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Le sexe de la richesse qui compte

par Isabelle Germain

Avant le Davos et après le classement des plus riches de Forbes, Oxfam dénonce le travail gratuit imposé aux femmes et parle de « celles qui comptent » …pour au moins 10 800 milliards de dollars chaque année.

Le 27 décembre dernier le magazine Forbes publiait le classement des milliardaires de la planète. Un vaste concours de zizis. Peu de femmes y apparaissent -le plus souvent héritière d’hommes. La première pointe à la 15ème place et doit sa fortune à un aïeul, fondateur du groupe l’Oréal.

Car la moitié féminine de l’humanité est sévèrement entravée dans la course à la richesse. C’est ce point aveugle des économistes, que l’ONG Oxfam a voulu mettre en exergue dans son rapport sorti à la veille du forum économique de Davos. Justement intitulé « celles qui comptent », ce rapport fait d’abord un point sur ce qu’il appelle « les chiffres de l’indécence » : le 1 % des plus riches accaparent désormais le double de la richesse accumulée de 6,9 milliards de personnes. Les 2 153 plus riches de la planète possèdent plus que 4,6 milliards de personnes, soit 60% de la population mondiale. Autre calcul : « Si vous aviez mis de côté 10 000 dollars par jour depuis l’édification des pyramides, vous auriez cumulé seulement un cinquième de la fortune moyenne des cinq milliardaires les plus riches » Ou encore : « Si vous aviez pu économiser l’équivalent de 8.000 euros par jour depuis la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, vous n’arriveriez aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune de Bernard Arnault », le pdg du groupe LVMH qui figure depuis plusieurs années dans le Top 5 des plus riches.

Et pendant que ces hommes amassent, « celles qui comptent » s’appauvrissent. Car elles doivent assumer le travail du « care », le soin aux autres qui ne donne lieu à aucune rétribution et empêche les femmes de s’investir dans le travail rémunéré.

10 800 milliards de dollars fantômes

Oxfam a fait le calcul : des femmes effectuent chaque jour l’équivalent de 12,5 milliards d’heures de travail de soin non payées. Ce qui représente une valeur d’au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, « C’est trois fois la valeur du secteur du numérique à l’échelle mondiale ! », assure l’ONG. Mais « ménage, cuisine, gestion du budget, soin des proches, collecte de bois et d’eau dans les pays du « Sud » par exemple ne comptent pas dans l’économie mondiale. Et, en conséquence, dans le monde, 42 % des femmes ne peuvent pas avoir un travail rémunéré en raison de la charge trop importante du travail domestique et de soin qu’elles doivent porter chez elles. Et les femmes qui travaillent occupent majoritairement les métiers les moins rémunérés.

Il y a bien eu des tentatives pour intégrer la richesse du « care » dans le PIB (voir plus bas) mais ceux qui ont l’argent donc le pouvoir ne veulent rien entendre. Oxfam le souligne : « Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses de plus que les femmes. Les hommes sont également majoritaires aux postes qui confèrent un pouvoir économique et politique. Seulement 18 % des ministres et 24 % des parlementaires dans le monde sont des femmes. »

L’ONG plaide pour « une économie féministe et l’égalité entre les genres sont incontournables pour créer une économie centrée sur l’humain » qui passerait par la loi, par l’impôt et par la valorisation du travail de soin qui « enlise les femmes dans la pauvreté ». Avec par exemple la création de services publics (bien) rémunérés assurant ce travail effectué gratuitement par les femmes, mais aussi une meilleure répartition de ce travail entre femmes et hommes. Bref, la règle des 4R proposée par l’OIT pour le travail de soin : Reconnaître, Réduire, Répartir et Représenter ce travail.

En finir avec un système économique « sexiste et injuste »

Oxfam France critique vertement la politique actuelle du gouvernement. L’ONG donne d’abord quelques chiffres pour la France : « 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres, ils étaient 8 l’année dernière. Les 10 % les plus riches possèdent 50 % des richesses du pays. Les milliardaires français sont ceux qui ont vu leur richesse le plus augmenter l’année dernière, devant les américains ou les chinois. Le PDG du groupe Sanofi, grand groupe pharmaceutique français, gagnait en 2018 plus de 343 fois le salaire moyen d’un-e aide-soignant-e. Depuis 2018, la France compte 400 000 pauvres supplémentaires. Parmi les mères de famille monoparentale qui travaillent, plus d’une sur quatre est pauvre…»

Et de critiquer la politique sociale et fiscale qui dessine une « économie sexiste ». Pour y remédier, l’ONG appelle le gouvernement à « s’attaquer aux inégalités femmes-hommes dans le monde du travail. Notamment : En améliorant les conditions de travail et en valorisant les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine notamment dans les métiers du soin. En sanctionnant les entreprises ne respectant pas l’égalité professionnelle. En augmentant significativement la durée du congé paternité. En renforçant la transparence sur les écarts de salaires (par quartiles, par pays, par genre). » Concernant les retraites des femmes, Oxfam veut que « le système de retraites corrige les inégalités ». Et, plus généralement, l’ONG appelle le gouvernement à réduire les écarts entre les plus riches et les plus pauvres par une  « fiscalité plus équitable » 

Bref, il s’agit d’en finir avec un système économique « sexiste et injuste », qui « valorise davantage la richesse d’une minorité privilégiée, constituée d’hommes principalement, plutôt que les milliards d’heures de travail de soin – non rémunéré ou peu rémunéré – des femmes et des filles dans le monde ».

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