Accueil Economie « Le temps partiel nuit gravement à la retraite »

« Le temps partiel nuit gravement à la retraite »

par Arnaud Bihel
Lrossignol

Laurence Rossignol, Sénatrice de l’Oise

A l’occasion de l’examen de la réforme des retraites au Sénat, la délégation aux droits des femmes veut que soient mieux pris en compte le temps partiel, ainsi que la spécificité des professions féminines en matière de pénibilité.


 

En 2009 les hommes retraités percevaient en moyenne une retraite mensuelle de 1 749 € et les femmes de 1 165 € ; un écart d’un tiers. La réforme des retraites comporte des mesures pour corriger cette inégalités… mais pas suffisamment. C’est le message que porte la délégation au droits des femmes du Sénat, alors que les élus du Palais du Luxembourg ont entamé l’examen du texte, lundi 28 octobre. Les écarts de retraites en défaveur des femmes sont les conséquences directes des inégalités dans la vie active. « Tout se joue avant 60 ans », résume ainsi le titre du rapport de Laurence Rossignol (PS) pour la délégation. Qui insiste sur deux points en particulier : la pénibilité et le temps partiel. 

Selon les critères de pénibilité, seulement 35% de femmes parmi les personnes concernées

« Le projet de loi ne prévoit aucune mesure qui prenne en compte la spécificité des professions féminines en matière de pénibilité », déplore la délégation. Afin de mieux prendre en compte cette spécificité, elle demande que soient élaborées des « statistiques précises de pénibilité sur la base d’une différenciation par sexe ». Seulement 35% des personnes déclarées éligibles aux dispositifs pénibilités de la précédente réforme sont des femmes.

Un rapport de l’INSEE, publié une semaine plus tôt, insistait précisément sur ce point, expliquant par exemple que le fait de « porter des charges lourdes » paraît évident aux ouvriers du BTP, beaucoup moins aux infirmières qui portent régulièrement des personnes.

La délégation souhaite aussi que soit pris en compte comme facteur de pénibilité les « horaires fractionnés avec des amplitudes horaires quotidiennes disproportionnées », comme c’est le cas, notamment, pour les caissières.

A noter que l’accord national interprofessionnel sur l’emploi signé en début d’année a pris en compte cette question du « travail morcelé ».

Temps partiel ?
80% féminin

Mais en le renvoyant à d’éventuels accords de branche (Voir : Accord partiel sur le temps partiel).

Le travail à temps partiel, à 80% féminin : c’est l’élément principal qui contribue à la faiblesse des pensions. « Le temps partiel nuit gravement à la retraite », selon la formule de Laurence Rossignol. La délégation souhaite donc que les salarié.e.s demandant à travailler à temps partiel soient informé.e.s des conséquences de leur choix sur leur future retraite.

Cette disposition porterait sur le temps partiel choisi. Mais il est aussi, souvent, subi. Près d’un million de femmes actives aimeraient travailler plus longtemps.

Dans ces situations, la délégation entend « décourager le recours excessif au temps partiel », via une majoration des cotisations sociales patronales dans les entreprises de plus de vingt salarié.e.s qui comptent au moins 20% de salarié.e.s à temps partiel. Cette proposition, déjà avancée dans les discussions sur l’accord interprofessionnel cité plus haut, avait alors été évacuée.

 

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS :

L’Insee voit mal le travail des femmes

Une réforme des retraites pour les femmes d’abord ?

 

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7 commentaires

Lili 30 octobre 2013 - 09:48

Si on majore les cotisations patronales dans les entreprises qui ont + de 20% de temps partiel et que c’est un choix? Ca veut dire que des personnes qui souhaitent travailler à temps partiel se verront le refuser par leurs chefs. Comment éviter cela?
C’est le cas dans l’hôpital ou travaille ma mère, et dans l’asso où je travaille, où plus de 20% des effectifs sont à temps partiel, choisi pour des raisons familiales et parce que la sécurité de l’emploi qui y règne permet de sécuriser ce choix.
OK pour l’info sur les conséquences sur la retraite, mais j’ai toujours entendu ma mère dire « le temps que j’ai passé avec vous, il n’a pas de prix, et il vaut certainement beaucoup plus que les 500 € de retraite en moins ».

Ca serait dommage qu’on prive ceux qui le souhaitent et le peuvent de ce qui est un vrai choix de vie. On est libre, libre aussi de ne pas travailler à temps plein.

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Prune 30 octobre 2013 - 13:12

Oui c’est dommage que ces choix se payent en passant sous le seuil de pauvreté une fois à la retraite.
La société est bien contente que les femmes élèvent les enfants, sans ce service fourni par les femmes, il n’y aurait plus de société! Il s’agit d’un travail et il devrait être rétribué à sa juste valeur.

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Lène 30 octobre 2013 - 16:03

Je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Vous ne posez ni la question du temps de travail et du salaire (qui sont étroitement liés), ni la question de l’implication des pères.
Le temps passé avec ses enfants n’a pas de prix, ce devrait être une vérité universelle, mais aujourd’hui ce sont les femmes qui en font les frais. Si on continue à se leurrer ainsi, rien ne changera. Le jour où un grand nombre d’homme verra ce que c’est que de dépendre d’une autre personne pour vivre, aura du mal à subvenir à ses besoins la retraite venue, alors la société changera (ou aura changé).
Les milliers de femmes qui touchent le minimum vieillesse apprécieraient sûrement qu’on leur dise que « 500 euros ne sont rien par rapport au temps passé à s’occuper de leur famille »…
En outre, rémunérer le travail domestique aujourd’hui, dans les conditions actuelles de la division du travail, c’est clairement renvoyer les femmes à la maison. (si vous avez envie d’en sortir, vous pouvez aller voir le film « La Vie Domestique »)
Je me refuse à travailler à temps partiel exactement pour ces raisons: je ne veux pas dépendre de mon conjoint. Ce que vous ne prenez pas en compte, c’est l’autonomie et la liberté que cela procure.
Vu mon salaire, non, je ne suis pas libre de choisir.
Un dispositif comme le revenu universel pourrait permettre de changer ce rapport à l’argent et à la dépendance.

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Lili 30 octobre 2013 - 21:05

« Lène »
Je ne suis pas du tout d’accord avec vous.

Je partage votre avis sauf que en l’occurrence mon père prenait sa part des tâches domestiques, lui aussi ayant fait un choix professionnel privilégiant le temps en famille, et non son salaire ou sa « carrière ». Et si ma mère n’a jamais cessé de travailler, c’est justement pour ne pas dépendre de son mari, figurez vous. (Je ne vois pas le lien avec la rémunération du travail domestique.) Je parle juste d’un système qui va pénaliser les entreprises qui ont une éthique de l’équilibre vie familiale / vie pro en permettant un temps partiel choisi, et les salariés (dont les hommes qui commencent à évoluer) qui se refusent au diktat du pognon-roi et en ont les moyens. C’est dommage.
Parce que le minimum vieillesse (que je connais bien), il n’est pas seulement le résultat d’un temps partiel : il est le cumul d’un salaire bas / précarité encore réduit par un temps partiel. Même une infirmière à mi-temps retraitée est au-dessus du minimum vieillesse.
Je pose la question de la liberté des femmes et des hommes à pouvoir demander un temps partiel choisi à leur employeur, du droit des gens à ne pas troquer la dictature patriarcale domestique contre la dictature patriarcal professionnelle quand c’est possible.

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Lili 30 octobre 2013 - 21:16

« Prune »
La société est bien contente que les femmes élèvent les enfants, sans ce service fourni par les femmes, il n’y aurait plus de société! Il s’agit d’un travail et il devrait être rétribué à sa juste valeur.

Je suis opposée à ce qu’élever ses enfants soit considéré comme un travail (même si c’est du travail !) ou un service.
Les enfants relèvent de la reproduction et non de la production, de l’amour et du choix, non du calcul marchand. C’est ce genre de logique qui fait qu’un(e) cadre (ou pas) accepte de faire des heures sup sans fin, de travailler le dimanche ou la nuit, parce que la prime ou le salaire sont supérieurs au coût de la nounou. Je le répète, le temps avec ses enfants (et plus généralement le temps libre) ne devrait pas avoir de prix. On avancerait largement sur le terrain du « care » mais aussi de l’égalité si on regardait le temps libre comme un temps inaliénable, le temps avec enfants comme un temps pour soi qu’on a choisi, qu’on soit femme ou homme. Dès lors le recours à la nounou serait vraiment un choix et non un « problème de garde ».

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09 Aziza 4 novembre 2013 - 10:05

Vous savez ce que disait Mme de Beauvoir? que dire que les femmes ont le choix de travailler ou non, c’est comme dire qu’une personne qui a les mains liées derrière le dos peut travailler…certes, c’était dans les années 50. Mais peu de choses ont changé. Et lorsque dans un couple, le père et la mère ont choisi des professions qui leur permettaient de prendre du temps pour leurs enfants, à la retraite, ils se retrouvent tous deux nus comme des vers. La problème, c’est la relégation au domaine privée de la plus grande richesse du pays: la richesse humaine. Prendre soin des enfants et des personnes âgées, c’est aussi un acte de civisme. Si nous avons une trés bonne démographie, c’est qu’il existe de bons modes de garde, et que justement les femmes prennent des temps partiels. Alors, ce temps pour les enfants devrait être intégré dans les retraites. ce ne serait que justice.

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Lène 4 novembre 2013 - 21:44

« 09 Aziza »
(…)Alors, ce temps pour les enfants devrait être intégré dans les retraites. ce ne serait que justice.

Sans aucune autre mesure pour rééquilibrer les temps éducatifs entre les parents et pour corriger les écarts de salaires, c’est surtout renvoyer les femmes à leur foyer. Le film Vie Domestique en parle très bien, je trouve.

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