Accueil Eco & Social « Je parle », Kamala Harris débusque les pièges sexistes

« Je parle », Kamala Harris débusque les pièges sexistes

par Isabelle Germain

La colistière du candidat Joe Biden, candidate à la vice-présidence des Etats-Unis a su composer avec les doubles standards femmes / hommes politiques… presque.

« Vous devez aussi vous préparer aux coups bas, aux attaques pour vous diminuer personnellement, vous en tant que femme », avait prévenu Hillary Clinton. L’ex-candidate à la Maison Blanche s’adressait ainsi à la sénatrice de Californie Kamala Harris, colistière du candidat Joe Biden, qui pourrait être vice-présidente des Etats-Unis en cas de victoire démocrate.

Dans le débat qui l’a opposée au vice-président Mike Pence le 7 octobre, Kamala Harris a tenu bon. Même temps de parole que son adversaire et elle a mis hors jeu l’agressivité qui avait, quelques jours plus tôt, rendu le débat Trump /Biden inaudible.

Mais dans les critiques du débat, un double standard aboutit souvent à « diminuer » l’impact de la parole des femmes. C’est ce qu’analyse Alisha Haridasani Gupta, gender reporter (journaliste spécialiste des questions de genre) au New York times. Elle écrit pour la newsletter « In Her Words » sous-titrée « women rule the headlines », un espace pour que les femmes prennent la une dans les journaux.

Ni gentille, ni autoritaire

Dans un article publié avant ce débat, elle rappelait que les attentes pesant sur les femmes en politique sont toujours plus élevées que sur les candidats masculins. Citant Mirya Holman, professeur de sciences politiques à l’université de Tulane, elle explique que les femmes sont jugées sur un critère insaisissable de « sympathie ». Elles risquent d’être perçues comme « autoritaires » et « agressives » si elles font preuve d’autorité, mais risquent d’être perçues comme « incompétentes » si elles se montrent trop gentilles. Si une femme politique n’est pas assez gentille, elle peut aussi être perçue comme de mauvaise humeur, hostile et en colère. Si elle n’affirme pas assez son caractère, elle risque d’être perçue comme inauthentique, ajoute Mirya Holman, ce qui est un autre piège sexiste.

La prise de parole est un exercice bourré de ces « pièges sexistes ». Dans le débat Kamala Harris a dit à plusieurs reprises (dix fois selon CBS), parfois avec un grand sourire, parfois en fronçant les sourcils « I’m speaking ». « Je suis en train de parler, « Je parle, il m’a interrompue, je voudrais terminer » disait-elle avec calme et détermination, posant ainsi l’agressivité dans le camp de son adversaire.

« Kamala Harris a vraiment transcendé beaucoup de questions liées au genre », déclare Betsy Fischer Martin, directrice exécutive de l’Institut des femmes et de la politique de l’American University dans l’article du New York Times. Elle « a coché toutes ces cases hier soir », a-t-elle estimé.

D’ailleurs 69 % des 2 000 personnes interrogées dans le cadre d’un sondage réalisé par FiveThirtyEight ont déclaré que les performances de Mme Harris avaient été « très bonnes» ou « assez bonnes », et sa cote de popularité a grimpé de quatre points.

Mais elle a dû faire face à des critiques et encore à « deux poids, deux mesures », le fameux double standard de jugement. Un même comportement n’étant pas apprécié de la même façon selon qu’il est adopté par une femme ou par un homme.

Alisha Haridasani Gupta a relevé ces critiques : « ‘Elle est applaudie pour ses connaissances’ , a écrit le sondeur républicain Frank Luntz sur Twitter. Mais ils n’aiment pas ses ‘réactions condescendantes’ ». « ‘Pence a absolument anéanti Harris sur le plan économique de Biden ici , a écrit le fondateur du Daily Wire, Ben Shapiro, sur Twitter pendant le débat. ‘Son sourire n’aide pas’. »

Pourquoi se justifier ?

La question de la « sympathie » revient très souvent ainsi que des critiques sur son apparence. Ce qui occulte les idées qu’elle défend.  « Nous devrions parler des questions qu’elle a soulevées », invite Tina Tchen, directrice générale du mouvement Time’s Up contre le harcèlement sexuel et chef de cabinet de l’ancienne première dame Michelle Obama. « Si nous revenons à la question de la sympathie, Mike Pence était-il sympathique ou non ? Est-ce un facteur dans notre évaluation ? »

Ce double standard oblige les femmes à se justifier d’une certaine façon. Or quand on se justifie c’est qu’on se sent coupable. Coupable de prendre une place en politique ? Pourquoi Kalama Harris a-t-elle estimé qu’elle devait présenter son CV complet à mi-parcours du débat, en mettant en avant ses fonctions et engagements passés ? Les recherches menées par la Fondation Barbara Lee ont montré que les femmes qui se présentent aux élections doivent systématiquement prouver qu’elles sont qualifiées, alors que « pour les hommes, leur qualification est supposée ». En entreprise, on dit souvent qu’une femme est supposée incompétente jusqu’à ce qu’elle ait fait la preuve de sa compétence. Tandis qu’un homme est supposé compétent jusqu’à ce qu’il ait apporté la preuve de son incompétence.

«  Le plus grand problème est d’arriver à un endroit où ce défi n’existe pas au départ » conclut Tina Tchen.

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