Accueil CultureCinéma « La Tête haute », en haut de l’affiche

« La Tête haute », en haut de l’affiche

par Arnaud Bihel

TeteHauteEn ouverture du Festival de Cannes, La tête haute d’Emmanuelle Bercot est drame social émouvant porté par des acteurs au plus haut.


Il n’y a pas que deux films de femmes dans la sélection officielle cannoise, mais trois : peut-être lassé de s’entendre accuser d’ostracisme, le sélectionneur Thierry Frémaux a proposé en ouverture un film coup de poing réalisé par Emmanuelle Bercot. Mais contrairement à ceux de ses consoeurs Maïwenn et Valérie Donzelli, son film est présenté hors compétition, ce qui lui offre une belle exposition médiatique sans enjeu compétitif.

La Tête haute sort en salles ce 13 mai, le jour de sa présentation cannoise. Mais ce film doit heureusement sa sélection non pas au seul fait qu’il est réalisé par une femme mais à ses vraies qualités. Choisissant de faire le portrait d’un jeune délinquant dans son chemin de montagnes russes de 7 à 18 ans, La Tête haute nous plonge dans la justice pour mineurs française.

Souvenez-vous de Polisse : le film de Maïwenn racontait le quotidien d’une brigade de protection des mineurs et Emmanuelle Bercot en était co-scénariste et actrice. Ici c’est la ténacité d’une juge pour enfants (Catherine Deneuve) et d’un éducateur (Benoît Magimel) qui sont évoqués, le long du parcours d’un seul enfant qu’ils refusent de laisser couler.

La cinéaste a enquêté pendant des mois avec sa scénariste. Son souci de véracité donne toute sa force à ce récit de rédemption qui n’est pas pour autant du cinéma vérité. Car la fiction est bien là : son expérience de comédienne et sa force de mise en scène portent les acteurs de La tête haute au meilleur, y compris et surtout l’adolescent non professionnel Rod Paradot. A peine majeur au moment du tournage, il joue son propre rôle de 13 à 18 ans : une révélation que la cinéaste a su faire naître, elle qui aime et sait travailler avec les adolescents (La Puce, Clément, le téléfilm Mes chères études).

Quant à la juge, Emmanuelle Bercot ne voulait confier ce rôle qu’à Deneuve, ou alors à Depardieu ! Mais heureusement Catherine Deneuve, sollicitée la première, a accepté et en fait un personnage magnifique.

Il y a une petite épine dans le pied du film d’Emmanuelle Bercot, c’est un excès de sentimentalisme… attention spoiler. Le jeune héros, Malony, est mal parti dans la vie. Et ce qui va le mener vers la rédemption, ce n’est pas seulement la ténacité d’une juge et d’un éducateur mais surtout l’amour d’une jeune fille, jouée par Diane Rouxel. « Dans 95 % des cas, le déclic qui fait que les jeunes s’en sortent, c’est lorsqu’ils tombent amoureux. Ce sont des gamins qui n’ont pas d’estime d’eux-mêmes, ils ont du mal à aimer et à se laisser aimer, donc c’est difficile, mais quand ça arrive, c’est salvateur… » souligne la réalisatrice. Un amour qui se concrétisera très vite puisque la jeune fiancée, de 17 ans aussi, tombe enceinte et décide de garder le bébé avec Malony, contre l’avis de sa mère. « Je voulais qu’à la fin, le jeune délinquant ait un enfant », raconte Emmanuelle Bercot, sans vraiment savoir pourquoi : « Par une sorte d’intuition, d’intime conviction. Peut-être parce que c’est assez beau de raconter l’histoire d’un enfant qui a été mal aimé par sa mère, qui a manqué d’éducation et d’attention, et qui, tout d’un coup, se voit en charge lui-même d’aimer et d’éduquer un enfant ». Dans le film, Malony y voit son salut.  Mais cette jeune fille disparaît bien vite de l’écran au profit de l’adolescent devenu homme en devenant père. Ennemi du mélo, passez votre chemin, pour vous ça risque d’être « trop ».

 

 

La Tête haute d’Emmanuelle Bercot (France, 1h59), scénario de Marcia Romano et Emmanuelle Bercot, avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier, produit par les Films du Kiosque, distribué par Wild Bunch.

 

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