Julien Bayou dénonce « l’instrumentalisation de causes justes »

par Isabelle Germain

Accusé par son ex-compagne de violences psychologiques, le secrétaire national d’EELV a renoncé à des responsabilités au sein de son parti avant de contre-attaquer en dénonçant une situation qui dessert la « nécessaire révolution féministe ». Mais qui manipule qui ?

« Kafka à l’heure des réseaux sociaux ». Secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou a annoncé dans un communiqué, qu’il démissionnait de ses fonctions à la tête du parti lundi 26 septembre. Il explique : « je suis accusé de faits qui ne me sont pas présentés, dont mes accusateurs·ices disent qu’ils ne sont pas pénalement répréhensibles, et dont je ne peux pour autant pas me défendre puisqu’on refuse de m’entendre. » Il note que cette « situation intenable » se produit « dans un moment où la société bascule et cherche le point d’équilibre pour cette si nécessaire révolution féministe »… Une révolution dans laquelle son parti est engagé.

La situation est difficile à comprendre. En pleine « affaire Quatennens » (le député LFI qui a reconnu des violences physiques), c’est la députée EELV Sandrine Rousseau qui a allumé la mèche lundi 19 septembre, en répondant à une question à la fin de l’émission « C à vous », sur France 5. Elle déclarait à propos de Julien Bayou : « Je pense qu’il y a des comportements qui sont de nature à briser la santé morale des femmes » sans évoquer de violences ou de faits spécifiques qui auraient pu être reprochés au responsable de son parti. Le matin même, un tweet de Nous Toutes affirmait « la cellule VSS [violences sexistes et sexuelles] a été saisie en juillet après des accusations de violences commises par Julien Bayou sur son ex-compagne. » Accusations que Julien Bayou avait lui-même révélées dans le Figaro au mois de Juillet. Sandrine Rousseau, de son côté, disait avoir reçu cette ex-compagne, évoquait sa « santé morale » et « sa tentative de suicide », indiquait que des accusations identiques proviendraient « manifestement » de plusieurs autres femmes et affirmait que les faits reprochés à Julien Bayou n’étaient pas « pénalement répréhensibles ».

Le 25 septembre, l’ex-candidat Vert à la présidentielle, Yannick Jadot, déclarait dans une émission politique, que Julien Bayou devrait se mettre aussi « en retrait » de la coprésidence du groupe écologiste à l’Assemblée nationale.

Puis, lors d’une conférence de presse donnée lundi dans l’après-midi, l’avocate de Julien Bayou, Me Marie Dosé, a dénoncé « une instrumentalisation du combat » de la libération de la parole des femmes à des fins politiques, (enjeu présumé : la tête du parti lors du prochain congrès en décembre) et a demandé : « Quelle est la suite ? Doit-il s’attendre à des témoignages sur d’autres ruptures éprouvantes et pour en conclure quoi ? »

Et sur Twitter, une ex-compagne de Julien Bayou écrit : « Au nom de l’idée que je me fais du contradictoire, voici « ma » suite, puisque je suis (brièvement) sortie avec Julien #Bayou il y a quelques années. » Pas tendre avec son ex, elle écrit cependant : « Un peu de lâcheté et beaucoup d’immaturité ne font pas de vous un adepte des ‘violences psychologiques’ »

Ce à quoi l’artiste chansonnière @Mathilde_music a répondu : « Cependant : on innocente pas un cambrioleur en faisant témoigner toutes les personnes qu’il n’a pas cambriolées »

Les propos de Sandrine Rousseau laissent penser que ce qui est reproché à Julien Bayou n’entre pas dans la définition de la nouvelle loi de 2020 qui a fait entrer « l’incitation au suicide » dans le code pénal à la suite du Grenelle des violences conjugales.

Cependant, cette affaire montre une nouvelle fois que le problème des violences sexistes et sexuelles en politique n’est pas seulement une question de droit pénal. Elle est aussi une question d’exemplarité des dirigeants politiques, de morale et de déontologie. Sur France Info, la sénatrice et ex-ministre en charge des Droits des femmes, Laurence Rossignol, considère d’ailleurs que « Le monde politique doit avoir sa propre déontologie. C’est le cas pour beaucoup d’activités comme le journalisme ou l’ordre des avocats.»

Reste à discerner les traumatismes provoqués par des violences psychologiques et les traumatismes d’une personne affectée par une rupture tout en respectant la vie privée des protagonistes. Reste aussi à faire le tri dans les arguments brandis de toutes part au secours de l’homme accusé et à voir qui instrumentalise vraiment.

Qui manipule qui ?

L’avocate qui défend Julien Bayou était aussi l’une des signataires d’une tribune d’avocates publiée dans Le Monde, volant au secours de Polanski au nom de la présomption d’innocence en 2020. Elle reprend la ligne de défense classique des hommes accusés : atteinte à la vie privée, présomption d’innocence, fragilité psychologique de l’ex, les accusatrices et les féministes desservent leur cause…. Me Marie Dosé a parlé d’une « séparation très douloureuse » à l’issue de laquelle le député des Verts avait été la cible « de pressions, de chantage ainsi que de menaces » de la part de son ex-compagne et qu’il « avait conscience de la fragilité psychologique » de celle-ci.

Elle reproche à la cellule VSS d’EELV d’avoir refusé d’entendre Julien Bayou à quatre reprises. Mais les statuts prévoient que la personne accusée soit auditionnée après son accusatrice et celle-ci n’a pas encore été entendue…

En face, l’avocate maître Elodie Tuaillon-Hibon dont le cabinet va assurer la défense des intérêts de l’ex-compagne de Julien Bayou a prévenu sur Twitter : elle « tient fermement à conserver son anonymat et ne souhaite pas pour l’instant se manifester publiquement sur les faits qu’elle a dénoncés. L’existence d’une enquête a été divulguée par Julien Bayou lui-même en juillet dernier. Nous avons mandat de poursuivre toute atteinte à cet anonymat et de faire sanctionner toute atteinte à sa vie privée. »

Des deux côtés, c’est la thèse de l’instrumentalisation politique qui est retenue. « Julien Bayou constate avec amertume et colère l’instrumentalisation du juste combat contre les violences sexuelles et sexistes à des fins politiques. Personne n’ignore que le congrès des écologistes se tient en fin d’année. L’ambition politicienne ne saurait justifier toutes les croisades » a déclaré Me Dosé.

Les ami.es de Sandrine Rousseau considèrent que c’est elle qui est visée dans cette affaire. De gauche à droite, elle est à nouveau la cible d’une cabale. Elle n’est pourtant pas candidate, ce n’est pas elle qui a rendu publiques les accusations contre Julien Bayou mais Julien Bayou lui-même en s’exprimant dans le Figaro fin juin et c’est Yannick Jadot qui a demandé sa démission…

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