps « euphémisé » les violences faites aux femmes -et continuent pour beaucoup d’entre eux. Cette semaine, à l’occasion de l’affaire « Jean-Vincent Placé », beaucoup ont confondu « importuner » et « agresser » ou « insulter » (voir“Importuner” ou “agresser” ?). « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » écrivait Camus.

Ajouter aux injustices aussi. Une nouvelle étude montre encore qu’en entreprise, les hommes ne voient pas, ne qualifient et donc ne perçoivent pas comme des inégalités beaucoup de façons différentes de traiter les femmes et les hommes. (Voir : Des inégalités professionnelles ? Ha bon !)

Dans ce tableau un peu sombre de la semaine émergent aussi de bonnes nouvelles. Une banque d’images, qui sert de source à nombre de médias et d’outils de communication, indique que les images de femmes – et d’hommes – moins stéréotypées ont le vent en poupe. (voir Banques d’images : un autre regard )

Autre raison de se réjouir. L’assemblée Nationale compte enfin une femme présidente d’un groupe parlementaire. Jusqu’ici il n’y avait eu que deux « co-présidentes » et Valérie Rabaut qui prend la présidence du groupe « Nouvelle Gauche » a dû batailler pour échapper à un tel schéma souvent proposé aux femmes. (Voir :Valérie Rabault, présidente)

Les femmes doivent encore et toujours batailler pour aller s’asseoir à la table du pouvoir. Si elles se relâchent, c’est le retour en arrière. Comme avec le trio Pernaut, Bourdin, Plenel, gardiens d’une parole présidentielle rare mais toute masculine.

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5 thoughts on “Je ne parle pas aux femmes, j’en parle mal”

    1. Guy d’Auch Correcteur des Nouvelles News
      à Joan Maya

      Merci de porter attention à la forme des articles ce qui valorise ma tâche un peu ingrate de correcteur ,

      En effet l’emploi de EN pour des personnes est assez rare .

      Cependant je vous donne ci-après un extrait du dictionnaire “Le Grand Larousse Encyclopédique” :

      << On enseigne souvent qu'on ne doit pas se servir de "EN" en parlant des personnes . Sainte Beuve reproche cet emploi à Balzac Or, on en trouve des exemples chez les meilleurs écrivains : " Quoi, vous en attendez [de Pyrrhus] quelque injure nouvelle?"(Racine)."Son époux en cherchait le corps [de sa femme] (La Fontaine) .Toutefois on ne saurait le recommander…..

      Encore merci de votre intervention

  1. Je m’étonne que les Nouvelles News n’aient pas parlé de l’intervention d’Emmanuel Macron auprès des catholiques. Il y a envoyé des signes inquiétants au sujet de l’avortement. Pourtant, l’année dernière, ce candidat en campagne se présentait comme “féministe” et le magazine Causette lui avait fait grand accueil… Pourquoi ne pas relayer ce discours donnant des gages à l’église catholique?

  2. c’est vrai, on aurait pu. Dès qu’il est question de religion, il n’y a plus que des hommes sur la photo. Des hommes qui disent aux femmes ce qu’elles doivent penser bien-sûr.

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