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La guerre psychologique d’un dominateur isolé

par La rédaction

Vladimir Poutine a lancé l’offensive contre l’Ukraine. Enfermé dans une logique de toute puissance viriliste, il mène aussi une guerre psychologique compliquée.

Jusqu’aux premiers bombardements, dans la nuit du 23 au 24 septembre, la diplomatie française avait du mal à croire à la possibilité d’une guerre en Ukraine, malgré les mises en garde des Etats-Unis depuis plusieurs semaines. Changement de ton le 24 février. Après avoir tenté des discussions avec le président russe Vladimir Poutine, Emmanuel Macron a fait une déclaration solennelle et grave « À cet acte de guerre, nous répondrons sans faiblesse, avec sang-froid, détermination et unité. » Et il faudra attendre pour en savoir plus.

Plus que les considérations géopolitiques, c’est la personnalité de Vladimir Poutine qui est problématique. Dans l’ombre des coups de mentons et des tablées d’hommes qui se réunissent pour organiser la riposte en jouant des muscles, plusieurs réflexions invitent plutôt à « la jouer psycho » et à contourner cet autocrate viriliste.

Celui qui est président de la Russie depuis 22 ans est « dans une logique de puissance pure, brutale » faisait observer Sylvie Kauffmann éditorialiste au Monde, spécialiste des affaires internationales sur France-Inter ce jeudi matin. Vladimir Poutine veut re-créer l’empire de Russie. Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences po Paris soulignait à cette même antenne que « quand Poutine parle de ‘dénazification’, ce terme était employé lors de la conférence de Yalta. Ce besoin instinctif d’aller chercher des éléments de langage dans un contexte qui n’a plus rien à voir, est significatif. »

Autres éléments de langages très suspects : dans son discours diffusé sur la télévision russe lundi soir, Vladimir Poutine a voulu reprendre à sa façon l’histoire de l’ancienne république soviétique, devenue indépendante en 1991.  Pour lui, l’Ukraine appartient à la Russie et il dénonce un pays « corrompu » et « manipulé par les occidentaux ». 

Dans une tribune publiée dans Le Monde, la politologue au CNRS et au Ceri, professeure à Sceince-Po, Marie Mendras, observe que : « L’homme est enfermé dans ses assertions et ses émotions, et refuse tout compromis, car c’est à l’autre de faire des concessions. Ses propos sont parfois incohérents. » Il nie l’intervention de l’armée en Ukraine depuis 2014 et excelle dans l’«inversion du récit. Il a répété que l’Ukraine est l’agresseur, et que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) menace la Russie puisqu’elle soutient Kiev. » Il ne veut pas admettre « que ce sont l’Ukraine et la Géorgie qui demandent à rejoindre l’Alliance ».

Mardi dernier sur France-Inter , Marie Mendras invitait à ne pas se laisser prendre dans cette psychose. Elle n’hésitait pas à parler d’un « homme malade » qui fait peur à ses plus proches conseillers. « Plus personne ne peut dire que Poutine raisonne. »

Mais comment l’arrêter ? Sur BFMTV, le 22 février, l’ancien président de la République François Hollande affirmait : « Il ne comprend que le rapport de force ». Il rappelait que Poutine avait très mal vécu le fait d’être exclu du G8 devenu le G7 en 2014, en guise de sanction au moment de l’annexion de la Crimée par la Russie, « il ne raisonne qu’en terme d’humiliation ou de domination » dit-il.

Avec un autocrate paranoïaque, négocier est impossible. « Poutine répond toujours avec son récit fantasmagorique » notait Marie Mendras sur France-Inter

Reste à imaginer des sanctions qui feront peur, non pas à Poutine qui se croit invulnérable, mais « aux élites politiques et économiques » qui auraient beaucoup à perdre en se coupant du reste du monde. « Ceux qui participent à cette offensive de Poutine pourraient avoir de graves difficultés ensuite, possiblement devant le tribunal de Lahaye » suggère la politiste. Ils seraient tenus pour responsables des sanctions économiques qui atteindraient le peuple russe. Et puis ce peuple ne souhaite pas la guerre. « Nous devons apparaître comme les sages, en nous adressant aux élites » Mais avec un Poutine « qui a perdu son sang-froid, nous sommes assis sur un baril de poudre » reconnaît Marie Mendras.

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