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Journaliste en colère !

par Isabelle Germain
Dominique Méda. Par Armande192001 — Travail personnel, via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Dominique Méda. Par Armande192001 – travail personnel, via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

La petite question « naïve » d’un journaliste à une experte est un symptôme du mépris persistant pour les femmes dans l’information.

 

J’ai beau militer pour une meilleure représentation des femmes dans les médias depuis que j’ai une carte de presse, j’ai beau batailler depuis six ans pour essayer d’imposer Les Nouvelles NEWS comme le seul journal alternatif au sexisme ordinaire des médias, je ne peux m’empêcher d’être très en colère lorsqu’un confrère présente une femme avec un mépris dégoulinant.

Mercredi 22 juin 2016, l’économiste Pierre Larrouturou et la sociologue du travail Dominique Méda étaient les invités du 7/9 de France Inter pour parler de leur ouvrage Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail (Atelier). Et voilà que le journaliste qui menait l’interview, Patrick Cohen, au beau milieu de questions de fond, se tourne vers Dominique Méda. Affirmant que Pierre Larrouturou porte depuis longtemps le sujet, il lui demande : « Et vous, c’est une conviction plus récente ? » (écoutez ici).

Et voici la sociologue du travail obligée de rappeler ses états de service face à un journaliste mal documenté… ou incapable de prendre au sérieux une femme ?

La mort de Benoîte Groult a été l’occasion de se replonger dans ses écrits et de voir que le mépris envers les femmes n’a pas beaucoup reculé ; il a pris une forme plus hypocrite. Dans Ainsi soit-elle, en 1975, elle écrivait :

« “Qu’est-ce qui leur prend, soudain, aux femmes ? Voilà qu’elles se mettent toutes à écrire des livres. Qu’ont-elles donc à dire de si important ?” demandait récemment un hebdomadaire qui ne s’était jamais posé la question de savoir pourquoi les hommes écrivaient, eux, depuis deux mille ans et ce qui leur restait encore à dire ! »

Lire : Benoîte Groult, ainsi fut-elle

Juste remarque. Aujourd’hui, les journalistes appellent les femmes par leur prénom comme pour les infantiliser (Voir : Femmes-prénoms, au tour de L’Obs et « Pas de couilles, pas de nom de famille ») et leur demandent encore de se justifier quand elles s’aventurent sur des terrains de chasse gardée des hommes, comme l’a fait Patrick Cohen avec Dominique Méda.

En colère aussi quand je vois que ce mépris est quasi-universel puisqu’aux États-Unis, une nouvelle étude montre que ce sont principalement des hommes qui commentent l’élection présidentielle (Voir : USA : Who Talks de l’élection présidentielle ? Des hommes of course).

En colère encore quand pour la énième fois des journaux manient l’euphémisme pour parler d’un triple crime – féminicide et infanticide (Voir : « Drame familial » mais « menace de crime ou délit »).

Fort heureusement, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles sur le front de la représentation des femmes dans les médias. Une grande multinationale promet de dé-stéréotyper la pub et un grand prix couronne désormais les publicités qui démontent les « préjugés sexistes » et « les images stéréotypées des hommes et des femmes ». Souhaitons que ces initiatives ne soient pas des épiphénomènes face au rouleau compresseur du sexisme ordinaire des médias.

 

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2 commentaires

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ArianeN 23 juin 2016 - 14:32

Les medias allemands ne valent pas mieux. Hier je me suis étranglée en voyant « die Welt Kompakt » présenter la disparition de Benoîte Groult sous le titre « L’érotisme des années 80s » en consacrant quasiment tout l’article aux « Vaisseaux du coeur » et au film qui en a été tiré. Juste une vague référence au féminisme en point d’interrogation vers la fin de l’article et le journaliste conclut en comparant Benoîte Groult à E.L. James (50 nuances de Grey)…

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Hélène 24 juin 2016 - 10:10

J’écoutais cette émission et j’ai eu la même pensée.
Avant de me dire que je voyais le mal partout.
Peut etre pas en fait….

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