« Jeunes, soyez fertiles ! » : le message du gouvernement italien jette un froid

par Arnaud Bihel

Avalanche de critiques après l’annonce d’une « Journée de la fertilité » par le ministère italien de la Santé.


 

Alors qu’en France le Premier ministre voit en Marianne une mère nourricière, en Italie le gouvernement veut voir des jeunes parents partout. Mercredi 31 août, la ministre de la Santé Beatrice Lorenzin a lancé une grande campagne sur la fertilité, avec une journée spéciale le 22 septembre, « jour de la fertilité ».

Ce tout premier #FertilityDay (en anglais dans le texte) entend mettre l’accent sur « le risque de la dénatalité » dans le pays ou encore sur « la beauté de la maternité et de la paternité ». Le taux de fécondité en Italie est de 1,37 enfants par femme, un des plus bas en Europe. Surtout, la campagne insiste sur le mode : « n’attendez pas pour faire des enfants », avec entre autres ces visuels porteurs de ces messages :
« Dépêche-toi, n’attends pas la cigogne » ; « La beauté n’a pas d’âge, la fertilité, si » ; ou encore « Jeunes parents. La meilleure façon d’être créatifs ».

fertilité

 

Une campagne très mal reçue sur les réseaux sociaux. L’auteur Roberto Saviano y voit « une insulte à tout le monde ; à celles et ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfants, et celles et ceux qui voudraient mais n’ont pas de travail ». Et de poursuivre en ironisant : « Dépêchez-vous d’avoir des enfants. Vous n’avez pas d’emploi stable ? Peu importe. Vous n’êtes pas sûre que votre partenaire est le bon ? Arrêtez de vous créer des problèmes. Allez, procréez, faites-le le cœur léger ; quand il y en a pour deux , il y en a pour trois ».

Chômage des jeunes

De nombreuses critiques rappellent ainsi que la baisse de la fécondité en Italie tient d’abord à l’économie. L’Italie figure à l’avant-dernière place des 18 pays européens étudiés dans un récent rapport sur le « coût de la maternité ». Et le taux de chômage des moins de 25 ans dans le pays s’élève à 39,2%. C’est le troisième pire taux dans l’Union européenne, selon les toutes dernières données publiées le 31 août.

« Le jour-même où le chômage des jeunes augmente de deux points, on en vient à représenter les femmes comme des produits avec une date d’expiration qui doivent se dépêcher de faire des enfants ? », attaque ainsi Paola Taverna, sénatrice du Mouvement 5 Etoiles. Le parti d’opposition, comme de nombreux internautes, en a profité pour détourner les visuels de la campagne. Avec par exemple ce message : « Un enfant, c’est à durée indéterminée, pas mon emploi » :

FertilityM5S

 

Le gouvernement, depuis, fait profil bas. Sur le site officiel du Fertility Day lancé la veille, les éléments de la campagne ont disparu ; seule la page d’accueil restait disponible jeudi 1er septembre au matin. Tandis que le Premier ministre se démarquait de cette campagne, assurant ne pas avoir vu ces visuels avant leur lancement. « Si nous voulons une société qui parie sur l’avenir et recommence à avoir des enfants, nous devons agir sur les causes structurelles », commentait Matteo Renzi.

 

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