Le gouvernement resserre l’étau sur les violences de genre

par Arnaud Bihel

sohane_h150Un Observatoire national des violences faites aux femmes est sur le point de voir le jour. Najat Vallaud-Belkacem annonce également une nouvelle grande enquête sur le phénomène. Même si le gouvernement n’en est pas à l’origine.


Le 4 octobre 2002, la veille de ses 18 ans, Sohane Benziane mourait brûlée vive à Vitry-sur-Seine. Vingt ans après, la ministre des Droits des femmes lui rend hommage. Pour Najat Vallaud-Belkacem, « ce triste anniversaire est l’occasion de rappeler que les violences sexistes et sexuelles envers les femmes brisent des milliers de vies chaque année dans notre pays. Sohane n’est pas morte à cause d’une prétendue ‘querelle d’amoureux’, ou comme on le dit pour d’autres crimes, d’un ‘différend familial’. Elle est morte car elle a refusé de se soumettre. Car elle a bravé l’interdit qui pesait sur elle en tant que femme. »

Observatoire imminent

La ministre profite de cet hommage pour souligner que « la lutte contre les violences faites aux femmes sera l’une des priorités » de son ministère « et fera l’objet d’annonces au moment du Comité interministériel du mercredi 24 octobre 2012. »

Pas plus de précision ici, mais une annonce – ou plutôt une confirmation – est particulièrement attendue : la création d’un Observatoire national des violences faites aux femmes, réclamé par les associations (de tels observatoires existent déjà dans quelques régions) mais refusée par le précédent gouvernement pour des raisons budgétaires. La ministre l’expliquait dès sa prise de fonction : il s’agira d’« une instance chargée d’observer les violences faites aux femmes, de recueillir les données, de les analyser, de nous conseiller sur les bonnes stratégies à mettre en place. » En juillet encore Najat Vallaud-Belkacem s’était engagée sur sa création.

Mardi 2 octobre, lors des questions au gouvernement au Sénat, elle s’est faite plus précise : cet observatoire des violences « verra le jour dans le courant de l’automne ».

Enquête nationale en vue

Et au sujet de la nécessaire collecte de données sur ces violences, la ministre ajoutait devant les sénateurs : « nous avons sollicité l’Institut national d’études démographiques, l’Ined, pour que ses équipes puissent enfin reconduire une étude qui nous manquait cruellement et nous fournir des données chiffrées qui n’avaient pas été actualisées depuis dix ans. » La première et dernière enquête de grande envergure remonte en effet à 2001 : il s’agissait de l’Enveff (Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France), déjà pilotée par l’Ined.

Mais sur ce point, la ministre s’arroge une initiative qui n’est pas vraiment la sienne. «  Organiser une nouvelle enquête sur les violences faites aux femmes sur le modèle de l’Enveff » : cette demande émanait dès 2009 de la mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes, menée par les députés Danielle Bousquet (PS) et Guy Geoffroy (UMP).

En réponse, l’Ined a prévu dès 2011 d’ « actualiser et approfondir les connaissances sur ces violences ». Faites aux femmes, mais aussi aux hommes. L’institut envisage de réaliser « à l’horizon 2014 » cette nouvelle enquête nommée ‘Violences et rapports de genre’ (Virage), pour réactualiser l’Anveff. Elle sera menée auprès de 35 000 personnes (17 500 femmes et 17 500 hommes), âgées de 20 à 64 ans.

Revoir la loi ?

Devant les sénateurs, la ministre a également évoqué la loi du 9 juillet 2010 sur les violences au sein du couple. Une loi qui « n’est encore pas assez bien appliquée », a insisté Najat Vallaud-Belkacem devant les sénateurs, reprenant le bilan en demi-teinte qu’en dressaient en janvier ses auteurs, Danielle Bousquet et Guy Geoffroy.

La ministre reprend ce constat : « les ordonnances de protection ne sont pas encore suffisamment employées dans certains territoires » ; « les places d’hébergement réservées aux femmes victimes de violences souhaitant quitter le domicile conjugal font cruellement défaut » ; « le suivi des auteurs de violences, indispensable pour prévenir les risques de récidive, n’est pas suffisamment assuré aujourd’hui ».

Faudra-t-il passer par une nouvelle loi ? La décision ne semble pas prise. Pour la ministre, le texte est « perfectible », mais le principal enjeu est « l’amélioration de son application ».

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Photo © Sylvain Lefeuvre – Mairie de Vitry-sur-seine. La stèle en hommage à Sohane sous les linteaux de bois pour la protéger des gravats de la tour GHJ démolie récemment. Sur la plaque : « À la mémoire de Sohane pour que garçons et filles vivent mieux ensemble dans l’égalité et le respect. Sohane Benziane 1984-2002. »

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ONG MAISONS DOUCES 4 octobre 2012 - 12:07

Une information qui suspend assurément plus d’un coeur au bout du fil!

Ni mortes ni vivantes,de grâce chère Najat,vous qui en avez pouvoir et charisme Madame la Ministre ; DONNEZ- NOUS ENFIN CETTE CHANCE ! ! Cette LEGIMITE, cette DIGNITE recouvrée . Vous en anticipant la plus vive gratitude .

Particulièrement concernée ,de vive émotion, Anouchka K / Présidente ONG MAISONS DOUCES France Sénégal ( Tunisie en cours de constitution )

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