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Jouets sexistes : un train de mesures de sénateurs

par Arnaud Bihel

La Délégation aux droits des femmes du Sénat s’est penchée sur « l’importance des jouets dans la construction de l’égalité entre filles et garçons ». Des industriels aux collectivités, elle appelle les acteurs à privilégier des jouets porteurs d’égalité.


 « Proposer aux enfants des jouets et jeux qui ne soient pas porteurs de messages sexistes ». Vaste programme qu’entend enclencher la Délégation aux droits des femmes du Sénat, qui se dit « convaincue que l’égalité commence avec les jouets ». Sa présidente Chantal Jouanno et le sénateur Roland Courtreau ont rendu à une semaine de Noël, jeudi 18 décembre, leur rapport « sur l’importance des jouets dans la construction de l’égalité entre filles et garçons ». Quelques jours après que des collectifs féministes ont manifesté devant des magasins de jouets aux cris notamment de « Princesse un jour, boniche toujours ».

En enfermant filles et garçons dans des univers distincts, les jouets peuvent « contribuer à renforcer – ou à susciter – des inégalités que l’on retrouvera plus tard dans les comportements des hommes et des femmes, tant dans la sphère intime que professionnelle », soulignent- les Sénateurs. Car les stéréotypes et les inégalités entre les sexes qu’on retrouve dans l’univers ludique sont « plus forts que ce que les enfants peuvent observer dans la réalité sociale qui les entoure. »

Injonction à la virilité vs féminin d’agrément

Pages roses et bleues des catalogues, rayons filles et rayons garçons dans les magasins.. et au-delà une « séparation des filles et des garçons en deux univers séparés qui ne semblent pas susceptibles de se rejoindre ».

Pour elles le « Royaume des princesses », pour eux le « Parcours des héros ». Voir : Dans les catalogues, Noël en rose et bleu

Ainsi les univers de garçons « sont axés sur la technique, le combat, la violence et le dépassement de soi ; qu’il faille détruire ou sauver le monde, l’important est avant tout de prouver qu’on est un homme ». Tandis que « les jouets pour filles mettent en valeur des qualités comme la douceur, la docilité, la patience, la disponibilité ». Un féminin « d’agrément » qui rejoint les critiques déjà émises par Chantal Jouanno au printemps 2012 dans un rapport sur la sexualisation des enfants (Voir : Hypersexualisation : des digues contre une vague sexiste).

La faute aux autres

Qui est responsable ? Les représentants de la Fédération des commerçants spécialistes des jouets et produits de l’enfant (FCJPE) rejettent la responsabilité sur les industriels qui segmentent le marché. Et les rayons filles et garçons, c’est pour faciliter le parcours des acheteurs, arguent-ils. Les fabricants, représentés par la Fédération française des industries Jouet – Puériculture (FJP), renvoient eux aussi la balle aux parents qui achètent des jouets pour « faire plaisir à l’enfant ».

Professionnels de l’industrie du jouet (fabricants et distributeurs), parents, et professionnels du service public de l’enfance (auxiliaires de puériculture, assistants maternels, pédiatres, professeur(e)s des écoles…) : tous responsables, conclut le rapport, qui développe 10 préconisations pour « privilégier les jouets dénués d’implication sexuée ».

Derrière ‘Let Toys Be Toys’ en Grande-Bretagne

La Délégation ne sort pas encore l’artillerie lourde. Elle invite les professionnels à s’engager, par une charte, à « supprimer des catalogues, magasins et sites internet la signalétique ‘garçons’ et ‘filles’ pour leur préférer des rubriques par type d’activité ou par âge : ‘jeux d’imitation’, ‘jeux d’aventure’ : l’objectif est que chaque jouet puisse être investi par tous les enfants, sans ségrégation ». La démarche est déjà bien plus avancée en Grande-Bretagne, sous la pression de l’association ‘Let Toys Be Toys’ (Voir : Au Royaume-Uni, des rayons jouets de moins en moins sexués).

Dans la même optique, le rapport préconise également la méthode du « name and shame » : pointer du doigt les mauvaises pratiques. Cela pourrait passer par « un site internet public sur lequel les parents pourraient échanger sur les pratiques sexistes ou stéréotypées qu’ils rencontrent quand ils se rendent dans des magasins de jouets ». Et de citer en exemple l’action de la plate-forme d’interpellation MachoLand, apparue à l’automne.

La plupart des autres recommandations portent sur la sensibilisation, et c’est à l’Etat de jouer son rôle. La délégation souhaiterait voir une campagne nationale pour « montrer l’influence des jouets sur la préparation des enfants à vivre ensemble dans un monde d’égalité ». Elle entend aussi voir des modules de sensibilisation aux stéréotypes obligatoires dans toutes les formations qui ont un lien avec l’encadrement des enfants. Sur le modèle du « plan égalité » pour l’école… même si dans ce cadre la formation n’a toujours rien d’obligatoire.

Le levier des collectivités

Elle préconise aussi que « les responsables des commandes publiques de jouets et jeux soient informés de l’intérêt de privilégier les produits non sexistes ». Pour la délégation, « il semble envisageable d’orienter les politiques d’achat public, via un cahier des charges privilégiant par exemple les jouets dont l’emballage associe de préférence, autant que faire se peut, filles et garçons dans la mise en situation du jouet. Une telle mesure, dans le respect du principe de libre administration des collectivités territoriales, pourrait être de nature à favoriser de la part des industriels du secteur des comportements privilégiant l’égalité entre les sexes. »

Pourquoi pas, réagit Franck Mathais, porte-parole de la FCJPE : « le marché des collectivités est un petit marché, qui représente une part minime du marché français. Il est important, néanmoins, en termes d’image. Les collectivités ont pesé, par exemple, dans la démocratisation du ‘bio’. Ce pourrait être un levier intéressant. »

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