Jospin, la morale, l’inertie et le cumul

par Isabelle Germain

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L’ancien premier Ministre va présider une commission de moralisation de la politique qui doit s’attaquer notamment au cumul des mandats, plaie pour la parité. L’ennemi de Ségolène Royal saura-t-il bousculer ses amis ?


Sept hommes, sept femmes, la nouvelle « commission chargée de la rénovation et de la déontologie de la vie publique » destinée notamment à « garantir la transparence de la vie publique » est paritaire, mais…
Mais comme à l’accoutumée, c’est un homme qui la préside, Lionel Jospin, ancien Premier ministre. Nommer une femme pour en finir avec le cumul des mandats aurait été un symbole.
Les commentaires qui ont accompagné sa nomination insistent sur le retour de celui qui avait annoncé son retrait de la vie politique en 2002, ou la présence, au sein de la commission, de l’ancienne ministre UMP Roselyne Bachelot.

L’ennemi de Royal

Pourtant un autre aspect de cette nomination questionne sur la morale et la transparence. « Jospin l’inerte » ainsi que le qualifie le Nouvel observateur du 12 juillet, n’a rien fait pour dissuader son ami Olivier Falorni de se maintenir au second tour face à la candidate désignée par le PS aux dernières législatives à La Rochelle. « Le PS l’avait sollicité au lendemain du premier tour  pour qu’il convainque Falorni de se retirer, et il n’a jamais donné suite » affirme l’hebdomadaire. Pas vu, pas pris.
La force d’inertie de Lionel Jospin a été éclipsée par l’écran de fumée du tweet de la compagne du président de la République, Valérie Trierweiler. Les partisans de Ségolène Royal voient, dans la nomination de son ennemi, une « mise à mort politique », une « répudiation », les féministes, un travail de sape des femmes politiques en général et de celles qui s’approchent des sommets en particulier, ses adversaires imputent ses malheurs à sa personnalité…

La commission sera composée de :

– M. Olivier Schrameck, Président de section au Conseil d’Etat
– Mme Chantal Arens, Présidente du Tribunal de grande instance de Paris
– Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ancienne Ministre
– Mme Julie Benetti, Professeure à l’université de Reims
– M. Jean-Claude Casanova, Membre de l’Institut, Président de la Fondation nationale des sciences politiques
– M. Jean-Pierre Duport, Préfet de région honoraire
– M. Jean-Louis Gallet, Conseiller à la Cour de cassation, Vice-président du Tribunal des conflits
– Mme Marie-Christine Lepetit, Chef du service de l’Inspection générale des finances
– Mme Wanda Mastor, Professeure à l’université de Toulouse I
– M. Ferdinand Melin-Soucramanien, Professeur à l’université de Bordeaux IV
– Mme Agnès Roblot-Troizier, Professeure à l’université d’Evry
– M. Dominique Rousseau, Professeur à l’université Paris I
– Mme Hélène Ruiz-Fabri, Professeure à l’université Paris I

Pour fixer de nouvelles règles… encore un homme 

Quoi qu’il en soit, au bout du compte, Ségolène Royal n’a pas pu devenir Présidente de l’Assemblée nationale. Et le vivier de femmes ayant l’expérience pour se présenter au Perchoir étant restreint, aucune n’a eu l’envie, la pugnacité ou les réseaux suffisants pour y aller à sa place. Les quatre personnages les plus importants de l’Etat sont tous des hommes. Et pour fixer de nouvelles règles de vie politique, encore un homme…

Lionel Jospin parviendra-t-il à en finir avec le cumul des mandats ? Dans l’actuelle Assemblée, les trois quarts des députés cumulent. Et le candidat François Hollande a molli sur ses promesses de légiférer sur le non cumul au fil de sa campagne. Ce fut un point d’opposition avec son adversaire à la primaire du PS, Martine Aubry.
Avant Jospin, Balladur avait été chargé d’une commission semblable (Le Monde fait d’ailleurs un parallèle ici entre les deux mentors des présidents) en 2008. Il a avancé sur quelques points mais sur le cumul des mandats, non. Jospin fera-t-il mieux ? Réponse en novembre.

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6 commentaires

rivi 17 juillet 2012 - 14:39

Jospin n’aurait jamais pu convaincre Falorni de se retirer. Ce dernier avait gagné, la seule difficulté qu’il lui restait à surmonter, c’était de se trouver un logement pas trop loin du palais Bourbon.

Je ne vois pas bien ce qui pourrait vous faire renoncer à un objectif pour lequel vous avez travaillé dix, quinze, ou vingt ans. Jospin a peut-être de bonnes relations avec Falorni, des relations cordiales, « amicales » au sens que les politiques donnent à ce mot, mais c’était pas non plus des amis d’enfance, ou des amis de 40 ans. Jospin devait bien sentir qu’en la circonstance, son autorité sur Falorni était nulle.

Royale a été battue à la régulière, alors qu’elle bénéficiait du soutien du parti. Les citoyens ont choisi. Et puis il y a d’autres femmes politiques que Royal.

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isabelle germain 17 juillet 2012 - 14:44

« rivi »
Jospin n’aurait jamais pu convaincre Falorni de se retirer. Ce dernier avait gagné, la seule difficulté qu’il lui restait à surmonter, c’était de se trouver un logement pas trop loin du palais Bourbon.

Je ne vois pas bien ce qui pourrait vous faire renoncer à un objectif pour lequel vous avez travaillé dix, quinze, ou vingt ans. Jospin a peut-être de bonnes relations avec Falorni, des relations cordiales, « amicales » au sens que les politiques donnent à ce mot, mais c’était pas non plus des amis d’enfance, ou des amis de 40 ans. Jospin devait bien sentir qu’en la circonstance, son autorité sur Falorni était nulle.

Royale a été battue à la régulière, alors qu’elle bénéficiait du soutien du parti. Les citoyens ont choisi. Et puis il y a d’autres femmes politiques que Royal.

Justement, les autres femmes politiques que Royal ne sont pas aux postes les plus importants de la République et elle est la seule à s’être approchée de si près…
Pour ce qui est de l’influence sur Falorni, n’avez vous pas observé que les partis politiques savent, quand il le veulent, proposer des compensations à ceux qui cèdent dans ce type de bataille ?

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Dzonkha1 17 juillet 2012 - 19:28

J’avais trouve vraiment detestable les interventions publiques de Lionel Jospin lors de la presidentielle de 2007 contre Segolene Royal. POurtant je trouve l’article un peu reducteur car il ne me semble pas qu’on puisse faire de proces d’intention a Lionel Jospin sur les questions feministes. C’est le premier en France qui a constitue un gouvernement avec des femmes a des postes vraiment importants (Martine Aubry, Elisabeth Guigou, etc…) et puis sa philosophe de femme, Sylviane Agacinsky, a ecrit pour moi le meilleur bouquin feministe que je connaisse,
Bref, dans le cas de Lionel Jospin, je crois qu’il s’agit avec Segolene Royal d’une grande inimitie dont je ne connais pas l’origine, plus que d’un probleme avec les femmes…

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isabelle germain 17 juillet 2012 - 19:39

« Dzonkha1 »
J’avais trouve vraiment detestable les interventions publiques de Lionel Jospin lors de la presidentielle de 2007 contre Segolene Royal. POurtant je trouve l’article un peu reducteur car il ne me semble pas qu’on puisse faire de proces d’intention a Lionel Jospin sur les questions feministes. C’est le premier en France qui a constitue un gouvernement avec des femmes a des postes vraiment importants (Martine Aubry, Elisabeth Guigou, etc…) et puis sa philosophe de femme, Sylviane Agacinsky, a ecrit pour moi le meilleur bouquin feministe que je connaisse,
Bref, dans le cas de Lionel Jospin, je crois qu’il s’agit avec Segolene Royal d’une grande inimitie dont je ne connais pas l’origine, plus que d’un probleme avec les femmes…

Il ne s’agit pas de dire que Lionel Jospin a un problème avec les femmes. C’est lorsqu’il était premier ministre qu’a été votée la loi sur la parité et que l’on a connu un des premiers gouvernements très féminisés. Mais quelle que soit l’histoire personnelle des protagonistes, à la fin, c’est toujours un homme qui gagne sur ces postes très importants…

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Lili 18 juillet 2012 - 10:41

il faudrait arrêter de focaliser sur S. Royal les accusations anti-sexistes. Si un homme avait été parachuté à la Rochelle, Falorni ne se serait pas retiré non plus. Il a joué perso, point, le reste importe peu.

Il y a d’autres femmes politiques que S. Royal, et les promouvoir serait plus intelligent que de prendre fait et cause pour elle, comme si parce qu’elle est une femme elle n’avait ni défauts ni idées criticables. La politique est un panier de crabes, pour les femmes aussi, pas de passe-droit.

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Lili 18 juillet 2012 - 10:46

« Nommer une femme… un symbloe ».

Non, pas vraiment. Moi j’aurais trouvé ça « les femmes, on leur donne les sujets de morale, les sujets de société », un authentique cliché, et un placard de plus, parce que là ça ressemble à un costume sur mesure pour remercier Jospin pour ses bons et loyaux services. Nommer une femme à la tête de la Commission des finances, ça oui, ce serait un symbole.

Cette commission est paritaire, et c’est bien. Elle est présidée par un vieux de la vieille et si elle parvient à faire changer les choses, ce dont je doute, ce sera un vrai symbole, ça voudra dire que les anciens évoluent. Mettre une femme là, ça veut dire en gros que le changement ça sera demain, quand les vieux seront partis.

Et puis face au machisme des hommes politiques, il est important que ce soit un homme qui assure la représentation, l’image. Sinon, on va commenter la tenue de la présidente, dire qu’elle a défendu un projet qui facilite le boulot des femmes comme elles, bref, ces messieurs se planqueront derrière l’argument « femme qui défend les femmes » pour ne pas bouger. Jospin est un homme, et un homme qui a du poids.

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