Accueil Politique & Société Le Grenelle des violences conjugales un an après

Le Grenelle des violences conjugales un an après

par La rédaction

Associations, Premier ministre, ministère en charge des Droits des femmes, ministère de l’Intérieur, … point sur les discours et les actes en ordre dispersé.

Le 3/9/2019, le gouvernement lançait le Grenelle des violences conjugales qui devait aboutir le 25 novembre à une liste de 46 mesures à engager par les services de l’Etat. Et en ce début septembre 2020, les discours foisonnent. Il a beaucoup été reproché au gouvernement et en particulier à Marlène Schiappa qui est à l’origine de ce Grenelle, d’avoir « trop » communiqué.  Ce n’est pas un repproche d’Anne-Cécile Mailfert, directrice de la Fondation des femmes qui n’est pourtant pas tendre par ailleurs. « Il faut souligner les points positifs » a-t-elle déclaré lors d’un point presse. « Il y a eu beaucoup de communication et on a besoin de communication sur le sujet » Comment en effet mobiliser l’ensemble des acteurs de la prévention sans communication… « Mais le Grenelle, ça ne doit pas être que cela ». Elle note que deux tiers des mesures annoncées sont en cours de mise en place ou déjà en place mais le tiers restant est celui qui nécessite de l’argent… Le manque de moyens a aussi été pointé par un rapport parlementaire (lire :LA LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES REPOSE TOUJOURS SUR DES ASSOCIATIONS ÉPUISÉES)

Du coup, Jean Castex a fait une annonce chiffrée mercredi 2 septembre. Lors d’une visite à la Maison des femmes de Saint-Denis, en compagnie de la Ministre déléguée en charge des Droits des femmes, Elisabeth Moreno, le Premier ministre a affirmé que l’État allait créer mille places d’hébergement supplémentaires pour les victimes de violences conjugales qui s’ajoutent aux 1.000 déjà prévues dans le cadre du Grenelle. « Ça nous amène à 6.500 places (au total) pour ces femmes et ces enfants » a précisé ensuite la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Élisabeth Moreno. Jean Castex a aussi pris un engagement : « Je dis aux femmes : n’hésitez pas à sortir de l’ombre à sortir de la condition indigne qui vous est faite. Vous serez accueillies. Les auteurs des violences seront poursuivis sans relâche. Et nous allons vous aider à vous reconstruire. » Une promesse qu’il ne pourra tenir que si de très gros moyens sont engagés pour que ces femmes aient l’assurance d’être protégées par les forces de l’ordre et par la justice si elles sortent de l’ombre.

En prend-on le chemin ? C’est, semble-t-il l’intention de la ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Une ministre à laquelle il ne sera pas reproché de trop communiquer. Si la plupart des journalistes invités au « briefing off, dans la perspective du 1er anniversaire du Grenelle des Violences conjugales », se sont rendus au ministère mercredi 2 septembre, Elisabeth Moreno n’y était pas. C’est son cabinet qui a annoncé le programme : un suivi serré des 46 mesures du Grenelle. La ministre a réuni, le 3 septembre «  les représentants des 11 groupes de travail du Grenelle pour procéder à un point d’étape et évaluer l’exécution des 46 mesures retenues »  et s’est engagée à revoir « toutes les 6 semaines le comité de suivi pour établir des points d’étape sur l’état d’avancement du déploiement et de l’exécution des mesures. » Elle rendra public un bilan le 25 novembre prochain, journée de lutte contre les violences faites aux femmes (c’est aussi la date qui avait été choisie pour annoncer les 46 mesures du Grenelle en 2019)

Le cabinet de la ministre a donc communiqué un bilan d’étape à un an, et « sur les 46 mesures issues du Grenelle contre les violences conjugales :

  • 37% ont été réalisées (soit 17 mesures)
  • 50% sont en cours de réalisation (soit 23 mesures avancées mais non exécutées à ce jour)
  • 13% demeurent en construction (soit 6 mesures)
  • 100% des mesures sont engagées »

Restent, malgré la précision des chiffres, quelques zones de flou. Notamment les 1000 places d’hébergement annoncées en 2019 auxquelles s’ajouteront celles annoncées par Jean Castex. Les associations affirment ne pas en voir la trace. Le cabinet d’Elisabeth Morano indique qu’un audit est en cours auprès des préfets pour faire un point.

Concernant le bracelet anti-rapprochement, des étapes administratives ont été franchies. Reste la décision du Conseil d’État pour adresser les 1000 premiers bracelets à cinq premières villes « très vite » : Aix-en-Provence, Angoulême, Bobigny, Douai et Pontoise. Et à tout le territoire début 2021.

La mise en place du numéro d’appel 3919 24h / 24 pour aider les victimes attendra l’été 2021 car le gouvernement doit faire un appel d’offre pour désigner la structure qui le prendra en charge. Ce  dispositif a été imaginé et géré avec peu de moyens par une association, la « Fédération nationale solidarité femmes » qui s’appuie sur un partenariat avec les principales associations nationales luttant contre les violences faites aux femmes.

Le cabinet de la ministre annonce également qu’un appel à projet lancé en juillet devrait permettre de généraliser la prise en charge psychosociale des agresseurs et d’organiser des stages de responsabilisation à l’image de ce qui existe déjà dans un centre à Arras. (lire aussi :« NE FRAPPEZ PAS » UN DISPOSITIF POUR FAIRE BARRAGE AUX CONJOINTS VIOLENTS)

Les associations réunies lors du point presse de la Fondation des femmes exprimaient aussi un regret : que « les familles et enfants des victimes soient trop peu pris en compte au cours du Grenelle »

Autre initiative pour ce 3 septembre : pour rendre visible le travail des forces de l’ordre, au ministère de l’Intérieur, Marlène Schiappa Ministre déléguée Chargée de la Citoyenneté, organisait une cérémonie récompensant les actions menées par les forces de l’ordre contre les violences conjugales, sur le terrain. Formations des policiers, partenariats avec d’autres acteurs, accueil des victimes… Les prix récompensent des initiatives allant dans les sens des 46 mesures.  Un 3 septembre en ordre dispersé…

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