Le débat sur l’identité nationale et le chiffon rouge de la burqa

par Arnaud Bihel
fierIl s’ouvre dans une ambiance étrange, ce « grand débat sur l’identité nationale », idée lancée par Eric Besson la semaine dernière et officialisée ce lundi 2 novembre par la mise en ligne d’un site internet.
 
Contre-feu destiné à étouffer les crises sociales dans les plis du drapeau ? A diviser un peu plus encore une gauche toujours en délicatesse avec les notions de patrie, de nation ? A resserrer les liens avec l’électorat droitiste à l’approche des régionales (le débat doit se conclure le 4 février 2010, quelques semaines avant ces élections) ? Son opportunité même fait débat.
 
Pire, l’initiative risque surtout, telle qu’elle est lancée, de créer des clivages et des confusions. Car sa justification semble bien floue.
 
Le communiqué du ministère de l’immigration et de l’identité nationale l’explique ainsi : « Ce grand débat doit favoriser la construction d’une vision mieux partagée de ce qu’est l’identité nationale aujourd’hui. Il doit aussi faire émerger (…) des actions permettant de conforter notre identité nationale, et de réaffirmer les valeurs républicaines et la fierté d’être Français. »
 
La nécessité de conforter une identité nationale, la fierté de cette identité, cela irait donc de soi, comme prémisse du débat.
 
Le site internet consacré au débat se montre plus précis : il « répond aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations. » Cette justification,  en particulier ces mots « affaire de la Burqa », appelle  plusieurs réflexions.
 
D’abord parce que  le terme « burqa » lui-même est inapproprié. La burqa, ce voile intégral ou les yeux sont cachés derrière un grillage, n’existe pas en France. Ce qui pose question c’est le niqab, voile intégral laissant une fente pour les yeux – la différence est minime certes, mais le mot n’est pas juste.  Et son choix n’est sans doute pas innocent. Chacun, depuis 2001, les images d’Afghanistan, connaît le terme de « burqa » et l’horreur qui y est associée. Comme l’image des talibans coupant les doigts de femmes osant mettre du vernis à ongles ; une histoire fausse qu’aime à colporter le chef de l’Etat.
 
« Burqa », un mot auquel le site du ministre accorde une majuscule. Sans la moindre raison si ce n’est pour donner plus de force au mal qu’il doit incarner. 
Enfin, en quoi le ministère y voit une « affaire » ? Le débat lancé ces derniers mois autour du voile intégral, via les travaux d’une mission parlementaire (voir cet article), examine la question sous les différentes approches qu’elle implique. Laïcité, dignité des femmes,  droit républicain, enjeux de société.
 
Débat politique et de société
 
Agiter la burqa pour justifier le débat sur l’identité nationale s’apparente ainsi, au mieux, à de la mauvaise foi. Confondre les mots, diluer le sens… dans Le Monde, Caroline Fourest estime que, dans ce débat, le piège réside justement dans le choix des mots. Et en tout premier lieu, dans les termes même de l’appellation du ministère. Accoler immigration et identité nationale, c’est, dit-elle, laisser penser « que l’identité nationale se décrète, que l’immigration la menace et que la crise du « vivre-ensemble » est un problème d’identité. » Or, pour la journaliste et essayiste, le débat, nécessaire, ne doit pas rester enfermé dans la notion d’identité. « Le recul de la mixité et des droits des femmes dans certains quartiers, le repli communautariste, la montée des intégrismes et la dérive sectaire de quelques Françaises – parfois converties – portant le voile intégral relèvent de domaines très différents, souvent confondus, comme l’intégration, la laïcité ou la citoyenneté. Ces questions fondamentales doivent être débattues, mais concernent avant tout le projet de société, et non l’identité. » Projet de société, « enjeu politique aussi », lui fait écho le philosophe Michel Onfray sur NouvelObs.com.
 
Enjeu politique, et finalement récurrent. La revue de presse de France Inter dénichait ce matin un article paru il y a 20 ans tout juste dans La Croix. A l’heure où une autre crise, politique celle-là, secouait la planète : la chute de l’empire communiste. En France, c’était alors « l’affaire du voile à l’école », et l’universitaire Alfred Grosser s’inquiétait de ses remous : « Disons-le tout net : la montée en puissance de la notion d’identité est terriblement dangereuse. Qu’elle est lourde d’incompréhensions et de haine, l’exclusivité donnée à une identité… Elle fait oublier deux faits fondamentaux : le premier, c’est que nous avons tous des identités multiples ; et le deuxième, c’est que le privilège donné à une identité détruit la notion de ‘prochain’ dans sa plénitude ».
 
Répondre intelligemment au débat lancé par Eric Besson, c’est donc dépasser bien vite les règles officielles, le cadrage imposé autour des notions de terre, de fierté, de devoir, de drapeau… Et faire passer au premier plan les valeurs républicaines, que l’initiative du ministère entend certes réaffirmer mais laisse étouffées par le terme d’identité.
 
« Liberté, égalité, fraternité ». La devise de la république française issue de 1789 porte des valeurs bien plus en crise aujourd’hui que l’identité nationale. Renvoyer, comme le fait la France, des Afghans dans leur pays en plein chaos, dans un pays où la burqa reste de mise sous l’emprise des talibans, est-ce conforme aux valeurs de la République ? Voilà le genre de question que le débat doit porter en priorité.
 
 

Lire aussi : « Pas si douce francisation » d’Egdard Morin sur le site Idée@jour

 

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2 commentaires

henry 3 novembre 2009 - 15:31

encore un moyen pour eviter que les citoyens pensent aux vrais « débats » et soucis : la crise europeenne qui s’estompe TANDIS QUE, comme par hasard, le chomage devrait AUGMENTER ! Comme relate la presse etrangere… le 1er a faire honte a ce pays, c’est son president, elu par des ANES !

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wallou 14 mars 2011 - 13:47

Des burqas il en a en France,j’en ai vu, comment osez vous dire que ca n’existe pas

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