Accueil Politique & Société Le jour d’après : la valeur sociale des métiers

Le jour d’après : la valeur sociale des métiers

par Isabelle Germain

Soignant.es de Valence il y a un an

Alors qu’Emmanuel Macron veut un nouveau « jour d’après » la crise sanitaire, reprenons une étude sur « le retour social sur investissement des métiers.» Un premier fil à tirer pour restaurer le système immunitaire de la planète.

En applaudissant chaque soir celles et ceux qui prennent soin de notre santé et de notre hygiène -corps médical, agent.es d’entretien, caissièr.es, aidant.es familiaux, transporteur.es… – la lumière est enfin braquée sur des métiers et fonctions jusqu’ici mal considérés, mal payés et très souvent occupés par des femmes. Mais après la crise, retourneront-ils dans l’ombre ? Seront-ils toujours infiniment moins considérés que les métiers de la finance et du business ?  

Après la crise de 2008, la New Economic Foundation (NEF) avait réalisé une étude intitulée « Un peu riche. La réelle valeur sociale des métiers » invitant à repenser les rémunérations en fonction, non pas de la rentabilité monétaire des métiers, mais en fonction de leur valeur sociale. Ce qui aurait un double impact : valoriser les métiers et travaux exercés par les femmes –les soldates du care– et, comme l’écrit Coline Serreau remettre le monde à l’endroit, en finir avec un système économique qui ruine notre système immunitaire.

Dans l’étude de la NEF, trois chercheuses britanniques, Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, mesuraient en 2009 le « retour social sur investissement engendré par l’exercice de différents métiers ». Elles comptaient les impacts positifs et déduisaient les impacts négatifs. Elles ont ainsi regardé de près six professions.

L’exemple de la valeur du publicitaire est éloquent. Son activité vise à accroître la consommation. Ce qui induit d’une part des créations d’emplois dans la publicité, l’industrie, le commerce, les transports, les médias. Et, d’autre part, un accroissement de l’endettement, de l’obésité, de la pollution, de l’usage d’énergies non renouvelables et de ressources naturelles. Et au final, ont calculé les chercheuses, : « pour chaque livre sterling de valeur positive, 11,50 livres de valeur négative sont générées. » 

En revanche, la proportion s’inverse pour un.e agent.e de nettoyage hospitalier. Mal considéré.e, mal payé.e son métier est indispensable à la bonne marche du système de santé et minimise notamment le risque d’infections nosocomiales. Pour calculer la valeur de ce travail, les chercheuses se sont référées à un article du British Medical Journal calculant les bénéfices sanitaires induits par l’embauche d’un.e agent supplémentaire ainsi que le coût des maladies contractées dans les hôpitaux. Elles ont compté : « pour chaque livre sterling qu’elle absorbe en salaire, cette activité produit plus de 10 livres de valeur sociale ». Et encore, affirmaient-elles « il s’agit probablement d’une sous-estimation ».

Leurs calculs faisaient apparaître que la « valeur sociale » d’un.e ouvrier.e du recyclage était très largement supérieure à celle d’un.e banquier.e d’affaires.  L’ouvrièr.e du recyclage, payé.e à l’époque 6,10 livres sterling de l’heure, générait, selon les estimations des autrices de l’étude « 12 livres de valeur » pour l’ensemble de la collectivité. En revanche, « alors qu’ils perçoivent des rétributions comprises entre 500 000 et 10 millions de livres, les grands banquiers d’affaires détruisent 7 livres de valeur sociale pour chaque livre de valeur financière créée ». 

Idem pour un conseiller fiscal versus un.e employé.e de crèche. Le premier, va, au final priver la collectivité du produit de l’impôt, et détruit quarante-sept fois plus de valeur qu’il n’en crée. L’employé.e de crèche éduque les enfants libère du temps pour les parents et rend à la société 9,43 fois ce qu’elle/il perçoit en salaire.

La conclusion des chercheuses s’imposait d’elle-même : «Les emplois les moins bien payés sont souvent les plus précieux sur le plan social.» Mais elles ne voulaient pas faire de leur étude un simple « exercice intellectuel »

« Il s’agissait de démontrer que la valeur accordée aux différents métiers a de grandes implications sur la façon dont notre société et notre économie sont structurées. » Car les professions les mieux rétribuées sont aussi « les plus coûteuses sur le plan social et environnemental. Cela favorise les comportements indésirables, tandis que les activités positives sont découragées. »

Elles voulaient ainsi faire tomber les mythes de l’économie contemporaine basés sur la rentabilité financière qui se révèlent nocifs pour le système immunitaire de la planète. Après la crise de 2008 elles n’ont pas été entendues. Et après la crise sanitaire du covid19, l’économie va-t-elle se remettre au service de la société  ?

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