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Le 7ème art se remet en question, doucement

par Isabelle Germain

Panneau de « La Barbe »

Condamnation de Weinstein, absence de Polanski aux César dont la direction a démissionné… l’entre-soi masculin, qui impacte l’inconscient collectif et peut entraîner des violences sexistes, est fissuré.

Les instances de consécrations du cinéma sont dos au mur. Ces groupes majoritairement composés d’hommes, qui attribuent les prix et les financements aux films vont devoir casser cet entre-soi masculin.

Jusqu’à présent, les films qu’ils jugeaient « bons » infusaient dans l’inconscient collectif une culture de la domination masculine. De nombreuses études l’ont montré comme le test de Bechdel (voir ici), une analyse des affiches de films avec des femmes sans tête (voir ici) ou encore dernièrement une enquête expliquant comment le cinéma dissuade les femmes de prendre le pouvoir (voir ici).

Longtemps, ces hommes qui décidaient de tout ont réussi à étouffer les protestations féministes en affirmant que, s’il n’y avait pas de femmes primées c’est tout simplement parce qu’elles étaient mauvaises – selon les critères des hommes qui verrouillent les instances de consécration. Aux activistes féministes de La Barbe qui venaient courageusement dénoncer une sélection 100 % masculine à Cannes, le directeur du Festival opposait le syllogisme du mépris en 2012 (voir ici) et la presse reprenait ses arguments fallacieux sans tiquer.

Mais à force de protestations, les choses changent. Le 24 février dernier, le puissant producteur Harvey Weinstein, s’il a échappé à une condamnation pour agression sexuelle en série, a été reconnu coupable de viol et agression sexuelle. Et « ce n’est qu’un début » titrait le New York Times estimant que « des digues ont enfin sauté ».

En France, c’est la polémique autour des nominations de Polanski aux Césars qui pourrait bien faire bouger le milieu du cinéma. La direction de l’Académie des César a démissionné mi- février et annoncé qu’elle allait  procéder au renouvellement complet de cette instance.  Un groupe composé majoritairement d’hommes qui faisait exactement le contraire de ce que réclame La Barbe avec son appel « pas d’honneur pour les violeurs. » Polanski est en effet nommé 12 fois en 2020 par l’ancienne direction. (voir Démissions à l’Académie des César, diversité attendue )

Les 4000 votants porteront-ils leurs suffrages sur lui ? Réponse ce vendredi 28 février lors d’une cérémonie des César qui se tiendra en l’absence du réalisateur. Celui-ci a en effet annoncé, dans un message victimaire qu’il ne serait pas présent.

Mais cette fois-ci, les voix des féministes parviennent à se faire entendre comme celle de Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme, invitée à s’exprimer à une heure de grande écoute sur France-Inter, au journal de 7h30 ce matin de cérémonie des César. Elle déplorait l’entre-soi masculin et le « système de cooptation » du monde du cinéma qui « invisibilise les femmes » et rappelait que  6 % des primés sont des femmes alors que les femmes représentent 55 % des élèves des écoles de cinéma.

La Barbe a décidé de maintenir son happening devant la salle Pleyel avec des panneaux ironiques : « Moins de Césars plus de Cléopatres », « Portrait de la vieille domination en feu » (référence au film ) « Honneur aux prédateurs » ou 1976 – 2020, Meilleure Réalisation : 93 % de Grands Hommes Blancs.»

Car rien n’est encore gagné pour en finir avec la domination masculine dans le cinéma.  Adèle Haenel, qui a dénoncé les agressions sexuelles dans le cinéma en France (voir ici) a répondu à une interwiew du New York Times (en Français) et estime que « d’un point de vue politique et médiatique,  la France a complètement raté le coche de #metoo ». Selon elle « Le débat s’est positionné sur la question de la liberté d’importuner, et sur le prétendu puritanisme des féministes. » Et les nominations de Polanski par l’académie des César le prouvent. « Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire, ‘ce n’est pas si grave de violer des femmes’ » dit-elle.  Combien de temps le monde du 7ème art continuera-t-il d’infuser cette culture de domination masculine ? Début de réponse ce soir

(ajout le 29 février 2020)  Lire la suite ici : CÉSAR : ET À LA FIN, ILS TRIOMPHÈRENT

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