Accueil Politique & Société La Barbe insultée par des parlementaires

La Barbe insultée par des parlementaires

par Isabelle Germain

La Barbe s’est invitée aux « rencontres parlementaires sur l’Avenir de l’Europe », présidées par Julien Aubert. Sur 14 participants, 13 étaient des hommes. Vulgarité, violence verbale en retour.


« Montrez-nous votre poitrine, ça sera au moins intéressant ! »… « Connasses ». Le groupe d’activistes féministes La Barbe en a entendu beaucoup depuis qu’il dénonce les cénacles masculins dans les lieux de décision. Mais ce mercredi matin fut particulièrement vulgaire. La scène s’est déroulée lors des Rencontres parlementaires sur l’Avenir de l’Europe présidées par… Julien Aubert, député Les Républicains du Vaucluse, déjà connu pour son sexisme. En octobre 2014, il avait été sanctionné pour avoir persisté à appeler la présidente de séance à l’Assemblée nationale, Sandrine Mazetier, « madame le président » alors qu’elle insistait pour qu’il l’appelle « madame la présidente ».

> Voir : « Madame le président », ça ne passe pas et la réaction des amis d’Aubert

Comme à leur habitude, les barbues du collectif se sont d’abord positionnées debout, en silence, à côté des orateurs – au programme : 13 hommes et une femme bien seule – avant d’entamer leur court discours quelques minutes plus tard, devant une assemblée très majoritairement composée d’hommes.

« Messieurs », commence la barbue, dont la voix est déjà recouverte par un brouhaha de mécontentement, « C’est avec une émotion non feinte que la Barbe constate qu’aujourd’hui encore, vous rendez honneur à notre grande nation, berceau de l’Europe moderne ».

« Dehors », s’énervent certains, « On ne va pas écouter vos conneries ! », s’exclame un autre. La barbue, stoïque, continue : « En ces temps tumultueux, merci à vous Frédéric, Alexis, Jacques, Robin, Gilles, Gaspard, Jean-Hervé, Jean-Claude, Julien, Laurent et Robert, de préserver le sens éternel de notre démocratie. Qu’elle demeure une affaire d’hommes au service des hommes ! ». Cette dernière phrase semble avoir fait monter la tension d’un cran. Un homme au premier rang, très agité depuis le début de l’action, craque : « Montrez-nous votre poitrine, ça sera au moins intéressant ! A poil » , « Connasses », s’énerve un autre. Des rires surgissent des rangs.

Julien Aubert en profite pour proposer une pause : « Vous pouvez aller aux toilettes », tandis que deux hommes essaient discrètement de faire sortir les barbues… Qui continuent le discours : « Vous êtes la fierté de notre patrie (…) Messieurs, hourra ! Mais attention, n’avez-vous point remarqué qu’un chevalier femme s’était introduit insidieusement parmi vous ? Votre générosité vous grandit, mais prenez garde à cette pétroleuse qui pourrait allumer le feu à vos pieds ».

Hors caméra, Jacques Myard (Les Républicains), député des Yvelines, a lui aussi continué dans la même veine, comme le rapportent sur Twitter Les dégommeuses : « J. Myard à une barbue qui le félicite en lui tendant la main : « Je ne serre pas la main aux connes, ça pourrait les instruire ».

Si parfois, lors des interventions de la Barbe, les hommes des tribunes reconnaissent piteusement que le déséquilibre est un peu gênant, une telle vulgarité est plus rare. Si c’est cela, l’avenir de l’Europe…

 Lire aussi : La Barbe écrit l’Histoire

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3 commentaires

3 commentaires

Lau 26 juin 2015 - 06:01

Ces types représentent la France, dans sont état actuel de délabrement, de bassesse. Il est évident que ce pays n’a aucun avenir et que son système politique, relique déconnectée de sa misérable réalité économique et sociale, reste au moins en phase, du point de vue de la pensée, avec ce qu’elle a fait de son peuple de veaux en renonçant à toute forme de progrès moral et intellectuel. Leur vocabulaire pipi caca est à la hauteur de leur impuissance. Qu’ils savourent leurs derniers moments de gloire façon match de foot, parce qu’ils seront comme les autres entraîné dans le gouffre qu’ils ont conçu faute d’imagination, d’intelligence, de travail et d’honnêteté.

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flo 26 juin 2015 - 11:07

Dans la même veine plus « feutrée » mais pas moins misogyne et excessivement déplaisante, l’intervention ce matin sur F Inter de Jean d’Ormesson, réitérant des qualificatifs tels que « charmante » ou « ingénue » à propos de Mme la Ministre de l’Education, et la nommant par son seul nom de naissance, Mme Belkacem, non par excès de modernisme (ces messieurs de l’académie nous ont suffisamment démontré leur aversion à la modernité, par leur zèle obsessionnel à faire barrière à la féminisation des noms de métiers ou fonctions) mais simplement par goujaterie, voire intention d’humilier, avec en prime un petit relent de racisme bien droitier… Le plus triste hélas, c’est que la relève est assurée, l’ingénu, charmant et frivole Aubert en étant la parfaite illustration… Ce qu’on aurait tendance à pardonner à l’un, né en 1925, est beaucoup plus inquiétant venant de l’autre, né un demi-siècle plus tard.

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Wanda 30 juin 2015 - 13:58

Quelle bande de goujats !! Mais au-delà de ça, comment est-ce possible que l’on parle de l’avenir de l’Europe sans impliquer de femmes ??!! Que de résistance !

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