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Léonore Confino : la poésie et l’acide

par vincimoz
Confino

Léonore Confino (à gauche) avec Catherine Schaub

Léonore Confino présente à Avignon Building, une comédie corrosive sur le monde du travail. Elle y a mis ses expériences, entre vertige et improvisation.


 

Une hôtesse d’accueil nouvellement embauchée, une comptable à bout de nerfs, une employée souffre-douleur : dans Building, Léonore Confino joue plusieurs rôles mais avant tout celui d’auteure. Cette pièce « acide, lucide et poétique », selon sa metteuse en scène Catherine Schaub, montre le quotidien d’une entreprise où la tension monte petit à petit jusqu’à l’étouffement.

Building a été inspiré par plusieurs expériences de Léonore Confino avec le monde du travail. La position d’hôtesse, notamment, l’a marquée : « on te briefe sur ton maquillage, ta coiffure, on est tellement contrainte par son costume qu’on ne s’en rend même plus compte ». Elle a aussi observé l’entreprise de l’extérieur grâce notamment à ses interventions avec la LIFI – la Ligue d’improvisation française, où elle a fait ses débuts. « Une fois, un homme s’est évanoui pendant un exercice de respiration tellement il n’avait pas l’habitude », raconte la comédienne. Une autre fois, c’est une discussion surprise entre des cadres aux costumes rigoureusement identiques : « Ils parlaient de leurs adolescents et se plaignaient de leur conformisme, de leur besoin d’avoir tous les mêmes vêtements ! », s’amuse-t-elle.

A la déception de Léonore Confino, la pièce a été peu jouée en entreprise. Mais elle a rencontré son public. « Les gens viennent souvent me voir après les spectacles. Une fois, une jeune femme est venue me parler à la fin d’une autre pièce, elle m’a dit : entre Building et maintenant, j’ai démissionné. » Le spectacle a aussi été joué dans des lycées : « Ensuite les adolescents voient leurs parents autrement, ils comprennent pourquoi ils sont crevés et sur les nerfs le soir. »

Une trilogie sur la vie quotidienne

Building fait partie d’une trilogie en collaboration avec Catherine Schaub : l’ensemble se compose de Ring, sur le couple, et de Les uns sur les autres, sur la famille. « Quand on demande des nouvelles à quelqu’un c’est : ‘et le travail ? Et les amours ? Et la famille ?’ Donc j’avais envie de parler de ces sujets là. » Ces trois spectacles ont aussi le point commun d’être nerveux, oscillant entre le rire et le drame. Enfin, ils comprennent tous une intrusion de l’absurde ou du fantastique : dans Building ce sont les pigeons qui s’écrasent contre les vitres, dans Les uns et les autres l’adolescente anorexique qui maigrit tant qu’elle en devient transparente. Deux des pièces, Ring et Building, font également appel à la chorégraphie.

Building a été créé à une période où l’actualité autour du travail était forte, avec notamment les suicides à France Telecom. Pour Léonore Confino le théâtre est un « point de vue sur la réalité », héritage de ses études en cinéma documentaire – qu’elle n’a jamais vraiment pratiqué. Dans le cadre de la résidence des productions du Sillon (Compagnie qu’elle pilote avec Catherine Schaub) au Théâtre de Poissy depuis 2011, elle anime également des ateliers d’écriture dans les milieux scolaires défavorisés : « Ça permet de rester en contact avec la société, le réel, c’est important ». Enfin, toujours avec les Productions du Sillon, Léonore Confino travaille auprès des usagers de la DTAS (Délégation Territoriale d’Action Sociale) et leurs assistantes sociales. A partir de leurs témoignages elle a écrit une autre pièce sur la famille, Le bruit de la machine à laver, mis en scène par Tessa Volkine, qu’ils représentent partout dans les Yvelines.

Formée par l’improvisation

Léonore s’est mise à écrire grâce à son expérience de l’improvisation. Elle l’a découvert dans son berceau, le Québec. Alors qu’elle pratiquait le théâtre depuis l’enfance, elle rencontre l’improvisation à 16 ans lors d’une année au Canada en solitaire. « Mes parents étaient un peu des têtes brûlées. Ils déménageaient souvent. Je suis arrivée à Paris quand j’avais 13 ans mais un an plus tard mes parents sont partis à nouveau alors moi j’ai dit : ‘je reste’. Du coup à 16 ans quand je suis partie à Montréal, j’avais déjà l’habitude de vivre seule. » Elle y perfectionne également sa pratique du trapèze – qu’elle a abandonné depuis mais dont il lui reste « un rapport au vide, au vertige » qu’elle exprime dans le théâtre. Hasard étrange, sa complice Catherine Schaub a elle aussi fait du trapèze.

L’improvisation a permis à la comédienne de vivre rapidement du théâtre. Elle a également eu la chance, en 2001, de participer aux jeunes talents de l’ADAMI et de jouer au In du Festival d’Avignon ; elle y interprète Tchekhov sous la direction de Niels Arestrup. En parallèle de ses études de cinéma documentaire à l’ESEC, elle se forme au théâtre à l’École Internationale Blanche Salant. Mais elle étend aussi sa palette avec de la figuration, du doublage et l’animation d’une émission sur la chaîne jeunesse de Nickelodeon pendant trois ans.

Après l’improvisation, la comédienne a été inspirée par d’autres auteurs : Murray Schisgal, Roland Schimmelpfennig, Harold Pinter, Hanoch Levin ou encore Wajdi Mouawad. Elle aime les pièces qui dépeignent les névroses de la société avec poésie et humour. On retrouve cet aspect dans tous ses travaux, y compris son dernier texte, Le Poisson belge : l’histoire d’une petite fille qui se transforme en poisson et se lie d’amitié avec un travesti. Contrairement aux apparences, la pièce n’est pas destinée aux enfants et parle d’un sujet lourd, le deuil. Achevée d’écrire en mai dernier, elle n’a pas encore de date de création prévue. Mais Léonore Confino sera tout de même très présente au théâtre dans les mois à venir, avec Ring en octobre prochain au Petit Saint-Martin (Paris) et Les uns sur les autres au Théâtre de la Madeleine (Paris) en janvier 2014.

 

Building au Festival Off d’Avignon, au Théâtre du Balcon (38 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon) du 6 au 28 juillet, tous les jours à 14h.

 

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