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La Russie ferme les yeux sur les violences domestiques

par La rédaction
La députée Elena Mizulina, promotrice de la "loi sur les gifles". Par Dmitry Rozhkov [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

La députée Elena Mizulina, promotrice de la « loi sur les gifles ». Par Dmitry Rozhkov [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Une loi adoptée par le parlement et validée par Vladimir Poutine allège les peines encourues par les auteurs de violences domestiques. Des violences qui doivent rester du domaine du privé, estime la majorité politique – et religieuse.
(Mise à jour d’un article initialement publié le 24 janvier)


 

En Russie, les violences domestiques ne sont plus si graves. Le président Vladimir Poutine a validé, mardi 7 février, la loi adoptée par la Douma, le parlement russe, qui réduit les peines encourues pour les cas de violences intrafamiliales.

Les violences commises au sein de la famille, quand il s’agit d’une première fois, sont désormais des infractions administratives, et non plus des délits pénaux comme c’était le cas auparavant.

« L’adoption de cette loi serait une terrible régression »

La mesure s’applique aux violences qui n’occasionnent pas d’hospitalisation ou d’interruption de travail. Violences mineures ? Pas pour les défenseures des droits des femmes qui s’élèvaient contre le texte. Souvent qualifiée de « loi sur les gifles », elle « légitime l’ordre des choses dans l’esprit des Russes : la violence familiale est une chose normale », déplorait par exemple la journaliste Olga Bobrova, du journal d’opposition Novaya Gazeta, lors de l’examen du texte au parlement.

« L’adoption de cette loi serait une terrible régression pour la Russie, où les victimes de violences domestiques font déjà face à d’énormes obstacles pour obtenir de l’aide ou justice », dénonçait Yulia Gorbunova, chercheuse pour la Russie de l’ONG Human Rights Watch. Cette loi « réduirait les peines pour les auteurs et mettrait les vies des victimes en plus grand danger »

Nombre d’ONG témoignent de la prévalence des violences conjugales en Russie. En 2010, toutes les 40 minutes une femme mourait sous les coups de son mari ou son conjoint, alertait le centre ANNA, organisation russe de lutte contre les violences faites aux femmes.1 Dans une étude menée en 2011 auprès de 30 000 femmes Russes, 38% disaient subir des violences psychologiques et une sur cinq des violences physiques au sein de leur couple.

« Un homme qui bat sa femme, c’est moins choquant qu’une femme qui humilie un homme »

Les défenseurs de la loi, dans le camp du président Vladimir Poutine comme de l’Eglise, la justifient ainsi : l’Etat doit interférer le moins possible dans les affaires privées. Le président de la Douma Vyacheslav Volodin brandissait lundi 24 janvier un sondage selon lequel 59% des Russes interrogé.e.s disent soutenir la décriminalisation des « querelles de famille ».

La principale promotrice du texte, la députée ultra-conservatrice Elena Mizulina, déclarait en septembre dernier que le problème n’est pas tant la violence conjugale que le manque de respect des femmes à l’égard des hommes. « Un homme qui bat sa femme, c’est moins choquant qu’une femme qui humilie un homme », avait-elle lancé lors d’une conférence de presse.

Elena Mizulina a déjà à son actif une loi contre la « propagande » de l’homosexualité. Le11 janvier, jour du vote du projet de loi en première lecture, elle saluait une décision prise par la région de Yaroslav : une « journée sans avortement », en mémoire des « bébés de Bethléem assassinés par le roi Hérode »

 

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