Accueil Politique & SociétéÉducation La lente mise au jour du harcèlement sexuel à l’université

La lente mise au jour du harcèlement sexuel à l’université

par Marina Fabre

Le harcèlement sexuel est un fléau du système universitaire, qui peine à être reconnu tant il est tabou. Alors, comment les chargé.e.s de mission Égalité luttent contre ce problème ?

(Retour au dossier : Universités : les missionnaires de l’égalité)


La lutte contre le harcèlement sexuel à l’université « se heurte à des résistances institutionnelles » : c’est ce que faisait remarquer le député Sébastien Denaja, en mai 2013, lors des débats sur le projet de loi sur l’Enseignement supérieur. Et de mettre en avant l’une des missions assignées aux chargé.e.s de mission Égalité : « faire prospérer les plaintes des jeunes femmes pour les cas de harcèlement sexuel ».

Déjà fin 2012 les établissements signataires de la Charte Egalité s’engageaient à « renforcer les procédures de transparence disciplinaire pour faciliter la mise au jour des faits de harcèlement sexuel ».

Étape par étape

A Paris Diderot, seule université française à bénéficier d’un pôle entier dédié à l’Égalité femmes/hommes, le problème a été pris à bras le corps. Ainsi en 2014, sur proposition du pôle, un réseau Égalité s’est créé dans la communauté d’universités Sorbonne Paris Cité (USPC). Aujourd’hui le plan d’action Égalité est coordonné par l’université Paris-Diderot.

C’est dans ce contexte que Rachida Lemmaghti et son équipe ont proposé de nouvelles solutions pour lutter contre le harcèlement sexuel, notamment l’externalisation des procédures. « Nous avons proposé que la prise en charge du harcèlement soit faite par des personnes extérieures au milieu académique : psychologue, juriste spécialisé.e… qui pourraient recevoir les demandes, les orienter et surtout rédiger des notes à l’intention du.de la président.e d’université pour donner un avis sur l’affaire (faits avérés ou non, etc…). Le.la président.e, en ayant ces conclusions, prendrait la décision de déclencher ou non une procédure disciplinaire ».

Des propositions qui doivent cependant être validées par tous les président.e.s d’université membres de l’USPC. « Il est compliqué d’avoir le soutien de tous. Jean-Yves Mérendol, le président de l’USPC nous soutient. Nous devons convaincre chaque membre, étape par étape. Pour l’instant ils n’ont pas validé l’idée de création d’une cellule dédiée à ce problème mais en attendant on peut faire de la prévention à travers les guides, les formations, etc ».

« Cela reste largement tabou, et les résistances culturelles sont nombreuses »

Et l’université Paris 7 n’est pas la seule à s’être penchée sur le problème : toutes les universités suivant la Charte Égalité ont travaillé sur le sujet. Dans la pratique, certain.e.s chargé.e.s de mission ont déjà reçu de nombreux témoignages. C’est le cas de Sabrina Sebti, de l’université d’Angers : « La plupart du temps, les victimes viennent me voir. Je les reçois, leur apporte un soutien. Puis je les aide à saisir la section disciplinaire, éventuellement les aide à porter plainte pénalement et les incite à consulter un médecin ».

Mais encore faut-il que le harcèlement soit reconnu. A l’université Paris Est-Créteil lorsque Colette Guillopé, chargée de mission, a voulu aborder ce fléau, le président de l’université lui a rétorqué qu’il y avait eu bien peu de cas en une vingtaine d’années, à sa connaissance…

A Toulouse 3 Paul Sabatier, université très engagée sur l’égalité, on progresse. La question du harcèlement sexuel a été débattue dans un groupe de travail. Puis, « les informations sur les droits des victimes de harcèlement et l’aide qu’elles peuvent recevoir figurent sur l’espace intranet dédié à la Commission Égalité Active », mentionne Christine Mennesson, chargée de mission de l’université.

A Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, Danièle Rosenfeld-Katz a pu élaborer un guide contre le harcèlement sexuel avant de prévenir, protéger et aider les victimes. Mais la situation est difficile : « La culture de l’égalité femmes-hommes reste encore dans l’idéalité, et la mise en œuvre pratique est difficile, notamment en ce qui concerne la lutte contre le harcèlement sexuel à l’université. Cela reste largement tabou, et les résistances culturelles sont nombreuses, tant parmi les personnes de l’administration, que parmi les enseignant.e.s chercheur.e.s. ».

Association en première ligne

Face à ces difficultés, Danièle Rosenfeld-Katz a pu s’appuyer sur l’association Clasches, une association d’étudiant.e.s qui lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur. Elle a d’ailleurs choisi de mettre leur guide d’information en ligne. « Nous sommes dans la bonne direction. L’action de Clasches et d’autres organisations syndicales sont nécessaires », estime Danièle Rosenfeld-Katz.

Clasches est née en 2002. Sa vocation : rendre visible le harcèlement sexuel à l’université, ne pas laisser passer la minimisation. L’association explique : « Les établissements d’ESR cherchent à conserver et à préserver leur image de lieux de savoir imperméables aux rapports de pouvoir, aux inégalités, aux discriminations et, surtout, aux violences sexistes et sexuelles ».

Dans son guide destiné aux victimes, l’association leur conseille – entre autre – de se tourner vers les chargé.e.s de mission égalité : « Les membres de ces missions sauront vous guider, vous épauler et vous accompagner dans vos démarches. Elles/ils pourront également, avec votre accord, saisir la présidence de l’université pour engager la procédure disciplinaire contre l’agresseur ».

 

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