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La (non) première dame et autres sans statut fixe

par Isabelle Germain

Investitures Hollande Obama 255Un « impensé » de la République. Le feuilleton du couple présidentiel désuni pose la question du statut de celle qui est appelée abusivement « Première dame » mais aussi de beaucoup d’autres qui ont des devoirs implicites mais pas de statut.


Lors de son investiture, Barack Obama est arrivé à la cérémonie au bras de sa compagne Michelle. En France, le dernier président élu, François Hollande, s’est rendu seul à l’Elysée et sa compagne, Valérie Trierweiler, suivait sur le tapis rouge loin derrière lui. Même scénario pour son prédécesseur. Tout un symbole. Contrairement aux Etats Unis, la « first lady » n’a pas de statut officiel en France.

Outre-Atlantique, le rôle de la première dame est assumé. Elle délaisse son job pour assumer des fonctions de représentation voulues par la Maison Blanche. Ce statut est discutable mais il est clair. En France, il fait partie des impensés de la République. Vestige d’une société dans laquelle la femme fait partie des bagages de l’homme. (D’ailleurs le président a annoncé ainsi la rupture : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. »)

Comme les femmes de commerçants ou d’artisans

Le chef de l’Etat, l’a dit lors de sa troisième conférence de presse : « Il n’y a pas de statut du conjoint de chef de l’Etat, il n’y en a jamais eu ». Et aujourd’hui, « répudiée », comme disent pas mal de gazettes, celle qui n’était pas la première dame se trouve finalement dans la même situation que jadis les femmes de commerçants ou d’artisans qui travaillent sans être déclarées. Leur statut social dépend de celui de leur mari. Elles travaillent pour lui sans salaire et si le couple se sépare, elles n’ont ni emploi ni couverture sociale ou retraite… Cette zone de non-droit a été comblée en 2005 par la création d’un statut de « conjoint collaborateur» qui a rendu ces femmes moins vulnérables. Mais il a fallu attendre 2005.

La compagne du président de la République n’est pas femme d’artisan ou commerçant. Elle cristallise beaucoup d’attentes. Elle soutient le candidat pendant sa campagne et n’est pas étrangère à son élection. Elle est l’ « atout charme » non négligeable d’un candidat ainsi qu’ont pu le dire les journaux (voir Femme en politique ? Première dame ou invisible ) qui faisaient des matchs Valérie Trierweiler contre Carla Bruni, la femme du président sortant, adversaire de François Hollande à la dernière élection. Puis une fois son compagnon élu, la compagne assure le plus souvent des missions humanitaires et est en représentation dans les sommets internationaux notamment. Tout cela sans statut. Valérie Trierweiler, qui ne savait pas trop sur quel pied danser, a préféré ne pas renoncer complètement à son activité professionnelle tout en assurant des missions de représentation pour des causes humanitaires.

Selon que vous serez compagne ou compagnon

Le du statut de conjoint de président pose la question de l’invisibilité du travail des femmes et des attentes implicites auxquelles elles doivent répondre (voir Le « care », face cachée de la richesse 2010). Travail et attentes auxquels, semble-t-il aucun homme n’est prêt à se plier. Aucun des conjoints des rares femmes occupant la fonction suprême dans d’autres pays n’a joué le rôle de la « first lady ». Le mari d’Angela Merkel ne se montre pas.

Et en France, la seule qui est arrivée assez près de la fonction suprême en 2007, Ségolène Royal, y est allée sans le soutien de compagnon. A l’époque d’ailleurs, Arnaud Montebourg, alors député de Saône-et-Loire et porte-parole de la candidate, lâchait cette petite phrase sur le plateau de Canal Plus : « Ségolène Royal n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon ». Pour avoir osé cette critique, il fut exclu de la campagne pendant un mois. Le compagnon en question, François Hollande, alors Premier secrétaire du PS, n’avait pas vraiment mis le parti en ordre de bataille derrière sa candidate. Et il n’avait pas, dans l’ombre, apporté le soutien que toutes les compagnes ont apporté aux futurs présidents. Nicolas Sarkozy, à la même époque, bénéficiait du soutien de sa future ex. Cécilia Sarkozy ne l’a quitté qu’une fois celui-ci confortablement assis dans son fauteuil de président, elle avait rempli son devoir. « La part non négociable de moi-même » comme l’appelait l’ex-chef de l’Etat, était aussi sa plus fidèle collaboratrice. Au 21ème siècle, les femmes n’ont manifestement pas les mêmes devoirs que les hommes, ni le même statut…

Mais soyons optimiste, peut-être que désormais, la vision d’un président de la République se rendant seul aux manifestations publiques sans femme à son bras pour l’accompagner, le soutenir ou lui servir de faire-valoir, fera évoluer les mentalités.

 

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11 commentaires

élodie 26 janvier 2014 - 16:35

« la vision d’un président de la République se rendant seul aux manifestations publiques sans femme à son bras pour l’accompagner, le soutenir ou lui servir de faire-valoir, fera évoluer les mentalités. »

à moins que cette « vision » ne soit brouillée par l’archétype de Don Juan et son cortège de privilèges masculins… Combien de belles actrices dans les placards présidentiels internationaux ?

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GRIMONT Gina 26 janvier 2014 - 19:14

Quand nous aurons une femme présidente ( quand ??? ) il semblera impensable de faire de son mari ou compagnon le 1er monsieur de France.
1ére dame, vestige archaïque du patriarcat où la femme n’existe que par procuration.

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Bambi 27 janvier 2014 - 09:47

Imaginez vous la présidente à scooter avec un casque au petit matin ?

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Bambi 27 janvier 2014 - 09:48

Imaginez vou une présidente de la république casquée et à scooter ..au peit matin, sortant de chez son amant?

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Lili 27 janvier 2014 - 10:54

Avec un président seul à l’Elysée, d’un côté on sort enfin de ce fonctionnement totalement patriarcal. D’un autre côté la presse people a horreur du vide, on va donc avoir une explosion des titres pleins de sous-entendus, des paris sur la compagne/maîtresse du moment, bref, la vie politique ramenée au plus bas niveau et les femmes à des objets sexuels et/ou décoratifs pour président instable et journaleux en manque de titres graveleux. Je ne suis pas sûre que les femmes y gagnent beaucoup.

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flo 27 janvier 2014 - 12:47

Première dame, sage-femme, assistante, secrétaire, infirmière, ou femme de ménage… il semble bien que nos très chers académiciens et députés ne trouvent rien à redire à la féminisation de certaines fonctions… alors qu’un « Madame la Ministre » les fait s’étrangler de rage ! L’absence du genre neutre dans la langue française est sans conteste le bras armé du patriarcat…

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camille 28 janvier 2014 - 13:13

Quand vous évoquez le manque de soutien de François Hollande à Ségolène Royal pendant la difficile épreuve de la campagne présidentielle ,(il avait même choisi ce moment pour rompre) je pense à ce qu’en avait dit Guy Bedos : il n’aurait pas osé faire çà à sa femme même quand elle passait le permis de conduire .

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élise 28 janvier 2014 - 13:23

Dans les premières images du film Lulu femme nue, après un refus d’embauche il lui est conseillé de plutôt aider son mari au garage :encore une illustration de la situation très inconfortable des épouse d’artisan ou de commerçant.

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09 Aziza 28 janvier 2014 - 14:45

Les détracteurs de François Hollande ne devraient pas l’accuser de promouvoir une hypothétique « théorie du genre ». Qu’il existe deux genres bien distincts, c’est son opinion, et il le prouve:il y a le genre masculin, qui a le pouvoir, en use, et peut congédier et renvoyer à sa guise une compagne jugée encombrante. Et il y a le genre féminin, qui assiste, travaille dans l’ombre, et se tait, même sans aucune légitimité, car c’est le genre n’° 1 qui décide de qui est légitime ou pas.
Les femmes ne peuvent être libre et égales dans une société où les hommes possèdent 80% du pouvoir politique et 90% du pouvoir économique, pendant qu’elles effectuent 89% des tâches ménagères….elles sont juste les premières femmes de ménage…..

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Aziza 28 janvier 2014 - 16:55

Il est instructif de lire l’analyse du psychanalyste serge Hefez dans Libération, intitulé « F.Hollande dynamite le mariage »…Pour le psychanalyste, cette répudiation est un progrès égalitaire….cherchez l’erreur!

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élodie 28 janvier 2014 - 20:21

Oui, l’article du psy reflète un ‘féminisme’ masculin de bon aloi, oublieux du contexte et surtout abstrait. Cela dit, dans le village médiatique il y a des ‘experts’ autrement plus rétrogrades et toxiques (l’infect Jean-Pierre Winter par ex.) que Serge Hefez qui reste tout de même un des plus ouverts sur l’évolution des moeurs.

Il ne faut pas attendre des hommes (Hefez et Hollande inclus) l’initiative du « progrès égalitaire ». Ni attendre d’eux que la parole nous soit généreusement donnée. Il faut la prendre et gueuler. Et je remercie les Femen, malgré tous leurs défauts, d’avoir réintroduit le cri dans l’espace public.

Puisqu’on parle de psyché, ne pas oublier que le narcissisme, l’égoïsme, le désir de faire de l’autre sa chose ou son instrument sont des données fondamentales de l’individuation. Il revient aux femmes de refuser l’assujettissement quand elles en ont les moyens (économiques, culturels). Et Valérie T. avait tout à fait les moyens de se positionner autrement. Elle en remet une couche ces jours-ci en réaffirmant son attachement au magnifique (pseudo)statut de ‘Première dame’. Quand une femme surexposée n’a pas plus de jugeote que ça, on ne peut pas tout coller sur le dos des hommes.

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