Accueil MédiasBruits et chuchotements Les Afghanes et l’introuvable diplomatie féministe

Les Afghanes et l’introuvable diplomatie féministe

par Isabelle Germain

Depuis que les talibans ont repris Kaboul, les féministes s’activent pour aider les Afghanes persécutées. Et les antiféministes de service s’activent pour les décrédibiliser.

Les féministes sont en boucle sur le sujet : comment aider les Afghanes dont la vie sociale va s’arrêter, quand ce n’est pas la vie tout court ? La condition des femmes avait progressé après la chute du régime Taliban qui avait duré cinq « années de plomb » il y a 20 ans. Mais depuis que ces fondamentalistes musulmans ont repris Kaboul le 15 août, elles sont en danger. « C’est la charia, un point c’est tout » a annoncé à l’agence Reuters l’un des cadres du mouvement, Waheedullah Hashimi en dépit de quelques déclarations se voulant plus légères.

La presse relaie les signaux de détresse envoyés par les Afghanes : des signes noirs sur les maisons dans lesquelles vivent des femmes journalistes ou militantes des droits des femmes, la maire d’une ville proche de Kaboul disant « Je sais qu’ils vont me tuer. Je vais m’asseoir et attendre qu’ils viennent. Je ne peux pas abandonner ma famille», une femme juge affirmant qu’elle allait être exécutée, des femmes journalistes renvoyées de la télévision nationale afghane, des affiches et photos de femmes couvertes de peinture dans les rues de Kaboul… Et la liste macabre de tout ce qui sera désormais interdit et imposé aux femmes -Burqa obligatoire, interdiction de sortir sans être accompagnée d’un homme, interdiction d’étudier, de travailler, mariages forcés, lapidation en cas d’adultère…- est déroulée à l’envi par des talibans bien décidés à faire régner la terreur…

Que pouvons-nous faire ? En appeler à la diplomatie féministe annoncée avec de grands effets de manche lors des derniers sommets internationaux (lire ici ) ? En France, une première déclaration du président de la République a jeté un froid. Emmanuel Macron semblait davantage préoccupé par le souci de « nous protéger contre des flux migratoires irréguliers » que par le sort de la population Afghane menacée. Même si « en même temps », le président a précisé que la France « n’oubliera pas son devoir de protection des personnes en danger », sa posture en forme d’œillade aux électeurs d’extrême droite a paru déplacée. Quelques jours plus tard, le ministre des affaires étrangères semblait accorder du crédit aux talibans parlant de constituer un « gouvernement inclusif. »

« Les femmes afghanes sont une nouvelle fois en péril »

Alors les pétitions et appels se sont multipliés. Sans attendre le 15 août, l’association féministe, Negar demandait de l’aide « pour les femmes d’Afghanistan » à celles et ceux qui les soutiennent depuis 1996. « Les femmes afghanes sont une nouvelle fois en péril, menacées de perdre leurs libertés, comme durant les années de plomb (1996 – 2001). » alertait l’association présidée par Shoukria Haïdar et dont Geneviève Couraud est secrétaire générale.

L’association Pourvoir féministe a aussi lancé une pétition « Pour que la France accueille les défenseuses des droits des femmes afghanes». Pétition qui a été très largement signée. Elle déplore l’absence d’engagement féministe du gouvernement :  « dans un communiqué en date du 15 août, le ministre des affaires étrangères s’est engagé à assurer la protection des ‘personnalités de la société civile afghane, défenseurs des droits, artistes et journalistes particulièrement menacés’ . Comment expliquer que le mot « femmes » n’apparaisse pas une seule fois dans ce texte ? Femmes et enfants représentent pourtant d’après l’ONU 80% des personnes fuyant l’avancées des talibans. Ce sont elles que les talibans vont marier de force, elles qu’ils vont priver de scolarité, elles qu’ils vont punir d’avoir voulu y accéder » s’interroge la pétition. Quelques jours après, Pouvoir féministe annonçait avoir réussi à accueillir trois femmes et une fillette et soulignait le « travail remarquable » de l’ambassade de France qui « nous honore tous et toutes. »

Un autre appel très remarqué d’artistes et femmes politiques françaises, publié dans le Parisien , réclame un « accueil inconditionnel des femmes afghanes »

Au-delà de ces pétitions comment aider les femmes afghanes ? En allant prêter main forte aux associations qui les ont lancées, en faisant des dons, et en aidant à l’accueil de ces réfugié.es. France Inter a recensé ces associations et les organismes qui peuvent mettre les réfugié.es à l’abri chez des personnes pouvant les héberger.

« ça fait une semaine que je vois les féministes parler et interpeller sur la situation en Afghanistan. ça fait 2 jours que je vois la droite reprocher aux féministes de ne rien dire. ? » Flabien B

Et pendant que les militantes s’activent, quelques tristes sires tentent de faire parler d’eux en accablant les féministes. Ils minimisent ainsi le combat pour une vraie diplomatie féministe. Les combats pour aider les femmes opprimées partout dans le monde sont infiniment moins médiatisés que les polémiques montées à coup de procès d’intention. Ce qui entâche l’image du féminisme et éloigne la possibilité d’une diplomatie féministe.

La journaliste du très droitier quotidien l’Opinion Emmanuelle Ducros a posté, dès le 15 août : « Quand je vois ce qui se passe à #Kaboul, je me demande ce que ça provoque chez nos intersectionnels. Une prise de conscience ou l’envie d’un communiqué en écriture inclusive pour suggérer aux opprimé.e.s de se réjouir de ce moment décolonial ? » Comme elle, un autre journaliste, Brice Teinturier, se trouve très spirituel en postant une photo d’une rue déserte de Paris avec cette mention : « Les femmes afghanes, retombées sous la coupe des islamistes talibans, remercient les féministes intersectionnelles pour la grande manifestation de solidarité, organisée à Paris afin de les soutenir dans leur lutte pour l’égalité des droits. »

L’historien Jean Garrigues joue  la désinformation : « On attend en vain les manifestations de soutien des #EELV , #LFI, #PS, @alicecoffin et autres #feministes en faveur des #FemmesAfghanes » Et Geneviève Couraud (Negar) remet les idées en place : « Pardon? Et vous M. Garrigues où étiez-vous en 97, 98, 99 quand nous recueillions des fonds pour les classes clandestines, et toutes les années qui ont suivi ? Les féministes étaient bien là, massivement présentes. Et elles sont toujours présentes aux côtés de leurs amies afghanes. » Mais les conservateurs ignorent ces batailles et préfèrent taper sur les féministes … 

Comme l’a fait remarquer un enseignant chercheur, Flavien B, sur twitter le 16 août : « ça fait une semaine que je vois les féministes parler et interpeller sur la situation en Afghanistan. ça fait 2 jours que je vois la droite reprocher aux féministes de ne rien dire. ? »

La sénatrice Laurence Rossignol, ex-ministre en charge des Droits des femmes a fait une mise au point sur twitter : « Je rappelle aux crétin.e.s qui profitent de la victoire des talibans pour déverser leur aigreur antiféministe, que les féministes n’ont pas d’Etat, pas d’armée, pas d’argent. Et que nous ne les avons pas attendus pour mettre en place des réseaux de solidarité avec les Afghanes. »

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